États-Unis : à peine dévoilé, le projet de mémorial en hommage à la tuerie d’Orlando fait polémique

Dimanche 12 juin 2016, soir de la Gay Pride d’Orlando, Omar Mateen ouvre le feu dans le Pulse, une boîte de nuit LGBTQ, vers 2 heures du matin. Il s’agit du pire acte de violence jamais commis dans l’histoire des États-Unis depuis le 11 septembre 2001.

Trois ans plus tard, l’heure est à la réflexion sur la façon de rendre hommage aux 49 victimes de l’attaque. Un projet, proposé par le cabinet français Coldefy & Associés, vient d’être retenu. Cependant, l’initiative semble loin de faire l’unanimité.

"Le National Pulse Memorial & Museum rendra hommage aux 49 vies enlevées et à toutes les victimes, tout en informant les visiteurs et les générations à venir de l’impact considérable d’une telle tragédie sur Orlando, sur les États-Unis, et sur le monde", a annoncé Barbara Poma, CEO de la fondation onePULSE, au travers d’un communiqué.

Miroir d’eau, jardin et musée

Le projet, élaboré par le cabinet d’architectes français Colfefy & Associés, consiste en l’installation d’un miroir d’eau encerclant le bâtiment de la boîte de nuit. Ce dernier fera partie intégrante du mémorial. Au fond du bassin, 49 faisceaux de couleur feront écho aux 49 victimes décédées lors de l’assaut. Le monument prendra place au cœur d’un jardin agrémenté de 49 arbres. D’autre part, le projet prévoit également l’installation d’un gigantesque musée à ciel ouvert, accompagné de jardins verticaux.

Le communiqué de la fondation précise qu’il ne s’agit pour l’instant que du point de départ d’une réflexion à étayer. Il ne représente donc pas le projet final et sera peaufiné dans l’année à venir, en tenant compte autant que possible des commentaires du public.

"C’est un véritable honneur pour nous d’avoir été choisis par la fondation onePULSE. Ce projet lourd de sens nous rappelle combien l’architecture et le paysage peuvent influencer nos comportements et avoir un impact sur notre communauté", s’est félicité Thomas Coldefy, directeur du cabinet d’architecture.

Capitaliser sur du sang versé

Pour faire leur choix, un jury a passé en revue plus de 2300 commentaires de familles des victimes, de survivants et du grand public. Malgré tout, le projet semble loin de faire l’unanimité. La fondation onePULSE se voit aujourd’hui accusée de capitaliser sur des vies humaines par ses détracteurs. Sur la plateforme change.org, une pétition intitulée "Stop au profit sur du sang versé" a déjà recueilli plus de 45.000 signatures.

"Le 12 juin 2016, 49 clients du club ont été dépouillés de leur vie par un monstre qui a fait des ravages en quelques minutes. […] Comme si cela ne suffisait pas, il est désormais question de faire du Pulse Night-Club une destination 'à but lucratif', comme une attraction récréative. Ce 'mémorial' serait là pour capitaliser sur des vies perdues. Un endroit où acheter des t-shirts, des chapeaux, des souvenirs, et vous promener aux premières loges de là où le sang a coulé. Pour le profit", dénonce Christine Leinonen, mère d’une victime et autrice de la pétition.

C’est effectivement l’intégration d’un musée payant et d’une boutique de souvenirs qui constituent les premiers griefs reprochés au projet. "Nous pouvons et nous devons faire mieux", conclut la mère endeuillée.

"La fondation onePULSE a fait le choix d’un projet donnant en spectacle le meurtre de personnes LGBTQ, et l’utilise éhontément pour promouvoir le développement urbain sous prétexte d’éducation et de commémoration", a également critiqué Zachary Blair, leader du mouvement contre la réalisation du Pulse Museum, dans les colonnes du quotidien Orlando Sentinel. Sur son blog personnel, ce dernier fait état de la récupération du drame dans un but mercantile, photos à l’appui.

Estimé à 45 millions de dollars, le National Pulse Memorial & Museum devrait être inauguré d’ici 2020.

Archives : Journal télévisé 14/06/2016

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