Extrême-droite vs partis traditionnels: "Partout en Europe, on assiste à un estompement de la norme"

Faut-il s'inquiéter pour l'état de la démocratie allemande? La crise politique qui se poursuit en Allemagne interpelle: un président de région (la Thuringe) élu quelques heures grâce aux voix du parti d'extrême-droite AFD, les relents nauséabonds du Troisième Reich, la dauphine d'Angela Merkel qui jette l'éponge... La pression de l'extrême-droite peut-elle aller plus loin? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Guntram Wolff, directeur de l'institut de réflexion Bruegel, et Jérôme Jamin, professeur de sciences politiques à l’ULiège.

L'AFD est-il un parti d'extrême-droite?

"On assiste à une sorte d'estompement de la norme", commente Jérôme Jamin, "les règles qui faisaient une différence très claire il y a une dizaine d'années entre les grands partis traditionnels et l'extrême-droite, ces normes, valeurs et repères que nous avions partout en Europe pour séparer ces deux camps, sont de plus en plus difficiles à mobiliser et justifier aujourd'hui". 

Pour le politologue, l'AFD en Allemagne n'est pas comparable à l'extrême-droite incarnée par le Rassemblement National en France ou par la Ligue en Italie: "c'est un parti très récent formé par des gens qui n'ont au départ rien avoir avec la seconde guerre mondiale, la collaboration ou le fascisme, à l'origine ils sont surtout contre l'euro et l'Union Européenne [...] Ce sont des anciens de la CDU, des professeurs d'université, qui à la base s'inquiètent de la politique monétaire européenne, plus tard, de la question des réfugiés avec, enfin, l'apparition d'un pôle anti-islam".

"Ça n'en reste pas moins un parti politique d'extrême-droite aujourd'hui", poursuit Guntram Wolff, "l'AFD a d'ailleurs gagné les élections grâce à sa politique anti-immigration. Et le chef de file de l'AFD à Thuringe, Björn Höcke, est un nazi".

Avec l'extrême-droite et -gauche dans les parlements, les majorités du centre sont difficiles à obtenir

CDU: Scission en vue?

La démission de la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karren Bauer, dauphine d'Angela Merkel, à la tête du parti et le retrait de sa candidature pour le poste de chancelière affaiblit une CDU déjà fragilisée. Le parti est tiraillé entre son aile modérée et son aile la plus à droite, entre adversaires et partisans d'une coopération avec l'extrême-droite. Ce qui complique la formation de majorités dans l'est du pays, où l'AFD s'est renforcée. La Thuringe pourrait s'en retrouver ingouvernable pendant des mois. Et la même situation pourrait se présenter au niveau national, où des élections fédérales sont prévues fin 2021 (si elles ne sont pas anticipées).

"La CDU est déstabilisée", affirme Guntram Wolff, "elle a besoin d'un successeur fort, qui puisse gagner des majorités au centre et à droite. Or, qui sera ce successeur? Ce n'est pas encore clair", poursuit le directeur de l'institut de réflexion Bruegel qui ne serait pas étonné de voir ce parti traditionnel allemand se scinder à terme.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

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