Face au coronavirus, les Etats-Unis un colosse aux pieds d’argile ?

Les Etats-Unis sont en train de subir très lourdement la pandémie de Coronavirus. Et cela a des conséquences sur le quotidien, l’économie et la vie politique des Américains. Juste pour les chiffres, près de 15.000 morts du COVID 19 dans le pays, dont 2000 rien que sur la journée d’hier. Les chiffres sont terribles, et on n’est pas encore au pic de la pandémie là-bas.

Certains responsables de santé ont parlé d’un choc à la Pearl Harbour !

Selon les projections de la Maison Blanche, le Covid-19 pourrait faire entre 100.000 et 240.000 morts dans le pays. L’université de Washington relativise ces chiffres et parle de 60.000 décès attendus. (La Chine qui sort de la crise annonce 3500 morts mais ces chiffres sont remis en question). Comment expliquer ce choc : par une population largement à risque, liés au mode de vie et l’alimentation américaine : le surpoids le diabète, les maladies cardiovasculaires sont des fléaux aux Etats-Unis. Dans la première puissance mondiale, il n’y a pas de système de santé publique digne de ce nom et des millions de personnes n’ont pas d’assurance maladie. Sur le terrain, le système de santé ne semble pas prêt à absorber le choc, cela ressemble au chaos. Une guerre sans armes à New York où par exemple des infirmiers ont manifesté pour dénoncer le manque d’équipement.

13 images
Professionnels de santé qui manifestent à New York © Bryan R. Smith / AFP
Professionnels de santé qui manifestent à New York © Bryan R. Smith / AFP

Une facture gigantesque

Voici une histoire ordinaire aux USA décrite dans le magazine "Time". Celle de Danni Askini, une femme qui vit à Boston. Après être tombée malade d’une pneumonie, elle a passé plusieurs jours au centre médical. L’hôpital l’a diagnostiquée et traitée pour le Covid-19. Quelques jours plus tard, l’hôpital lui a envoyé la facture. 34.927,43 $. Face à cette détresse, le président Donald Trump a chargé le groupe de travail sur le coronavirus de trouver des solutions pour que le gouvernement puisse payer les traitements de quelque 30 millions d’Américains qui ne sont pas couverts par une assurance santé. Retournement assez spectaculaire quand on se souvient l’acharnement féroce des républicains pour saboter le projet de sécurité sociale de Barack Obama.

Un médecin belge aux Etats-Unis témoigne

Alexis Laungani était interrogé ce matin dans : "Le 6/9 Ensemble". Il a fait ses études de médecine à Liège. Il est chirurgien plastique à la Mayo Clinic. Un très grand hôpital à la réputation internationale situé à Rochester dans le Minnesota. Toute l’activité hors Covid-19 a été mise entre parenthèses pour prendre en charge les malades du coronavirus. Dans son hôpital ils ne sont pas encore très touchés par la crise. Mais ils s’y préparent. L’hôpital est fermé au public, on n’assure que les urgences et les traitements de cancers.

Tous les patients qui entrent dans l’hôpital sont testés !

Pour ce médecin, voir ces chiffres fait peur, il a beaucoup de collègues sur le terrain à New York sur le terrain et la situation est très tendue.

Ce qu’ils me disent c’est que sur place ce sont des tranchées, c’est vraiment la guerre !

Pour Alexis Laungani, les Etats-unis ont réagi trop tard comme beaucoup de pays. Pour lui les briefings quotidiens de la Maison Blanche devraient être des briefings uniquement médicaux quand on parle de médical et pas politique. La chance des Etats-unis c’est que c’est un pays fait de plusieurs états et que le pouvoir est beaucoup laissé aux états. Certains gouverneurs s’en sont tiré un peu mieux notamment le gouverneur de l’Ohio ou du Minnesota qui ont pris des mesures assez sévères de distanciation sociale assez rapidement qui permettent de rester en dessous des ressources médicales.

13 images
Equipe médicale à New York © Spencer Platt/Getty Images/AFP
Equipe médicale à New York © John Moore/Getty Images/AFP
Equipe médicale à New York © John Moore/Getty Images/AFP
Patients qui arrivent à l’hôpital à New York © John Moore/Getty Images/AFP

Pourquoi si peu de réactions du gouvernement fédéral ?

