Être homosexuel au Ghana, entre violences et déni des droits

Kwaku* a vécu toute sa vie les brimades.
Kwaku* a vécu toute sa vie les brimades. - © DYLAN GAMBA

Au Ghana, les relations homosexuelles sont interdites, héritage de la législation coloniale britannique du XIXe siècle. Les membres de la communauté LGBT sont régulièrement victimes de discriminations. L’association Solace tente de défendre les droits de cette minorité.

"Toute personne se livrant à des relations charnelles non naturelles encourt une peine de prison qui ne pourra pas être inférieure à 5 ans et supérieure à 25 ans." La section 104 de la loi de 1960 sur les infractions pénales au Ghana, héritière du système colonial institué par les Britanniques dans les années 1860, criminalise l’homosexualité. Même si cette disposition légale est très peu appliquée, comme le remarque Human Rights Watch (HRW) dans un rapport sur la question publié en janvier 2018, "la loi contribue à un climat dans lequel la violence et la discrimination à l’encontre des personnes LGBT sont monnaie courante", estime l’ONG.

Je savais dès le plus jeune âge que je ne pouvais pas en parler

Aujourd’hui, dans une société où plus de 90 % de la population se déclare croyante, ce qui est en fait l’un des pays les plus pieux au monde, l’homosexualité est toujours un délit au Ghana. "Il y a tout de même certains progrès depuis plusieurs années", témoigne Kwaku*. Le jeune homme d’une vingtaine d’années, originaire de l’Est du pays, est militant au sein de l’association Solace, qui vient en aide aux homosexuels au Ghana en leur apportant une aide juridique.

Kwaku a vécu toute sa vie les brimades. "J’ai su que j’étais homosexuel quand j’avais 11 ans, j’étais attiré par les hommes et je me posais beaucoup de questions", témoigne-t-il. "Je savais dès le plus jeune âge que je ne pouvais pas en parler, même pas à mes parents, que je ne devais pas le montrer, c’était quelque chose que j’avais déjà intériorisé", poursuit-il.

Quand j'entends des insultes, je continue mon chemin pour éviter les confrontations

Dans les lieux publics, il doit faire attention à sa manière d’agir. "Je suis toujours en alerte quand je sors, pour ne pas éveiller l’attention sur moi", évoque-t-il. Malgré ces précautions, il lui arrive d’être pris à partie dans la rue. S’il assure ne jamais avoir dû faire face à des violences physiques, les violences verbales sont nombreuses. "On me traite parfois de kojo besia (terme twi péjoratif désignant un homme s’habillant comme une femme, ndlr). Quand je l’entends, je ne réponds rien et je continue mon chemin pour éviter les confrontations", avance-t-il.

D’autres membres de la communauté peuvent être victimes de violences physiques. "En mai 2016, dans un village aux abords de Kumasi dans la région Ashanti, la mère d’une jeune femme a organisé le lynchage contre sa fille et une autre femme car elle les suspectait d’être lesbiennes et d’avoir des relations sexuelles entre elles. Les deux jeunes femmes ont été contraintes de fuir le village", note ainsi HWR dans son rapport.

Quand je vais à l’église, je suis hétéro et je ne parle pas de mon orientation sexuelle

Même si Kwaku se déclare "optimiste pour l’avancement des droits des personnes LGBT", le chemin reste encore long. En février 2017, le porte-parole du Parlement, membre du parti au pouvoir, a comparé l’homosexualité à une "abomination" et a plaidé pour un renforcement des lois contre les relations homosexuelles. "Nous faisons du lobbying avec notre association Solace aujourd’hui auprès des responsables politiques. Certains nous écoutent et sont sensibles à nos arguments mais il leur est impossible de s’impliquer ouvertement pour nous", avance Kwaku. Devant les déclarations également hostiles émanant des responsables religieux, Kwaku est-il croyant ? "Je suis croyant et quand je vais à l’église, je suis hétéro et je ne parle pas de mon orientation sexuelle", évoque-t-il en esquissant un sourire.

En attendant que la situation évolue pour la communauté, le jeune homme continue de militer au sein de l’association Solace. Son siège est situé dans le quartier de Labadi, dans le sud d’Accra, la capitale du pays. Rien ne permet de l’extérieur de savoir qu’il s’agit d’une association œuvrant pour le respect des droits des personnes LGBT. "Nous n’avons pas le choix, nous devons faire profil bas", témoigne Kwaku.

Des aides juridiques ou sur le sida

A l’intérieur du bâtiment, des drapeaux arc-en-ciel sont peints sur les murs et un extrait du chapitre 5 de la Constitution ghanéenne de 1992 est placardé au mur qui stipule que "toute personne au Ghana, quels que soit sa race, son lieu d’origine, ses opinions politiques, ses croyances ou son genre a le droit au respect des droits humains fondamentaux".

"Notre association défend les droits des membres de la communauté LGBT sous l’angle de la défense des droits de l’homme", poursuit Kwaku. L’association vient en aide à plus de 1000 personnes, notamment grâce à des aides juridiques et des conseils de santé, notamment sur le sida. "J’espère voir un jour un Ghana qui ne criminalisera plus les relations entre personnes du même sexe", conclut Kwaku.

*le prénom a été modifié.

Archives : Journal télévisé 08/08/2013

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK