Ex-conseiller de Trump, liens avec le PP belge et Marine Le Pen, mais qui est Steve Bannon qui va être gracié par le président sortant ?

Nous vous l’annoncions ce mercredi matin, Donald Trump va gracier 73 personnes, dont son ex-conseiller Steve Bannon, selon des médias américains.

De son vrai nom Stephen Kevin Bannon, Steve est un homme d’affaires et militant conservateur, il a été directeur de la campagne présidentielle de Trump en 2016. Après la victoire de ce dernier, il occupera 7 mois durant le poste de conseiller stratégique du président des Etats-Unis. Il sera finalement licencié et poursuivi pour avoir détourné des fonds prétendument destinés à la construction d’un mur à la frontière États-Unis-Mexique.

Une enfance dans le camp démocrate

Steve Bannon est né le 27 novembre 1953 à Norfolk, une ville comptant quelque 250.000 habitants dans l’est de la Virginie. Ses parents d’origines irlandaises.

Sa famille est plutôt démocrate et soutient John Fitzegerald Kennedy, alors que cet Etat de l’est des Etats-Unis tombera dans le camp républicain et offrira 12 grands électeurs à Richard Nixon lors de l’élection de 1960.

Steve fera quant à lui ses études secondaires dans une académie militaire catholique avant de s’inscrire à l’Institut polytechnique de l’État de Virginie en 1976. Déjà très intéressé par la politique ainsi que l’univers électoral, il sera élu président des étudiants. Steve Bannon sortira diplômé d’une licence en urbanisme, avant d’obtenir une maître en études de sécurité nationale à l’université de Georgetown.

Une vocation républicaine au sein de la marine

A la suite de ses études, Steve Bannon fait le choix d’intégrer la "Navy". Alors que la guerre du Vietnam a pris fin en 1975, le moral des troupes est en berne. À cette époque, c’est le démocrate Jimmy Carter qui était à la présidence des Etats-Unis, or la plupart des navires de la marine étaient en sous-effectif et les plaintes concernant une "hollow force", comprenez une "force creuse" étaient courantes.

Mais tout va changer en 1980. Lors de cette 40e élection présidentielle, c’est le républicain Ronald Reagan qui va être élu avec 489 électeurs dans son escarcelle contre seulement 49 pour Carter.

A la suite de sa victoire, Reagan entreprend un renforcement de la marine américaine. Il va créer une flotte de 600 navires, augmenter le nombre de militaires et offrir de nombreuses possibilités de progression de carrière.

Ainsi, Bannon entré en 1976 en tant que jeune officier finira par être promu au rang de lieutenant et servira au Pentagone après 3 ans de service en mer. Cette expérience et cette vision de l’armée qui a évolué feront pencher Steve dans le camp républicain.

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Bannon a servi dans la "Navy" durant 7 ans. © Tous droits réservés

Insertion dans le monde des affaires

Après 7 ans dans l’armée, Steve Bannon reprend le chemin de l’Université et intègre l’une des plus prestigieuses, Harvard. C’est là qu’il obtiendra une maîtrise en administration des affaires et qu’il va se lancer dans le monde des affaires.

Il intégrera tout d’abord la banque d’investissement Goldman en tant que banquier d’investissement. Après quelques années et une fois son nom forgé, il quitte l’entreprise avec plusieurs collègues et fonde Bannon & Co. Cette entreprise, toujours active dans l’investissement sera cette fois-ci spécialisée dans les médias.

Steve, apprenti réalisateur

Tout en gérant ce business florissant, Steve se lance dans le cinéma et produit le film "The Indian Runner", premier film de Sean Penn.

C’est d’ailleurs dans ce milieu qu’il continue sa carrière en 1998 après avoir revendu Bannon & Co. Après plusieurs productions grand public, Steve se met à réaliser des documentaires pro-républicains. Il débute par "In the Face of Evil" qui met en avant le républicain Ronald Reagan.

Par la suite, il sera à l’origine de "The Undefeated", un documentaire qui retrace l’histoire de Sarah Palin, colistière de John McCain lors de l’élection de 2008.

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© Tous droits réservés

Dès 2007, Steve Bannon se met à diriger et à animer des médias de droite qui sont même souvent qualifiés d’extrême droite. Au programme, de nombreuses attaques envers les démocrates, mais surtout des propos anti-immigration. Des propos qui vont finir par attirer l’attention de Donald Trump.

8 mois à la Maison-Blanche

Tous les deux sur la même longueur d’onde, notamment au niveau de l’immigration, Donald Trump et Steve Bannon s’allient en 2016. Ce dernier devient en effet chef exécutif de la campagne électorale de Trump.

Steve Bannon devient ainsi le plus haut responsable de la campagne de Donald Trump. Il organise ses meetings, ses déplacements, sa communication. Il est devenu un véritable bras droit pour le futur président.

Une fois élu, Trump va le nommer comme conseiller stratégique du président des Etats-Unis, en duo avec Kellyane Conway. Bannon sera notamment à l’origine du retrait des Etats-Unis des accords de Paris sur le climat.

