Eviter la stigmatisation et améliorer l'intégration pour stopper le jihadisme

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Gilles de Kerchove, coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, était l'invité de Matin Première ce vendredi. Pour lui, rien de mieux que "la prévention" pour éviter de créer de nouveaux jihadistes. "C'est le grand défi d'aujourd'hui, c'est le défi de demain", dit-il. Il estime , par ailleurs, que le dispositif qui a été mis en place en Europe pour lutter contre le terrorisme "est efficace".

Pour Gilles de Kerchove, "ce sont des politiques difficiles, mais ce sont des politiques indispensables", qui sont à mettre en place pour mettre fin durablement au jihadisme. "C'est essayer d'éviter la stigmatisation, c'est améliorer l'intégration. C'est de demander à la Communauté (musulmane, ndlr), elle-même, de dénoncer ce détournement de l'islam à des fins criminelles dont souffrent les musulmans eux-mêmes en premier lieu".

Un dispositif européen efficace

Le cafouillage, ce mardi en France, avec l'expulsion de jihadistes de Turquie vers Marseille, est-il la preuve que l'UE est démunie face aux jihadistes qui reviennent ? "Pas du tout", selon Gilles de Kerchove qui parle de "cas isolés"

"Le dispositif est un dispositif qui est efficace. On parle d'une ou deux affaires, mais on oublie de dire que régulièrement les services de renseignements et les services de police de nos états arrêtent des candidats, démantèlent des filières, arrêtent des facilitateurs".

Mais il le reconnaît, "il y a encore du travail pour améliorer les dispositifs et c'est ce que nous faisons actuellement". Début octobre, les ministres européens de l'Intérieur vont d'ailleurs se réunir "pour la 6ème ou 7ème fois" pour améliorer cela. La Belgique, dit-il, joue d'ailleurs "un rôle majeur". "Depuis un an, un groupe de neuf états se réunissent régulièrement au niveau des ministres, des services de police et de renseignements justement pour resserrer ces mailles du filet"

"C'est un défi pour tous les pays d'origine de ces combattants"

Pour le coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, "ce n'est pas simplement un défi pour l'Union européenne et ses états membres, c'est un défi pour tous les pays d'origine de ces combattants". Et si l'on parle beaucoup de combattants issus du nord de l'Afrique, il souligne aussi l'importance des Balkans : "Près de 500 ressortissants des Balkans sont en train de se battre là-bas".

Concernant le nord de l'Afrique, il estime que "c'est important de les aider et de les aider très vite !". "J'ai moi-même mis sur pied un groupe avec des responsables de tous les pays du pourtour de la Méditerranée, du Maroc jusqu'à la Turquie. Il y a une volonté commune de travailler sur cette question. Notamment mettre en place des mécanismes multilatéraux d'échanges d'informations et nous avons aussi des idées, très concrètement, à développer des politiques de prévention, des politiques de détection, et des politiques de traitement de ceux qui reviennent".

Et donner en exemple la Tunisie "qui a plus de 3000 combattants en Syrie", c'est à dire quasiment autant que l'Europe. Or ce pays, dit-il, est en pleine reconstruction de ses services de renseignements.

"Il faut qu'on aide ces pays, qu'on travaille ensemble parce que nous sommes confrontés aux mêmes défis".

Selon lui, le flux des personnes parties combattre aux côtés des jihadistes "n'a cessé de croître" et "est d'une ampleur inédite". "On a connu par le passé le jihadisme vers l’Afghanistan, vers le Yémen, vers la Somalie ou le Sahel mais jamais avec une telle ampleur".

Le groupe Etat islamique est loin d'être le seul danger

Pour le reste, Gilles de Kerchove affirme qu'"il y a certainement une concurrence, probablement assez forte entre Al-Qaïda et l'Etat islamique pour le leadership du terrorisme international", mais précise qu'"Al-Qaïda est potentiellement plus dangereux".

C'est pour cette raison, dit-il, que "les Américains ont frappé des bases de l'Etat islamique en Syrie, mais aussi Jabhat al-Nosra, qui est la filiale officielle d'Al-Qaïda en Syrie. Mais aussi un groupe, khorasan, qui regroupe un certain nombre de combattants qui venaient du Pakistan et d'Afghanistan et qui, contrairement à l'organisation de l'Etat islamique n'ont pas le projet immédiat de se battre en Syrie mais d'attaquer à l'Ouest, chez nous".

Il ajoute qu'il existe à différents endroits du monde, "des états en voie de faillite" qui "constituent des sanctuaires où des groupes terroristes peuvent se développer. Donc c'est un immense défi. Un défi à court terme militaire. Mais c'est aussi un grand défi de développement et l'Union européenne est un grand acteur dans ce domaine pour aider à supprimer ces sanctuaires".

C. Biourge

 

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