Exil de Juan Carlos : "Il préserve la monarchie en faisant un pied de nez à l'Espagne !"

Juan Carlos a annoncé sa décision de quitter l'Espagne à Felipe VI, son fils. L'ancien roi s'exile, selon son avocat, mais ne fuit pas la justice.
Juan Carlos a annoncé sa décision de quitter l'Espagne à Felipe VI, son fils. L'ancien roi s'exile, selon son avocat, mais ne fuit pas la justice. - © JAIME REINA - AFP

"J’en ai marre ! Je me tire !" S’il fallait résumer l’état d’esprit de Juan Carlos, ancien roi d’Espagne, à l’heure de son exil volontaire, ce serait en substance celui-ci. Un ras-le-bol à peine déguisé, selon Francis Balace, professeur ordinaire honoraire à l’Université de Liège. "Bien sûr, il y a le souci, dans le chef du vieux roi, de préserver l’exemplarité de la couronne. Mais il ne faudrait pas mettre de côté cet ultime pied de nez", analyse l’historien. "Un pied de nez que Juan Carlos adresse, sous couvert des mots choisis d’un communiqué de presse, pour dire : foutez-moi la paix !" Pour mieux comprendre les motivations de l’ancien roi, nous avons posé trois questions à Francis Balace.

Pourquoi cet exil de Juan Carlos au cœur de l’été ?

"Il n’y a pas vraiment de moment idéal. Juste le temps de la réflexion, sans doute, alors qu’une enquête avait été ouverte, en juin dernier, pour des soupçons de corruption le visant directement. (Juan Carlos est soupçonné d’avoir touché jusqu’à 88 millions d’euros de commission lors de l’adjudication à un consortium d’entreprises espagnoles pour la construction du TGV au départ de La Mecque, ndlr)

L’ancien roi l’a exprimé par l’entremise de son avocat : il ne quitte pas son pays pour se mettre à l’abri d’une éventuelle inculpation judiciaire, non. Il veut montrer en quelque sorte qu’il reste maître de son destin. 'J’en ai marre ? Je me tire !', voilà le pied de nez qu’il adresse à la nation espagnole. Cette posture, il l’avait déjà adoptée lors de son abdication en juin 2014. Et puis il ne faut pas oublier que lors de son retrait de la vie publique, il s’est vu privé de sa rémunération annuelle fixée à 194.000 euros."

Quel regard portait la population espagnole sur son ancien Roi ?

"D’un Roi vénéré pour avoir mené la transition de la dictature de Franco à la démocratie, il est passé à la figure du Roi-jouisseur. Pas besoin de faire un grand discours : Juan Carlos a toujours obtenu ce qu’il convoitait. C’est d’ailleurs un peu triste. Comment celui que le peuple a aimé comme exemple de roi constitutionnel a pu se laisser aller à tant de tentations… Et la liste des incidents est très longue. Un des plus spectaculaires, qui a d’ailleurs précipité son abdication, c’est l’affaire du safari de luxe au Botswana, en 2012. (Un safari payé par un homme d’affaires saoudien lors duquel le roi s’était cassé la hanche, ndlr) Juan Carlos ne se retrouve peut-être plus non plus dans cette Espagne actuelle, lui qui est arrivé sur le trône en 1975. Il veut qu’on l’oublie."

La République dominicaine pour un exil doré ?

"Des spéculations de la presse espagnole vont dans ce sens. C’est loin d’être absurde. Juan Carlos a des amis là-bas. Des frères cubains d’origine espagnole qui ont fait fortune en montant leur entreprise sucrière. Les souverains, en exil, ce n’est pas si rare, vous savez. De nombreux souverains qui ont abdiqué partent dans des pays étrangers. Aujourd’hui c’est un peu comme un départ à la retraite alors qu’avant, un souverain fuyait à l’issue de troubles graves ou de révolution…"

 

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