Trois questions pour comprendre la menace de "shutdown" qui plane sur les Etats-Unis

Les Etats-Unis tourneront-ils à nouveau au ralenti? Donald Trump menace le pays d'une longue paralysie des administrations fédérales américaines, un "shutdown", si les démocrates du Congrès refusent de financer un mur frontalier avec le Mexique. Et ce, à quelques heures d'une échéance budgétaire.

Ce possible "shutdown" intervient dans un contexte déjà tendu, au lendemain de la démission du ministre de la Défense Jim Mattis qui sonné comme un coup de tonnerre et choqué beaucoup d'élus républicains.

Qu'est-ce que le "shutdown"?

"Shutdown" signifie littéralement "fermeture". De manière concrète, il s'agit d'une mesure prévue par la Constitution, obligeant la fermeture des administrations fédérales américaines, dans le cas où le Congrès refuse de voter le budget (le Congrès est formé par la Chambre des représentants et le Sénat). 

Plusieurs centaines de milliers d'employés fédéraux jugés "non-essentiels" se retrouvent donc en congés sans soldes du jour au lendemain. Ces derniers ne peuvent effectuer aucun travail pendant ces congés forcés, sous peine de lourdes sanctions. Ils ne seront pas payés pendant toute la durée du "shutdown", la durée étant impossible à déterminer.

Mais certains postes jugés "essentiels" pour la sécurité et la protection du pays sont épargnés. C'est le cas des gardiens de prison, des contrôleurs aériens, des scientifiques, des agents des services secrets ou encore des travailleurs médicaux. Ces personnes seront payées, mais souvent avec des retards plus ou moins conséquents.

Pourquoi ça bloque ? 

La date butoir pour voter le budget 2019 est fixée à vendredi minuit à Washington (samedi 5H00 GMT). En cas d'absence de compromis entre les deux chambres du Congrès et la Maison Blanche sur le budget fédéral, certaines administrations pourraient fermer leurs portes.

Le président républicain insiste pour que le financement d'un mur à la frontière avec le Mexique, à hauteur de 5 milliards de dollars, soit inclus dans ce budget. Ou qu'à défaut une enveloppe substantielle soit consacrée à la sécurité aux frontières. Et il semble se montrer inflexible sur le sujet. 

La Chambre des représentants, à majorité républicaine, a approuvé jeudi soir un nouveau texte qui va dans le sens des exigences du président, incluant un financement de son mur à hauteur de 5,7 milliards. De quoi éloigner le spectre d'un futur "shutdown".

Mais si ce financement a pu être adopté sans voix démocrates à la chambre basse, il n'a aucune chance de passer au Sénat, où 60 votes sont nécessaires. Or, les républicains, qui sont loin d'être tous acquis à cette idée, ne contrôlent que 51 des 100 sièges de la chambre haute du Congrès.

Pour rappel, après les élections de mi-mandat en novembre dernier, les démocrates ont repris la majorité à la Chambre des représentants. En revanche, au Sénat, les républicains ont progressé.

Un classique en politique?

Le "shutdown" est un classique en politique aux Etats-Unis. Rare il faut le souligner, mais loin d'être inédit.

Les derniers en date, en janvier et février 2018, alors que Donald Trump fêtait ses un an de présidence. Deux "shutdown" se sont succédés en trois semaines de tempsle Congrès n'ayant pu voter à temps un compromis budgétaire.  

L'épisode précédent remonte lui en octobre 2013, sous Barack Obama, qui venait d'être réélu pour un second mandat. A l'époque, il avait duré 16 jours, et 850.000 personnes étaient concernées. En cause, l'Obamacare, la loi sur la couverture maladie de Barack Obama. Grand sujet de discorde entre la chambre des représentants, contrôlée par les républicains, et le Sénat, détenu par les démocrates à ce moment-là. 

Mais le record de temps revient à Bill Clinton, en 1996, avec 21 jours de paralysie. On devrait d'ailleurs parler de deux "shutdown" consécutifs: l'un de six jours, du 14 au 19 novembre 1995, et le second du 16 décembre 1995 au 6 janvier 1996. Résultat: 280.000 personnes au chômage et 475.000 salaires supprimés durant cette période. Ajoutez à cela un impact négatif de 2 milliards de dollars sur l'économie américaine. 

Finalement, c'est Ronald Reagan qui en aura connu le plus, avec 7 épisodes pendant sa mandature.  

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