Espagne : qui est Pablo Hasél, ce rappeur devenu symbole de liberté d'expression ?

Rappeur aux textes engagés voire révolutionnaires, Pablo Hasél a été condamné à neuf mois de prison pour des tweets visant la monarchie espagnole et les forces de l’ordre. L’homme de 32 ans s’était retranché dans les bâtiments de l’Université de Lérida à 150 km de Barcelone. Son interpellation ce mardi a été suivie de manifestations parfois violentes. En Espagne et principalement en Catalogne, il est devenu, pour une partie de l’opinion publique, un symbole de la liberté d’expression.

De son vrai nom Pablo Rivadulla Duro, ce fils d’entrepreneur et marxiste dans l’âme fait partie de la scène indépendante et engagée du rap espagnol. Peu connu du grand public, il écrit des textes antifascistes, communistes ou antimonarchiques. Dans son titre Muerte a Los Borbones (Mort aux Bourbons, ndlr), il s’en prend à la famille royale espagnole qu’il accuse d’être l’héritière du régime franquiste. Ce rappeur catalan est aussi connu pour être proche de certains mouvements d’extrême gauche et multiplie les références à certains groupes armés comme les Groupes de résistance antifasciste du 1er octobre (Grapo), accusé d’un millier d’actions violentes entre 1975 et 2003 en Espagne, dont 80 assassinats et tentatives de meurtre. Son nom de scène, Pablo Hasél, est tiré d’un conte arabe dans lequel un guérillero appelé "Hasél" fait tomber une monarchie.

Condamné pour apologie du terrorisme

Pablo Hasél a toujours critiqué avec virulence les autorités espagnoles. Pendant deux ans, entre 2014 et 2016, il a posté une série de tweets dans lesquels il s’en prenait aux forces de l’ordre qu’il accusait notamment de tortures et d’assassinats. "50 policiers blessés ? Si ces mercenaires de m… se mordaient la langue en bouffant une hostie, ils diraient qu’ils sont blessés." Dans un autre tweet, il estime qu’un des membres de l’ETA, l’organisation séparatiste basque, "a été assassiné par la police."

Pablo Hasél a déjà eu de nombreux problèmes avec la justice et ses prises de position lui ont déjà valu plusieurs condamnations. En 2014, il avait notamment été condamné à deux ans de prison pour apologie du terrorisme mais n’avait pas été incarcéré car il n’avait pas d’antécédents judiciaires et la peine ne dépassait pas deux ans.

L’an dernier, il avait aussi été condamné à six mois de prison pour avoir aspergé un journaliste avec un produit d’entretien durant une manifestation.

Dernièrement, il a été condamné pour des faits similaires. Il a écopé d’une nouvelle peine de deux ans de prison ferme en première instance mais l’Audience Nationale a réduit sa peine à neuf mois. Il avait jusqu’au 12 février pour se livrer aux autorités, ce qu’il n’a jamais fait. Il s’est alors réfugié à l’Université de Lérida, sa ville natale, où il a été interpellé.

Soutien de la scène culturelle espagnole

"C’est l’Etat fasciste qui m’arrête ! Mort à l’Etat fasciste !" c’est ce qu’a clamé Pablo Hasél au moment de son interpellation. Dans des images diffusées par la télévision espagnole, on y voit le rappeur poing levé et escorté par des policiers. "Ils ne nous arrêteront pas, ils ne nous feront jamais plier, malgré toute la répression", a-t-il ajouté. Cette arrestation a fait grand bruit en Espagne où des manifestations de soutien ont éclaté.

Pablo Hasél est devenu un symbole de la liberté d’expression. Des personnalités du secteur culturel espagnol comme le cinéaste Pedro Almodovar ou l’acteur Javier Bardem ont condamné cette arrestation et ont rédigé une tribune en sa faveur.

Le cas de Pablo Hasél s’est même immiscé au sein du gouvernement de Pablo Sanchez. Le Premier ministre socialiste a promis une réforme du code pénal afin que les excès verbaux des artistes dans l’usage de la liberté d’expression n’entraînent pas de peines de prison.

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