Etat d'urgence en Equateur, le président Rafael Correa blessé

RTBF
RTBF - © RTBF

Des troubles ont éclaté jeudi en Equateur, où des militaires ont pris le contrôle du principal aéroport du pays tandis que des policiers manifestaient dans les rues. Le président Rafael Correa dénonce une tentative de coup d'Etat depuis un hôpital cerné par des mutins.

Quelque 150 militaires équatoriens ont pris jeudi le contrôle de l'aéroport international de Quito, où les vols ont été suspendus, pour protester contre une loi supprimant certains avantages pour policiers et militaires. "Environ 150 membres des forces aériennes équatoriennes ont pris la piste de l'aéroport Mariscal Sucre", a annoncé à la radio Luis Galarraga, porte-parole de l'entreprise Quiport, gestionnaire de l'aéroport.

"Pour des raisons de sécurité les opérations doivent être immédiatement suspendues", a-t-il ajouté aux alentours de 10h30 (17h30 heure belge).

Les manifestants entendent protester contre une loi supprimant le versement de certaines primes à l'ancienneté pour militaires et policiers.

A Quito, des policiers a également pris une caserne lors d'une manifestation qui a débouché sur des echauffourées et l'emploi de gaz lacrymogènes. Le bâtiment du Congrès équatorien a aussi été occupé à Quito par des policiers qui protestent également contre cette loi réduisant leurs primes à l'ancienneté.

Le président soigné dans un hôpital

Le président Rafael Correa -un ancien étudiant en économie de l'UCL, qui préside l'Equateur depuis 2007- a annoncé qu'il avait été attaqué par des manifestants et qu'il avait eu besoin de soins médicaux. Il a déclaré que des policiers contestataires étaient entrés de force dans l'hôpital où il est soigné et le cherchaient. "S'il m'arrive quelque chose, ils seront tenus responsables", a-t-il dit dans une interview à un média local. Accusant l'opposition de chercher à favoriser un coup d'Etat, il a confirmé son intention de dissoudre le Parlement.

Des manifestations de policiers et des pillages étaient également rapportées à Guayaquil, principale ville portuaire du sud du pays, et à Cuenca. 

Le gouvernement déclare l'état d'urgence 

Le gouvernement équatorien, qui a dénoncé une tentative de coup d'Etat, a déclaré l'état d'urgence dans le pays, a annoncé le ministre de la Sécurité, Miguel Carvajal. "Les forces armées ont reçu pour instruction d'assurer l'ordre public en respectant et en garantissant les droits des citoyens", a annoncé le ministre. Selon Miguel Carvajal, "toute la police n'est pas dans l'insubordination".

De son côté, le chef de la diplomatie équatorienne, Ricardo Patiño, a appelé les partisans du gouvernement à "sauver" le président Rafael Correa, réfugié dans un hôpital.

Le commandant des forces armées équatoriennes, Ernesto Gonzalez, avait annoncé plus tôt qu'il soutenait le gouvernement de Rafael Correa, se désolidarisant des militaires qui ont pris l'aéroport international de Quito. 

Sur la photo ci-dessus, on peut voir le chef de l'Etat en train d'être évacué au milieu des nuages de gaz lacrymogènes.

Alan Garcia propose un sommet sud-américain

Le président péruvien Alan Garcia a proposé jeudi d'organiser au Pérou un sommet de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) en soutien au président équatorien Rafael Correa, confronté à une grave crise que Garcia a qualifiée d'"ingérence putschiste".

Le chef de l'Etat péruvien a également annoncé avoir ordonné la fermeture des frontières du Pérou avec l'Equateur, son voisin du Nord.

"J'ai proposé à la présidente argentine Cristina Kirchner de réunir les présidents de l'Unasur à Piura (nord du Pérou, NDR) pour être le plus près possible de l'Equateur et d'entreprendre les actions qui seront nécessaires", a déclaré Alan Garcia.

Alan Garcia a ajouté qu'il était convenu avec Cristina Kirchner d'envoyer en premier lieu les chefs de la diplomatie de la région dans la ville équatorienne de Guayaquil.

L'Equateur occupe actuellement la présidence tournante de l'Unasur, dont le siège se trouve à Quito.

Réaction américaine

Les Etats Unis ont réagi très vite: ils condamnent toute tentative de violer l'ordre constitutionnel en Equateur, a affirmé jeudi la représentante américaine à l'Organisation des Etats américains (OEA).

"Les Etats-Unis condamnent toute tentative de violer le processus démocratique et l'ordre constitutionnel en Equateur", a affirmé Carmen Lomellin au cours d'une réunion de l'OEA organisée en urgence pour analyser la crise qui secoue le pays d'Amérique du Sud.

"Nous apportons notre soutien au gouvernement démocratique en Equateur. Nous apportons notre soutien au gouvernement du président Correa", a ajouté Carmen Lomellin.

Le président vénézuélien Hugo Chavez, grand allié de Rafael Correa, a déclaré à Caracas avoir parlé quatre fois avec lui au téléphone et affirmé qu'il était "séquestré" dans un hôpital de la police avec un petit groupe de collaborateurs. Il a ajouté craindre pour sa vie.

Soutiens internationaux

Les soutiens au président démocratiquement élu affluent de toutes parts. D'Amérique centrale et du sud, bien sûr, avec notamment le soutien affirmé de Cuba; mais aussi du reste du monde. Ainsi, le président français Nicolas Sarkozy apporte son "plein soutien" à Rafael Correa et la haute représentante de l'Union européenne Catherine Ashton appelle à la retenue et à la préservation de l'ordre constitutionnel.


A. L.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK