Étiquetage "Made in colonies israéliennes": le boycott légitimé?

Le récent arrêt de la Cour de Justice de l'Union Européenne validant l'étiquetage "colonies israéliennes" a été fermement rejeté par Israël. Faut-il voir dans cette décision de la justice européenne une légitimation du boycott de ces produits par certains consommateurs? C'est Ce Qui Fait Débat (CQFD) ce jeudi dans Soir Première. Pour en parler, deux invités: Emmanuel Nahshon, ambassadeur d'Israël en Belgique, et François Dubuisson, professeur de droit international à l'ULB et chercheur au centre de droit international.

Une décision hypocrite, discriminatoire et politique

Pour le nouvel ambassadeur d'Israël en Belgique, la validation de cet étiquetage "Made in colonies" est "une décision hypocrite et discriminatoire sur tous les aspect, pour trois raisons", avance Emmanuel Nahshon: "c'est tout d'abord une décision qui isole l'Etat d'Israël, qui n'est appliquée à aucun autre conflit territorial dans le monde, deuxièmement, c'est un obstacle supplémentaire sur le chemin de la possibilité de reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, enfin c'est une décision qui met en danger les emplois de milliers de Palestiniens qui travaillent dans des entreprises israéliennes, dans des territoires dont la nature est contestée".

"Une décision dont la nature est soi-disant juridique mais qui en fait est profondément politique, et qui va à l'encontre de l'Etat d'Israël", ajoute l'ambassadeur.

Des territoires palestiniens occupés et pas contestés

"C'est bien une décision juridique", répond François Dubuisson, "une décision judiciaire de la Cour de Justice de l'Union Européenne qui se base sur toute une série d'interprétations juridiques des règles pertinentes [...] Evidemment, Israël ne peut pas être d'accord avec cette décision, puisque ça part du double constat que les territoires sont des territoires palestiniens occupés et pas contestés, et que les implantations juives installées depuis 1967 sont des colonies illégales en droit international, contraires précisément au droit de l'occupation ratifié par Israël".

L'ambassadeur d'Israël poursuit l'argumentation en se référant à l'annexion des territoires par Israël en 1967: "nous avons conquis un territoire dont le statut n'était pas déterminé", rappelle-t-il.

Légitimation du boycott?

L’Etat hébreu dénonce aussi une décision qui pourrait nuire à son image et à ses exportations, tout en nourrissant le mouvement international de boycottage à son encontre. Fédérant différentes associations et organisations dans de nombreux pays, le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) est un mouvement international pro-palestinien, qui s'oppose à l'occupation israélienne. Il prône le boycott commercial, mais aussi universitaire ou culturel. Il avait notamment mené une campagne contre la dernière édition de l'Eurovision à Tel Aviv. 

"Ce n'est pas un mouvement pro-palestinien", réagit l'ambassadeur d'Israël en Belgique, "il n'aide les Palestiniens en rien du tout. C'est un mouvement antisémite, anti-israélien classique". Y a-t-il dès lors sur-focalisation sur Israël à travers ces campagnes de boycott et à travers ce nouvel étiquetage lié aux colonies? 

Pour François Dubuisson, il faut replacer cette question dans le contexte des relations privilégiées entre Israël et l'Union Européenne [l'UE est le premier partenaire commercial d'Israël, Ndlr]. "La société civile réagit ici à ce qu'elle perçoit comme une incapacité des gouvernements à réagir. Concernant Israël, en dépit des nombreuses violations, il n'y a aucune sanction... Au contraire, on passe des accords très privilégiés avec Israël, qu'on a l'impression de récompenser. Ça n'a rien à voir avec l'antisémitisme", conclut le professeur de droit international à l'ULB.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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