Européennes: le débat Paul Magnette (PS) et Olivier Chastel (MR)

Olivier Chastel, tête de liste MR et Paul Magnette, tête de liste PS pour les élections européennes.
Olivier Chastel, tête de liste MR et Paul Magnette, tête de liste PS pour les élections européennes. - © RTBF

A deux jours des élections européennes, la «Semaine de l'Europe» boucle ses débats préélectoraux sur les enjeux du scrutin avec un face à face MR-PS: un duel entre les têtes de listes aux européennes, Olivier Chastel, côté libéral et Paul Magnette, côté socialiste. Un duel qui, par moments, avait des airs de duo, les désaccords en sourdine.  

Socialistes et libéraux posent pourtant des regards bien distincts sur les deux thèmes débattus: le travail, la migration. 

Au travail!

Le taux de chômage en Europe a beaucoup baissé ces dernières années. Mais le défi social est néanmoins important. De grandes variations subsistent entre les Etats membres, et de grandes inégalités entre les citoyens. Selon la Confédération Européenne des Syndicats (l'organisme qui chapeaute tous les syndicats en Europe), il y a eu une perte de 30% des salaires net dans l'Union Européenne, sur les 10 dernières années. 

Faut-il blâmer l'Europe?

Paul Magnette (PS): «L'Europe a une part de responsabilité, notamment pour n'avoir pas réussi à mettre fin au dumping social. Il y a eu de toutes petites avancées, mais quand un Roumain travaille en Belgique au salaire belge tout en payant les cotisations sociales au niveau roumain, cela crée une concurrence tout à fait déloyale qui détruit des emplois chez nous et qui est dramatique aussi dans le pays d'origine. On n'en a pas fait assez et on devrait pouvoir dire aux pays récalcitrants que cette concurrence au niveau des salaires n'est pas loyale et que s'ils continuent à ne pas le jeu, ils n'auront plus accès aux subsides européens.»

Olivier Chastel (MR):«Il faut éviter cette concurrence interne entre pays européens. Ca vaut pour le domaine social, économique, fiscal. On manque de convergence au niveau européen, dans une logique du chacun pour soi. Mais il y a eu des avancées sociales, avec le travail de la commissaire Marianne Thyssen: elle essaye de faire prendre conscience à tous les pays européens qu'un minimum de droits sociaux sont importants, les conditions de travail, l'accès au travail,...»

Une progression à saluer, dit Olivier Chastel, tout comme une série d'avancées récentes pour contrer la concurrence entre travailleurs.

« Pour le dumping social, il y a eu des progrès aussi. Mais il faudra vérifier à présent comment sera transcrit ce principe 'à travail égal, salaire égal'. Il faudra voir comment on pourra harmoniser la taxation sur le travail. Mais il faut le faire sans incantation dogmatique, par paquets, pas à pas, progressivement notamment avec les pays de l'est.» 

Paul Magnette réplique : «J'entends votre éloge de la lenteur et de la prudence, Monsieur Chastel, mais il y a des moments clefs, comme en début de législature quand on adopte le budget pour les prochaines années: c'est à ce moment là qu'on doit mettre des balises. Et si on ne dit pas à ce moment-là à ces pays de mettre de fin à la concurrence interne, alors on sera reparti pour cinq ans de micro-avancées qui font des macro-drames sociaux. »

Faire pression sur les récalcitrants...quitte à accentuer le désamour de l'Union dans l'est de l'Europe? 

«C'est un moment de tension, mais la politique c'est ça aussi » commente Paul Magnette. «Et ça vaut aussi pour le dumping fiscal, la migration: l'Europe est fondé sur un principe de solidarité, c'est dans le traité européen. Et ceux qui ne jouent pas le jeu, on doit leur rappeler que c'est le principe fondamental et qu'on ne peut pas avoir des milliards de subsides européens et essayer en même temps de gagner sur le plan de l'attraction des investissements et de l'emploi.»

Pour réduire la concurrence entre travailleurs, vous proposez tous deux d'instaurer un « salaire minimum européen », qu'est-ce que ce serait: un salaire minimum égal dans toute l'Union? 

Olivier Chastel (MR) : «Un salaire minimum égal? Impossible dans un premier temps, il y a trop de divergences aujourd'hui en Europe, un rapport de 1 à 10 entre le salaire minimum des uns et des autres. Mais il faut avancer vers là progressivement et aller vers plus de convergence, tirer vers le haut les conditions sociales de ceux qui sont en retard en Europe.» 

Mais ces progressions, comment les instaurer, alors que des états membres n'en veulent pas? 

Olivier Chastel: «C'est le grand malheur de l'Europe, on voudrait que l'Europe soit plus sociale mais il n'y a pas un état membre qui veuille lui donner les compétences pour le devenir.»

Paul Magnette:«il n'y a qu'une méthode pour avancer, c'est la méthode des paquets. On dit: on va rénover en profondeur l'Union. Et on fait en sorte qu'il y ait un paquet fiscal, un paquet social, un vrai engagement pour la transition climatique... avec des incitants et des sanctions. Et là chaque état membre fait son calcul...en se disant: si j'adhère pas, je vais y perdre. Mais si on fait du morcellement, on donne à chaque état membre une capacité de blocage sur chacun des dossiers.» 

Quelle migration? 

C'est le thème qui a crispé les relations dans l'Union ces dernières années. Et même si la migration a fortement baissé depuis le pic des arrivées en 2015, la mer Méditerranée reste meurtrière: en 2018, 2260 personnes au moins sont mortes en tentant la traversée, selon le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés. Comment éviter que des migrants ne se mettent ainsi en danger? 

Paul Magnette: «Il faut une politique européenne de migration, et la plus préventive possible pour éviter que ces personnes ne montent sur un bateau. En permettant par exemple d'introduire une demande d'asile via les ambassades et consulats dans leur pays, en permettant à ceux qui pourraient accéder à une migration économique d'introduire une demande à partir de leur pays comme le fait le canada par exemple.» 

Olivier Chastel: «Nous voulons une migration maîtrisée. Nous voulons réformer le système d'asile européen, notamment le règlement de Dublin. Il fait peser sur l'Italie, la Grèce et maintenant l'Espagne toute la pression migratoire et cela ne colle pas au double principe de solidarité et de responsabilité européennes. Et dans ce dossier-là aussi, certains pays européens se mettent en marge de cette solidarité. Et ici aussi, on peut tenter de les convaincre via les subsides européens qu'un minimum de solidarité est nécessaire».

 Et pour agir en amont, Olivier Chastel propose: 

 «On doit sécuriser les frontières extérieures de l'Union, augmenter l'efficacité de l'aide au développement sur place. Et on doit pouvoir régler la migration dans les pays limitrophes, sous l'égide des Nations Unies, du HCR. Les Nations Unies peuvent consacrer une migration qui n'est pas illégale, qui n'est pas aux mains de mafieux menant à de graves catastrophes humaines. L'idée est qu'il y ait d'abord un accueil dans les pays limitrophes, soutenus financièrement dans leur organisation, leur capacité d'absorption»

Paul Magnette réagit: 

«Confier le contrôle des frontières de l'Union Européenne à la Turquie ou à la Libye, ça ne répond selon moi absolument pas au respect des principes fondamentaux des droits de l'homme et cela ne règle rien. Ceux qui en ont la possibilité continueront à payer les passeurs. Il vaut mieux travailler en amont dans les pays dont sont originaires ceux qui essayent d'accéder au territoire européen.»

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