Faim dans le monde: la roulette russe de l'aide alimentaire

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Alors que le prix des matières premières alimentaires ne cesse de croître, atteignant de nouveaux records depuis 2008, le Programme alimentaire mondial est confronté aux limites de son action. Qui aider et qui laisser tomber ? Der Spiegel lève le voile sur les méthodes du PAM.

C'est un effet de la crise internationale : le programme alimentaire mondial des Nations unies a vu son budget diminuer car les pays donateurs dirigent leurs moyens vers leurs problèmes domestiques, alors même que les pays bénéficiaires ont de plus en plus cruellement besoin d'aide...

Mais c'est ainsi : la mission du PAM est d'identifier les situations les plus graves de faim dans le monde et d'y apporter remède de la manière la plus efficace et au moindre coût. Agissant au nom de la communauté internationale, le PAM doit se concentrer sur les situations les plus dramatiques : les adultes qui ne savent pas ce qu'ils pourront trouver à manger le lendemain, les enfants tellement dénutris que l'ingestion de nourriture solide les tuerait... Le PAM doit traiter environ 100 millions de personnes dans 73 pays.

Le nombre des personnes qui souffrent de la faim augmente à nouveau

Le nombre des personnes souffrant de faim dans le monde était peu à peu passé de une sur quatre dans les années 70 à une sur sept au début du siècle. Mais dans le même temps, la population mondiale a également fortement augmentée. Et puis, les crises successives - la crise alimentaire de 2008, la crise financière de 2009 et 2010 - ont fait à nouveau plonger des régions entières dans la disette et la famine.

Der Spiegel a suivi les traces de John Aylief, responsable du PAM pour l'Asie. Celui-ci explique que le budget global du PAM atteignait péniblement 3,7 milliards de dollars en 2010, en recul par rapport à l'année précédente, alors qu'il en demandait sept. Pour la région dont il a la charge, John Aylief a obtenu 60 millions de dollars pour des besoins estimés à 270 millions. "Et il ne sait pas encore ce qu'il recevra en 2011", précise l'hebdomadaire allemand.

Autre difficulté : les conditions de l'octroi de l'aide par les pays donateurs : si l'Union européenne lui impose de financer des projets qui promeuvent l'agriculture, John Aylief se retrouve pied et poings liés pour venir en aide, par exemple, à des femmes enceintes ou à des jeunes mères. "En d'autres termes, poursuit Der Speigel, il doit faire des choix douloureux parmi tous ceux qui souffrent de la faim, entre ceux qui bénéficieront d'une aide et ceux qui n'en recevront pas".

Une crise similaire à celle de 2008

Dans le même temps, le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation de l'ONU, le Belge Olivier de Schutter, s'est alarmé mardi d'une hausse des prix des denrées alimentaires "très dangereuse" pour certains pays pauvres comme ceux du Sahel, dans un entretien donné au quotidien économique français Les Echos. "Les stocks ont été regarnis en 2008 et en 2009, mais l'écart entre la réalité de ces stocks et l'évolution des prix sur les marchés est parfois considérable. En ce sens, nous vivons aujourd'hui le début d'une crise alimentaire similaire à celle de 2008", s'inquiète notre compatriote, en référence à l'explosion des prix alimentaires de 2008, qui avait provoqué des émeutes de la faim dans une trentaine de pays dans le monde.

"83 pays environ sont en situation de déficit alimentaire. Une hausse très dangereuse pour ces pays. C'est pourquoi il ne faut pas répéter les erreurs commises il y a trois ans", avertit-il.

Les zones les plus menacées par une crise alimentaire sont les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad). L'augmentation du prix des matières premières agricoles fragilise aussi des pays pauvres comme le Mozambique, "qui ont peu de réserves de devises", ajoute le responsable onusien.

Des pays d'Asie centrale comme l'Afghanistan et la Mongolie sont aussi dans une situation "très fragile". La Corée du Nord n'est pas non plus épargnée, assure le responsable onusien, qui montre du doigt, bien plus que la pénurie en tant que telle, les mécanismes spéculatifs qui poussent les prix à la hausse.

 

Thomas Nagant avec Slate.fr et AFP

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