Espionnage de la NSA: le Bundestag allemand en discute ce lundi

Sans aucun commentaire, la plus haute instance du pays a rejeté l'appel de l'association de défense de la vie privée électronique (EPIC), le premier recours déposé directement devant la haute Cour depuis que l'ex-agent de la NSA Edward Snowden a dévoilé le vaste programme de surveillance.

Le recours de l'EPIC (Electronic Privacy Information Center) demandait à la Cour suprême de mettre fin au programme de surveillance de la NSA. Il estimait qu'en "collectant les informations téléphoniques de millions d'Américains, indépendamment de toute enquête particulière, la NSA outrepassait les pouvoirs conférés par le Congrès" au tribunal de surveillance du renseignement (FISC).

Le gouvernement américain avait demandé à la Cour suprême de rejeter ce recours, précisant que le programme de surveillance, en place depuis 2006, avait été dûment autorisé par le FISC.

D'autres litiges sur le programme de la NSA pourraient atteindre prochainement la Cour suprême, après avoir été examinés par la justice inférieure de Washington et de New York.

"Toute la lumière doit être faite"

Parallèlement, en Europe, Angela Merkel s'exprimait ce lundi devant le Bundestag qui examinait la question de l’espionnage par la NSA.

"Les reproches sont très graves. Toute la lumière doit être faite", a lancé Angela Merkel devant les députés, avant l'ouverture des débats à la chambre basse du Parlement allemand.

Angela Merkel, dont le téléphone portable aurait été écouté par les Américains, a estimé que "la relation transatlantique et les négociations sur un accord de libre-échange sont sans aucun doute mises à l'épreuve actuellement par les soupçons de collecte par les USA de millions de données".

"Pour l'avenir, il faut recréer un climat de confiance", a-t-elle lancé lors d'un bref préliminaire sur cette question, avant d'entamer un discours sur le partenariat oriental de l'Union européenne.

Les députés du Bundestag ont ensuite démarré vers 14H30 GMT un débat sur l'espionnage américain. Le ministre de l'Intérieur, Hans-Peter Friedrich, devait prendre la parole au nom du gouvernement allemand.

Au menu des discussions: les conséquences sur les relations transatlantiques de cette affaire et la demande des Verts d'accorder l'asile en Allemagne à Edward Snowden, à l'origine des fuites dans la presse.

Berlin a déjà affirmé qu'il n'était pas question d'accueillir l'ancien consultant de l'agence de sécurité américaine NSA, actuellement en Russie.

Snowden ne sera pas accueilli en Allemagne

L'Allemagne craint de se retrouver sous pression des USA pour l'extrader s'il entrait sur son territoire. Mais les autorités étudient la possibilité de le faire auditionner à Moscou.

Dans une tribune publiée avant les débats dans le New York Times, le député Vert allemand Hans-Christian Ströbele, qui avait rencontré fin octobre M. Snowden dans un lieu tenu secret en Russie, a appelé une nouvelle fois l'Allemagne à accorder l'asile au fugitif américain.

"Sans lui, Mme Merkel serait toujours la cible d'espionnage et la surveillance de diplomates, hommes d'affaires et citoyens ordinaires allemands continuerait à avoir lieu", écrit M. Ströbele, qui devrait prendre la parole au Bundestag lundi.

"Nous, Allemands, nous devons à M. Snowden remerciements et estime, ainsi qu'un accueil permanent et sûr en Allemagne", a-t-il ajouté, évoquant un "devoir moral".

Il a rappelé que Snowden, inculpé d'espionnage par les Etats-Unis, "aimerait témoigner devant le Parlement allemand même s'il préférerait le faire devant le Congrès américain".

Selon un sondage paru il y a une dizaine de jours, les Allemands sont partagés quant à l'idée d'accorder l'asile politique ou non à Edward Snowden dans leur pays : 46% sont pour et 48% contre.

Cependant, la majorité d'entre eux estime que l'ex-consultant du renseignement américain est plutôt un héros (60%), contre 14% qui voient en lui un criminel.

Les relations entre Washington et Berlin, deux proches alliés, ont été mises à rude épreuve depuis les révélations sur l'espionnage américain.

Les Allemands choqués

Les médias ont vivement réagi en Allemagne, pays marqué par deux dictatures (le nazisme, puis le communisme en ex-Allemagne de l'est) et où l'opinion est très sensible aux questions de respect de la vie privée.

"L'espionnage entre amis, cela ne va pas du tout", avait déclaré fin octobre à Bruxelles Angela Merkel, ancienne citoyenne de l'Allemagne communiste. Et fait exceptionnel: l'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin avait été convoqué au ministère allemand des Affaires étrangères.

Début novembre, 61% des Allemands estimaient que les Etats-Unis n'étaient pas un partenaire digne de confiance. Ils étaient également sceptiques quant au président américain Barack Obama : seuls 43% étaient désormais satisfaits de son travail, soit 32 points de moins qu'en septembre 2012.

Dans la presse allemande le secrétaire d’État américain, John Kerry, a reconnu "des tensions" avec l'Allemagne tout en assurant que les deux alliés maintiendront une "relation forte".

AFP

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