Ethiopie: 400 morts en quelques mois dans les manifestations de l'ethnie Oromo

Cérémonie d'hommage à Dinka Chala, tué lors des manifestations par les forces de l'ordre éthiopiennes
Cérémonie d'hommage à Dinka Chala, tué lors des manifestations par les forces de l'ordre éthiopiennes - © Tous droits réservés

Les violences exercées par les services de sécurité à l'encontre des manifestations généralement pacifiques du groupe ethnique Oromo -le plus nombreux en termes de population en Ethiopie- a coûté la vie à plus de 400 personnes depuis novembre 2015, affirme l'organisation Human Rights Watch (HRW) qui a réalisé quelque 125 interviews avec des témoins, des victimes et des sources gouvernementales.

Les manifestations ont également fait des milliers de blessés, alors que des milliers de personnes ont été arrêtées et des centaines d'autres au moins ont fait l'objet de disparitions forcées. HRW plaide pour une enquête indépendante et demande à la communauté internationale de réagir fermement.

La situation s'est tendue lorsque les autorités ont décidé de privilégier un projet d'investissement dans la ville de Ginchi, située 80km au sud de la capitale Addis Abeba, entraînant ainsi la destruction d'un bois et d'un terrain de foot. Le peuple Oromo, qui constitue 40% de la population éthiopienne, vit dans la région centrale d'Oromia, située autour de la capitale.

Les manifestations de Ginchi et la réaction des forces de sécurité ont entraîné d'autres actions menées dans 17 zones de la région d'Oromia. "D'autres thèmes se sont peu à peu rajoutés aux protestations, notamment des revendications économiques, politiques et culturelles", explique HRW.

Les forces de l'ordre ont tiré au hasard dans la foule

"Selon les témoignages, les forces de l'ordre ont tiré au hasard dans la foule lors de ces manifestations", dit le rapport de HRW intitulé "'Such a Brutal Crackdown': Killings and Arrests in Response to Ethiopia's Oromo Protests".

"Les manifestants interpellés ont été torturés, les femmes violées. De nombreux morts et manifestants soumis à la torture sont mineurs d'âge, des élèves de primaire et de secondaire ayant participé aux actions de protestation".

Des leaders de la communauté Oromo, des étudiants, enseignants, musiciens ou membres des partis d'opposition, ont été arrêtés. "Beaucoup ont été libérés depuis mais un nombre indéterminé d'entre-eux sont toujours détenus sans raison et sans contact avec leurs avocats ou leur famille", affirme HRW.

Le gouvernement éthiopien prétend que les manifestants entretiennent des liens avec des partis d'opposition interdits, une tactique éculée du régime pour justifier la répression. Ce n'est pas la première fois que le régime éthiopien agit de la sorte contre les protestataires d'Oromia.

HRW appelle le gouvernement éthiopien à effectuer une "enquête crédible, indépendante et transparente" sur l'emploi de la force par les services de sécurité. L'organisation de défense des droits de l'homme demande par ailleurs à la communauté internationale une réponse "plus forte et unie". "Une pression commune et internationale sur le gouvernement éthiopien afin qu'il mène une enquête crédible et indépendante est indispensable", conclut HRW.