Face à la rébellion, la junte militaire thaïlandaise arme des villageois

Des soldats de l'armée thaïlandaise
Des soldats de l'armée thaïlandaise - © MADAREE TOHLALA

La junte militaire au pouvoir en Thaïlande a distribué des centaines de fusils d'assaut à des villageois du sud du pays, en proie à une rébellion musulmane. "Ils ont besoin d'armes pour leur auto-défense... Ils ne peuvent pas juste se battre avec des bâtons de bois", a déclaré mardi à l'AFP Banphot Phunphien, porte-parole du Commandement interne des opérations de sécurité (ISOC), unité de l'armée chargée de la sécurité intérieure.

Dans ces provinces de l'extrême sud du royaume, l'armée lutte depuis une décennie contre des rebelles musulmans autonomistes. Depuis deux mois, 2700 fusils d'assaut ont été distribués. La plupart sont allés à des villageois musulmans, chargés de "protéger les gouverneurs et chefs de districts", souvent pris pour cibles par les rebelles car considérés comme des collaborateurs, a-t-il assuré.

Le conflit a fait des milliers de morts, bouddhistes et musulmans, depuis 2004, dans des explosions, fusillades ou opérations des forces de l'ordre. L'armée, dont les troupes protègent déjà les bouddhistes vivant dans la région, notamment les enseignants, justifie cette mesure par la recrudescence des attaques ces dernières semaines, souvent contre des cibles civiles.

Cette mesure critiquée par les ONG locales comme de l'huile versée sur le feu semble en contradiction avec la volonté affichée de la junte de parvenir à la paix avec les rebelles d'ici à un an, annoncée lundi le ministre de la Défense, le général Prawit Wongsuwan.

Dans cette région rattachée à la Malaisie jusqu'au début du XXe siècle, la Thaïlande majoritairement bouddhiste a mené une politique d'assimilation des musulmans autochtones à marche forcée.

Les différents rounds de négociations lancées en 2013 par le dernier gouvernement civil avec certains représentants des insurgés musulmans, qui ne font pas partie d'un mouvement jihadiste mondial, ont tous échoué.

Les forces de l'ordre sont accusées par les ONG locales de violences, parfois meurtrières, contre des civils, notamment depuis le coup d'Etat du 22 mai, ajoutant à la défiance des habitants.

Belga

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