Face à la pénurie de prêtres, l'Eglise se réorganise : comment expliquer cette baisse des vocations ?

Face à la pénurie de prêtres, l'Eglise se réorganise: comment expliquer cette baisse des vocations?
Face à la pénurie de prêtres, l'Eglise se réorganise: comment expliquer cette baisse des vocations? - © Tous droits réservés

En juin 2019, seuls 5 prêtres ont été ordonnés en Belgique. Le phénomène n’est pas neuf : à partir des années 60, le nombre de prêtres a baissé de manière continue et aujourd’hui la fourchette de nouveaux prêtres se situe entre 3 et 8 prêtres en fonction des années.

Ce manque de renouvellement du personnel ecclésiastique entraine plusieurs problèmes organisationnels pour les prêtres et pour les fidèles.

Réorganisation des paroisses en réseau

Face au manque d’effectifs, l’Eglise n’a d’autre choix que de prendre plusieurs mesures pour s’adapter : fermer des églises ou regrouper plusieurs paroisses en "réseau". Des prêtres d’Afrique, d’Amérique latine et de Pologne arrivent également en Belgique pour soulager les prêtres belges qui sont débordés par la gestion de plusieurs paroisses et qui exercent parfois leur métier au-delà de l’âge de la pension.

Le père Benjamin Kabongo est à la tête d’un réseau de quatre paroisses aux sensibilités bien différentes dans les communes bruxelloises de Woluwe-Saint-Pierre et d’Auderghem. Il reconnait aujourd’hui qu’il doit se faire aider au quotidien par plusieurs fidèles. "Aujourd’hui, on ne peut plus compter uniquement sur la force du prêtre. Je n’ai pas cinq bras. Le prêtre n’a pas été formé pour la gestion de plusieurs paroisses. Donc, il faut faire participer des chrétiens qui sont des bénévoles et qui sont les premiers bénéficiaires du service que nous rendons". D’ailleurs, pour lui, l’avenir de l’Eglise passera par un "leadership associatif et participatif".

Des fidèles sans Eglise

La situation est plus stable dans les grandes villes. Par contre, dans les campagnes, certains villages sont privés de messes ou n’en ont qu’une toutes les deux ou trois semaines selon Tommy Scholtès, porte-parole des évêques de Belgique.

Les fidèles font désormais parfois plusieurs kilomètres pour se rendre à leur messe dominicale. "Le déplacement des fidèles pour aller dans le village d’à côté est difficile. Les arracher à leur village, à leur église, à leur histoire, ce n’est pas quelque chose de naturel pour les gens."

Le célibat des prêtres

Selon Cecile Vanderpelen, docteure en histoire à l’ULB et directrice de l’Observatoire des religions et de laïcité, ce manque d’attrait pour la prêtrise peut d’abord s’expliquer par le célibat des prêtres, une règle introduite à la fin du Moyen-Age. "Les idéaux de la société et les idéaux de l’Eglise pour les prêtres sont aujourd’hui en décalage. Les vœux de chasteté ne sont plus valorisés, mais on pense au contraire qu’une vie épanouie n’est pas forcément familiale, mais au moins affective, sexuelle. Cette obligation du célibat est difficilement réalisable dans le monde d’aujourd’hui".

Le débat sur le célibat des prêtres est donc toujours bien d’actualité. D’ailleurs, un synode sur l’Amazonie abordera le sujet en octobre prochain au Vatican : il y est question d’accepter des hommes mariés comme prêtres dans des communautés amazoniennes isolées où ces hommes sont particulièrement bien intégrés.

Selon Tommy Scholtès, il ne s’agit pas de renoncer universellement au célibat des prêtres, mais bien de s’adapter à des réalités concrètes et de concéder des règles spécifiques en fonction des régions du monde ou des situations bien particulières comme par exemple les prêtres anglicans mariés, reconvertis au catholicisme.

Les figures d’autorité en crise

La seconde raison selon Cecile Vanderpelen serait la crise d’autorité que connaît aujourd’hui l’Eglise : les fidèles n’acceptent plus forcément la hiérarchie établie avec les prêtres. "La religion telle qu’elle se vit et se pratique, n’est plus en adéquation avec la manière dont le monde catholique fonctionne. Les croyants, les pratiquants ne reconnaissent plus autant qu’avant l’autorité des prêtres. De plus en plus de catholiques revendiquent ou se sentent des attirances pour ce qu’ils appellent "un Christianisme sans Eglise"; ils trouvent d’autres moyens de s’engager dans l’Eglise sans passer par des vœux vécus comme cruels".

Un argument battu en brèche par l’Eglise. Pour Thommy Scholtès, l’autorité n’est plus un problème : "Le statut du prêtre n’est certainement plus un statut d’autorité, mais celui d’un animateur d’une communauté paroissiale. Aujourd’hui, le prêtre n’est plus une figure d’autorité comme il y a cinquante ans dans les villages avec le notaire ou le médecin".

Autant de défis que l’Eglise devra rencontrer. L’Eglise belge a perdu près de 8000 prêtres ces 60 dernières années. Ils sont aujourd’hui 2800.
 

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