Mais au fur et à mesure, les diverses d’opinions sont grandissantes entre Bannon et l’ensemble de l’administration Trump. A tel point que cette dernière va prendre ses distances avec Bannon dès le mois d’avril, jusqu’à l’évincer le 18 août 2017.

Une semaine auparavant, de violentes manifestations avaient lieu à Charlottesville. Trump avait été le seul à reprocher "la haine, le sectarisme et la violence", une déclaration qui avait fait polémique sur laquelle il était finalement revenu. C’est Bannon qui aurait incité le président à énoncer ces mots.

8 mois seulement après son arrivée à la Maison-Blanche, Steve Bannon la quitte donc.

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Steve Bannon (debout à droite) a été conseiller stratégique du président des Etats-Unis durant 8 mois. © Tous droits réservés

Les relations avec Donald Trump vont même encore se détériorer par la suite. Depuis son éviction de la Maison Blanche, Bannon était redevenu patron de son site d’info, Breitbart News. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Sauf que quelques semaines avant sa parution, des extraits du livre de Michael Wolff sur la première année de Trump à la Maison Blanche ont fuité.

Et, dans ceux-ci, des déclarations de Steve Bannon à propos de la rencontre entre le fils de Donald Trump et une journaliste russe lors de la campagne présidentielle de 2016. Une rencontre qui aurait permis au clan Trump d’obtenir des informations compromettantes sur la rivale du républicain : Hillary Clinton. Bannon aurait alors accusé Donald Trump Jr. de "trahison".

Vexé, Donald Trump a alors lâché son ancien conseiller publiquement : "Steve […] a perdu la tête […]", a twitté le Président américain.

Bannon à la conquête de l’Europe

Grillé aux Etats-Unis à la suite de ces différentes polémiques, Steve Bannon n’abandonne pas pour autant ses convictions. Et c’est Outre-Atlantique qu’il a l’intention de les développer.

C’est dans ce cadre qu’il crée en 2018 à Bruxelles "The Movement", une organisation politique européenne qui aura pour but de réunir les partis populistes en Europe. Et c’est un Belge qui prendra la direction de ce mouvement en la personne de Mischaël Modrikamen, fondateur du Parti Populaire en 2009.


►►► À lire aussi : Steve Bannon débarque en Europe pour doper les mouvements populistes avec l’aide de Mickael Modrikamen


Le 10 mars 2018, Bannon apparaissait d’ailleurs en compagnie de Marine Le Pen lors d’un congrès du Front National à Lille. Bannon y avait déclaré "Vous défendez votre liberté, ils vous appellent un xénophobe, vous défendez votre pays, ils vous appellent un raciste, mais ce genre de saloperie, c’est fini."

Mais Marine Lepen indiquera quant à elle que "L’idée n’est pas d’en faire un allié. L’expérience de M. Bannon est intéressante en ce qu’il a été la cheville ouvrière de la victoire de Donald Trump."

Extrait du JT de 19h30 du 10 mars 2018

Mais la native de Neuilly-sur-Seine n’aura pas été la seule représente de l'(extrême)-droite en Europe a avoir fait les éloges de l’ex-conseiller de Trump.

En décembre 2018, le Vlaams Belang avait fait venir le duo Le Pen-Bannon au Parlement flamand, alors que le pacte de l’ONU sur les migrations devait être approuvé lors d’une conférence intergouvernementale les 10 et 11 décembre à Marrakech.

Lors de son élocution devant les députés flamands, l’américain avait tenu des propos extrêmement forts : "Ils nous qualifient de racistes quels que soient les faits. Mais ce n’est pas aux travailleurs de Hongrie, de France et des États-Unis de résoudre les problèmes africains".

Suite au déferlement de haine envers les liens présumés entre Marine Lepen et Steve Bannon, elle prendra finalement ses distances avec ce dernier dans un communiqué. Mais par la suite, d’autres dirigeants européens ont donné son soutient au "Movement" comme le Président Hongrois Viktor Orban, l’Italien Matteo Salvini ou encore le Hollandais Thierry Baudet.

Depuis lors, le parti continue sa quête pour convaincre les partis d’extrême-droite de s’allier pour obtenir un poids plus important au sein des instances décisionnelles européennes.

La grâce présidentielle

Le 20 août dernier, alors que Steve Bannon se prélassait sur un yacht au large du Connecticut, il est arrêté par la police américaine. Il a été inculpé pour détournement de fonds versés via un site de financement participatif censé contribuer à la construction d’un "mur" à la frontière américano-mexicaine promis par le président américain, a indiqué jeudi la procureure fédérale de Manhattan.

Avec trois autres responsables du site "We Build The Wall" ("Nous construisons le mur"), il aurait en effet détourné de l’argent de centaines de milliers de donateurs selon la procureure Audrey Strauss en charge de l’enquête.

Steve Bannon aurait notamment utilisé des "centaines de milliers de dollars" pour couvrir "des dépenses personnelles", a-t-elle ajouté.

Mais à peine 5 mois plus tard, les poursuites à l’encontre de Bannon vont finalement être abandonnées. Dans une ultime frasque avant la fin de sa présidence, Donald Trump a en effet décidé de gracier 73 personnes, dont son ancien conseiller.

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