Être albinos au Ghana, entre discriminations, superstitions et violences

Mawunyo Yakor-Dagbah aux côtés d'Adam Abdul Wahab.
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Mawunyo Yakor-Dagbah aux côtés d'Adam Abdul Wahab. - © Dylan GAMBA

Quelque 2400 personnes atteintes d’albinisme vivent au Ghana, où les superstitions et croyances sont particulièrement ancrées dans la société. Les albinos sont le plus souvent ostracisés, voire victimes de tentatives de meurtre. La Ghana Association of Persons with Albinism critique l’incurie des autorités.

"J’ai eu de la chance d’avoir des parents aimants qui m’ont toujours soutenu ; des personnes leur avaient conseillé de m’abandonner dans un orphelinat." Mawunyo Yakor-Dagbah préfère aujourd’hui en sourire. Mais la jeune femme de 35 ans, atteinte d’albinisme, a vécu toute sa vie "brimades, stigmatisations et discriminations".

"Dans la rue, comme je suis très blanche de peau, on m’appelle souvent 'obroni' (terme twi utilisé pour désigner les étrangers, ndlr). J’ai parfois l’impression de ne pas faire partie de la société ghanéenne", poursuit-elle.

Mais la jeune femme, originaire de la région de la Volta, dans l’Est du pays, a réussi à s’émanciper grâce à l’éducation. "Mon père voulait que je sois comptable, je suis allé à l’université et, aujourd’hui, je suis chargé de contrôler les comptes de l’État", évoque-t-elle avec fierté. Mais elle est consciente de la singularité de sa situation. "Beaucoup de personnes souffrant d’albinisme quittent l’école très tôt et sont ensuite cantonnées à des emplois peu rémunérés", avance-t-elle.

"Dans mon village, des personnes pensaient que j’étais maudit"

Selon des statistiques, quelque 2400 albinos vivent au Ghana où ils sont parfois victimes de violence. "Il m’est arrivé d’être battu à l’école par des élèves, devant des professeurs qui ne faisaient rien pour l’empêcher", se remémore Adam Abdul Wahab, d’une voix gutturale.

Le journaliste, originaire de Sapala, une municipalité dans le nord du pays, a également survécu à trois tentatives de meurtres. "Les gens voulaient utiliser certaines parties de mon corps pour des rituels", soutient-il.

Adam Abdul Wahab, qui a de nombreuses tâches brunes sur le visage, a souvent dû faire face aux insultes. "Dans mon village, des personnes pensaient que j’étais maudit", se remémore-t-il. Malgré une enfance traumatique, le journaliste estime que la situation s’améliore. "Les choses commencent à changer au Ghana, mais lentement. Quoi qu’il en soit, je préfère vivre ici qu’au Malawi ou au Kenya où la situation pour les albinos est bien pire", confie-t-il. Dans ces deux pays, les assassinats de personnes atteintes d’albinisme sont courants.

Mawunyo Yakor-Dagbah et Adam Abdul Wahab sont tous deux membres de la Ghana Association of Persons with Albinism, qui a pour but de défendre les droits des albinos et de redonner confiance aux personnes qui ont subi toute leur vie des brimades. "Ils m’ont vraiment aidé", témoigne Kwame Andrews Daklo, 33 ans. "Cela ne fait que depuis deux ans que je suis capable de parler en public, avant j’en étais incapable", témoigne-t-il.

Vision réduite et cancers de la peau

Même s’il note également une "légère amélioration" de la situation, il critique l’incurie et l’impéritie du gouvernement devant la situation. "Nous avons des besoins spécifiques qui ne sont pas pris en compte par les autorités", estime-t-il, notamment du point de vue des soins. Les albinos ont en effet une vision fortement réduite, et ont le plus souvent besoin de porter des lentilles. "Mais elles sont extrêmement chères", témoigne  Mawunyo Yakor-Dagbah.

Il faut en effet compter entre 500 et 1000 cedis chaque année (entre 100 et 200 euros), dans un pays où le salaire moyen tourne autour de 550 cedis. "Beaucoup n’ont pas les moyens de les acheter et il n’y a aucune aide de l’État", poursuit-elle.

Autre sujet de préoccupation : les cancers de la peau. "Nous sommes particulièrement sensibles au soleil et si je reste longtemps dehors sans protection, ma peau brûle", déclare Kwame Andrews Daklo. "Nous devons porter des vêtements adaptés qui sont onéreux", poursuit-il.

"L’État, les autorités locales, les autorités religieuses doivent faire davantage pour que les albinos fassent partie intégrante de la société ghanéenne", conclut Adam Abdul Wahab.

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