Donald Trump eu du mal à prendre au sérieux ce danger. Il a parlé du coronavirus comme d‘un " canular des démocrates ". Trump a fait du Trump, en parlant de Fake News. En février, il évoque une petite Grippette, pas dangereuse.

"Vous n’aurez même pas besoin d’aller chez le médecin, ça va passer tout seul."

En mars il change de visage ! Le ton martial il demande aux Américains de se préparer à vivre des jours difficiles. Face aux événements, a dû se résoudre à l’évidence. Alors pourquoi a-t-il eu du mal à prendre en compte cette maladie comme un vrai danger ? Tout simplement par le souci de protéger l’économie américaine, l’emploi des Américains. C’est là-dessus que le président s’était fait élire il y a 4 ans et c’est sur son bilan économique qu’il comptait se faire réélire en novembre. Et patatras tout est remis en cause et il passe chez certains pour un mauvais gestionnaire de la crise. Selon un sondage pour CNN, 55% des Américains estiment que le gouvernement fédéral n’a pas été à la hauteur que l’administration Trump n’a pas fait le job. Mais aux Etats-Unis la crise ne concerne pas seulement le gouvernement fédéral, mais les gouvernements des 50 Etats. Et puis les Américains sont des patriotes et en cas de coup dur ils se serrent les coudes et se rassemblent.

13 images
Task force coronavirus © Win McNamee/Getty Images/AFP

La campagne pour la présidentielle chamboulée

13 images
Supporters de Bernie Sanders © JEFF KOWALSKY / AFP
Bernie Sanders © Brittany Greeson/Getty Images/AFP

Bernie Sanders, l’un des concurrents démocrates de Donald Trump dans la course à la Maison Blanche, a annoncé se retirer. Il n’est plus candidat. L’ensemble de la campagne pour la primaire des démocrates qui a été bouleversé par la crise du coronavirus ! Avec un problème insoluble ! Comment faire campagne, haranguer les foules, comment convaincre les électeurs au fin fond des états unis quand on est confiné chez soi et que l’on doit débattre depuis son salon ou sa salle à manger. Il était hors de question pour Bernie Sander 78 ans et Joe Biden 77 ans classé en raison de leur Âge dans les personnes à risque d’aller serrer des mains et prendre des bains de foule ! Et c’est sur ses prises de parole publique, ses meetings que Bernie Sanders, comptait pour convaincre. Et puis du point de vue électoral, celui qui se défini comme socialiste a pu faire peur aux plus modérés des démocrates qui se sont progressivement regroupés autour de l’ancien vice-président, dont l’expérience dans la gestion des affaires de l’Etat peut être un atout en pleine épidémie. Cet abandon ouvre la voie à un duel entre Joe Biden, et Donald Trump, qui, va chercher à effectuer un second mandat de quatre ans.

13 images
Joe Biden © Drew Angerer/Getty Images/AFP
Donald Trump © Chip Somodevilla/Getty Images/AFP

Les USA pourraient perdre leur leadership

La crise va laisser des traces économiques. L’Amérique pourrait être submergée par une énorme vague de pauvreté. La Réserve fédérale américaine estime que le nombre de demandeurs d’emploi pourrait atteindre 47 millions avec un taux de chômage pourrait atteindre 32% de la population active, 1 Américain sur 3 en âge de travailler. Le record historique date de la crise de 1929, c’était moins de 25%.

Cela va laisser des traces politiques : Comment va se tenir l’élection de novembre dans ce contexte ? La convention démocrate qui devait avoir lieu en juillet sera reportée en août ce qui est complètement inédit.

Et puis il y aura des traces symboliques. Selon des experts, grâce à ce qu’elle veut bien montrer dans la façon de gérer la crise et grâce à l’aide qu’elle apporte notamment aux pays européens, la Chine pourrait chiper aux Etats-Unis, la place de leader mondial notamment à cause de l’amateurisme de l’administration Trump. Selon ces experts, la seule manière, pour des Etats-Unis d’éviter le déclassement, d’éviter le déclin de l’empire américain, serait d’être les premiers à découvrir le vaccin contre le Covid-19 !