Espagne : pourquoi Pablo Iglesias, le fondateur du parti de gauche Podemos, quitte la vie politique

Après la déroute de la gauche aux élections régionales de Madrid et le triomphe de la droite, Pablo Iglesias, 42 ans, figure de la gauche en Europe, a annoncé son retrait de la vie politique. 

"Je ne contribue pas à rassembler" a concédé l’ancien professeur de sciences politiques devant des militants de Podemos dépités mardi soir. La victoire de la présidente sortante, Isabel Diaz Ayuso, aura donc eu raison de sa carrière politique. L’étoile montante de la droite espagnole, accusée par ses adversaires de "populiste soft" a triplé son score et a fait mieux que les trois candidats de gauche réunis.

Une ascension politique rapide 

Avec ses cheveux longs, ses t-shirts engagés, ses piercings et sa façon très directe de s’exprimer en public, Pablo Iglesias avait bousculé la vie politique locale. Leader du mouvement des indignés en 2011, il fonde Podemos en 2014 et entre rapidement au Parlement espagnol avant de devenir numéro deux du gouvernement en 2020.

Proche en son temps d’Hugo Chavez au Venezuela, d’Alexis Tsipras en Grèce et de Jean Luc Mélenchon en France, Iglesias a apporté un vent de fraîcheur en Espagne. "Après la grave crise financière de 2008, Podemos a offert une autre vision de la société : plus égalitaire, moins langue de bois, moins institutionnelle" explique le politologue Gabriel Colomé. "La formation a redonné de l’espoir à un électorat de gauche déçu par les socialistes".


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Mais sept ans plus tard, le souffle est retombé. "Il n’a pas su rentabiliser son passage au pouvoir" écrit le journal El Pais. Vice-président du socialiste Pedro Sanchez pendant 14 mois, Pablo Iglesias est apparu parfois comme le premier opposant du gouvernement, lorsqu’il a notamment estimé que Carles Puigdemont, installé à Bruxelles depuis 2017, était à ses yeux un "prisonnier politique" et la victime d’un acharnement judiciaire.

Un départ "cohérent" mais "délicat" pour la gauche

Si ce départ est un coup de tonnerre, il s’inscrit dans une forme de cohérence. "Nous ne sommes pas là pour faire carrière en politique" déclarait en 2014 Pablo Iglesias aux micros de la RTBF. "Quand nous commencerons à ressembler à la caste, nous serons morts. Nous devons démontrer que nous ne sommes pas comme eux." Devenir un politique comme les autres, c’est pourtant bien ce que lui a reproché une partie de son camp lorsqu’il a emménagé en 2018 dans une villa avec piscine dans la banlieue chic de Madrid. Cette décision personnelle a marqué un point d’inflexion et l’a éloigné de sa base, qui lui a également reproché un égo surdimensionné.


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Tête de turc de la droite conservatrice, qui l’a toujours dépeint comme un "dangereux communiste", Pablo Iglesias était victime depuis près d’un an d’une campagne de harcèlement et d’intimidation de la part de militants d’extrême droite. Plus d’une fois, ces derniers sont allés manifester jusqu’à son domicile. Le candidat de Podemos, arrivé mardi en cinquième position derrière l’extrême droite, a même été la cible de menaces de mort pendant la campagne.

Pour ce père de trois jeunes enfants, très exposé dans les médias, la pression était sans doute devenue trop forte. Mais la gauche radicale se retrouve désormais orpheline : "Le fait que Pablo quitte la scène politique laisse Podemos dans une situation très délicate " regrette Lluis Rabell, autre figure du mouvement des indignés. Celui qui incarnait le renouveau de la politique espagnole ne sera donc resté que sept ans en haut de l’affiche.

Espagne : La droite triomphe aux régionales à Madrid (JT 05/05/2021)

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