Etats-Unis : la nouvelle allégeance du parti républicain à Donald Trump

" Purge " pour les uns, " excommunication " pour les autres : ce mercredi, c’est surtout l’étalage au grand jour de la fidélité renouvelée du parti républicain à Donald Trump. L’ancien président n’a pas renoncé à la scène politique, et son pouvoir sur le parti républicain semble toujours particulièrement étendu.

Et c’est pour cela que ce mercredi 12 mai 2021, Liz Cheney a perdu sa position dans la hiérarchie républicaine. Présidente de la conférence républicaine de la Chambre, elle était chargée de porter le message des républicains tant en interne qu’auprès des électeurs. Un rôle crucial dans l’optique des élections parlementaires des " midterms " de 2022 lors desquelles le parti espère décrocher la majorité au Congrès, ce qui d’une part rendrait particulièrement compliquée la suite du mandat de Joe Biden, mais ce n’est pas tout : une telle victoire permettrait surtout à Kevin McCarthy de devenir " speaker " (président) de la Chambre, ce dont il rêve depuis plusieurs années.

C’est une imbécile va-t-en-guerre qui n’a rien à faire dans la hiérarchie 

Désormais, Liz Cheney ne sera donc plus à la 3ème place de la hiérarchie du groupe républicain à la Chambre des représentants, derrière Kevin McCarthy et Steve Scalise. Le nom de sa remplaçante était connu bien avant le vote : Elise Stefanik, 36 ans, avait reçu l’aval et le soutien de Donald Trump la semaine dernière via un premier puis un deuxième communiqué.

Si Liz Cheney a été chassée de la hiérarchie, c’est parce qu’un vote au sein de ce groupe a été spécifiquement organisé pour cela. Et personne ne doutait de son issue, même si Liz Cheney avait déjà survécu, en février dernier, à un vote de défiance pour avoir osé voter pour la mise en accusation de Donald Trump pour incitation à l’insurrection lors de l’attaque du Capitole, le 6 janvier. Depuis, convaincue que son parti devrait prendre définitivement ses distances de Donald Trump, Liz Cheney, conservatrice radicale, n’avait pas cessé ses critiques à l’encontre de l’ancien président, qui n’a pas du tout apprécié et ne s’est pas privé de le faire savoir : "C’est une imbécile va-t-en-guerre qui n’a rien à faire dans la hiérarchie ".

Impossible pour un républicain de contester la version de l’élection volée

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Etats-Unis : la nouvelle allégeance du parti républicain à Donald Trump © JOE RAEDLE - Getty Images via AFP

Fidèles relais de la parole trumpienne, Kevin McCarthy et Steve Scalise ont donc activement fait campagne pour faire taire cette voix dissonante, qui ose critiquer Donald Trump, ce qu’elle a encore fait hier à la tribune de la Chambre, devant une poignée d’élus dont un seul républicain, ce qui permettait de comprendre à quel point elle était d’ores et déjà " lâchée " par son groupe politique. Dans ce qui restera sans doute un baroud d’honneur, Liz Cheney n’a pas mâché ses mots : "Nous devons dire la vérité : notre élection n’a pas été volée, et l’Amérique n’a pas échoué. Rester silencieux et ignorer le mensonge enhardit le menteur". Et elle a assumé jusqu’au bout son choix de ne pas se ranger derrière Donald Trump comme a choisi de le faire le parti républicain : "Je ne resterai pas assise en silence et je ne croiserai pas les bras pendant que d’autres conduisent notre parti sur un chemin qui abandonne l’État de droit et rejoint la croisade de l’ancien président pour saper notre démocratie". Il faut préciser que la semaine dernière, Donald Trump s’en était pris à Liz Cheney en expliquant par communiqué qu’elle continue d’affirmer bêtement et sans le savoir qu’il n’y a pas eu de fraude électorale lors de l’élection présidentielle de 2020 alors qu’en fait, les preuves […] démontrent le contraire". Ce qui est faux, puisqu’aucun des très nombreux tribunaux saisis n’a conclu à l’existence de fraude.

Opposée à Donald Trump bien avant l’attaque du Capitole

Elue du Wyoming et fille de l’ancien vice-président Dick Cheney, Liz Cheney n’a pas attendu les événements du Capitole, le 6 janvier pour s’opposer à Donald Trump : selon le Washington Post qui l’a révélé la semaine dernière, c’est déjà elle qui était à l’origine de la tribune des 10 anciens ministres de la Défense pour appeler l’armée à s’engager pour une transition pacifique et démocratique du pouvoir et donc à ne pas céder à un éventuel appel à la loi martiale. Un élément de plus qui a poussé les élus fidèles à Donald Trump à accélérer le tempo pour évincer Liz Cheney de la hiérarchie.

Dans une lettre envoyée la semaine dernière aux élus républicains, Kevin McCarthy assurait que "contrairement à la gauche, nous accueillons favorablement la libre-pensée et le débat". Mais la réalité montre précisément le contraire : la plupart des élus républicains qui ont osé voter contre Donald Trump dans son procès en responsabilité de l’attaque du Capitole ont été sanctionnés par les instances locales de leur Etat. "Bien sûr qu’il existe une place au sein des républicains pour ceux qui ne soutiennent pas Donald Trump " a ensuite expliqué l’influent sénateur Lindsey Graham, " mais pas à un poste clé de la hiérarchie !".

Face à quelques journalistes, lundi dernier, Lindsey Graham n’a pas tourné autour du pot : "Si vous essayez de chasser Donald Trump du parti républicain, vous verrez la moitié du parti disparaître avec lui "

Ancien candidat à l’investiture, Mitt Romney, qui a voté deux fois en faveur de l’impeachment de Donald Trump, est quant à lui convaincu que cette " purge " n’est pas sans risque électoral : "Démettre Liz Cheney de son poste ne rapportera pas une seule voix au parti républicain, mais va lui en coûter un certain nombre". Mais ce point de vue n’était pas partagé par la majorité des élus républicains, qui ont pu vérifier la capacité de nuisance de Donald Trump vis-à-vis de quiconque refuse d’adhérer à son récit de l’élection volée, et ces républicains n’imaginent donc pas une reconquête du pouvoir sans le soutien du milliardaire new-yorkais désormais établi en Floride.

Il risque d'inciter à de nouvelles violences

Et le mot de la fin revient à Liz Cheney : "Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une menace que l'Amérique n'a jamais vue auparavant. Un ancien président (Donald Trump) qui a provoqué une violente attaque contre ce Capitole dans le but de voler l’élection a repris ses efforts agressifs pour convaincre les Américains que l'élection lui a été volée. Il risque d'inciter à de nouvelles violences. Des millions d'Américains ont été induits en erreur par l'ancien président. Ils n'ont entendu que ses paroles, mais pas la vérité, et il continue de saper notre processus démocratique, semant le doute sur le fait que la démocratie fonctionne vraiment". 

Quelques minutes après le vote de ses collègues républicains, Liz Cheney a déclaré devant les journalistes qu'elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour garantir que l'ancien président ne s'approche plus jamais du Bureau ovale. La hache de guerre est loin d'être enterrée.

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