Explosions à Beyrouth : le Parlement entérine l'état d'urgence

Depuis l'explosion, les manifestations se multiplient à Beyrouth. L'état d'urgence pourraient les entraver.
Depuis l'explosion, les manifestations se multiplient à Beyrouth. L'état d'urgence pourraient les entraver. - © ANTONY GEVAERT - BELGA

Le Parlement libanais a entériné jeudi l’état d’urgence décrété à Beyrouth après l’explosion dévastatrice au port, qui a alimenté la rage de l’opinion publique contre une classe politique jugée responsable du drame en raison de son incurie.

Présidée par le chef du Parlement, Nabih Berri, en poste depuis 1992, elle a officiellement entériné l’état d’urgence, décrété par le gouvernement au lendemain du drame pour deux semaines.

Le vote était nécessaire car pour toute durée dépassant huit jours, le Parlement doit donner son accord, selon l’ONG Legal Agenda.

Il n’était pas clair dans l’immédiat, après le vote des députés, si l’état d’urgence débutait jeudi, ou s’il était déjà considéré en vigueur depuis le 5 août.

Retour "pas encourageant"

Le gouvernement avait précisé qu’en vertu de l’état d’urgence, un pouvoir militaire suprême serait chargé des prérogatives en matière de sécurité.

Pour l’ONG Legal Agenda, une telle mesure pourrait "porter atteinte à la liberté de manifester" et permettrait à l’armée "d’empêcher les rassemblements considérés comme une menace à la sécurité".

Ces derniers jours, des heurts ont secoué les abords du Parlement à plusieurs reprises, les forces de l’ordre tirant des gaz lacrymogènes contre des manifestants jetant des pierres.

Une source militaire a toutefois tempéré ces craintes, assurant qu’il ne s’agissait pas de "réprimer les libertés".

Face à la colère de la rue, le gouvernement du Premier ministre Hassan Diab a démissionné lundi, après avoir été formé en janvier par un seul camp politique, celui de l’influent Hezbollah chiite et de ses alliés.

Jeudi, M. Berri a appelé à "accélérer" la formation du nouveau gouvernement. Mais reste à savoir si l’ampleur du drame poussera les politiciens, abonnés aux marchandages qui durent plusieurs mois, à prendre une décision rapide.

Des sources occidentales bien informées ont assuré que la communauté internationale espérait une équipe d’indépendants, ayant l’assentiment de la rue mais aussi des partis politiques, pour pouvoir travailler. Les premiers retours ne sont cependant "pas encourageants" du côté des principaux acteurs politiques, les sources s’attendant à un blocage, ces acteurs ayant l’impression que la pression de la rue n’est "pas très forte".

Porte-hélicoptères français

Une grande partie des Libanais en colère réclament la chute du régime et le départ du président Michel Aoun, 85 ans, du chef du Parlement, l’indéboulonnable Nabih Berri, des députés et de tous ces dirigeants en place depuis des décennies.

Après l’explosion du 4 août, l’enquête se poursuit. Dès vendredi, le parquet doit interroger plusieurs ministres, anciens et actuels, au sujet des 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées au port.

Plus d’une semaine après le drame, ce sont les habitants de Beyrouth, des jeunes volontaires et des ONG qui mènent les efforts sur le terrain, déblayant les décombres et distribuant des aides.

L’opinion publique fustige l’inertie des autorités, peu mobilisées face à l’ampleur du cataclysme.

La ministre française des Armées Florence Parly est jeudi et vendredi à Beyrouth pour rencontrer le président et surtout accueillir dans la nuit le porte-hélicoptères Le Tonnerre, qui apporte notamment de l’aide alimentaire ainsi que des matériaux de construction.

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