Espagne: Mariano Rajoy renversé par le Parlement et remplacé par Pedro Sanchez

Le parlement espagnol a adopté la motion de censure contre Mariano Rajoy. Le socialiste Pedro Sanchez devient donc président du gouvernement espagnol après avoir convaincu une majorité hétéroclite de renverser Mariano Rajoy, au pouvoir depuis six ans mais affaibli par la condamnation de son parti pour corruption.

Avec 180 voix pour, 169 contre et une abstention, la motion de censure est donc adoptée.

Le désormais ex-premier ministre espagnol Mariano Rajoy avait admis sa défaite, vendredi matin au Parlement avant le vote. "Nous pouvons présumer que la motion de censure sera adoptée. En conséquence, Pedro Sanchez va être le nouveau président du gouvernement", a dit le chef du gouvernement conservateur à la chambre en félicitant son rival.

Une page de l'histoire politique espagnole se tourne. Au pouvoir depuis décembre 2011, Mariano Rajoy, 63 ans, avait jusqu'ici survécu à plusieurs crises majeures, de la récession, face à laquelle il a imposé une sévère cure d'austérité, aux mois de blocage politique en 2016 jusqu'à la tentative de sécession de la Catalogne l'an dernier.

"Enfin nous renvoyons le Parti populaire (PP de M. Rajoy) chez lui", s'est félicité jeudi le leader du parti de gauche radicale Podemos, Pablo Iglesias.

La revanche de Sanchez

"Votre isolement, Monsieur Rajoy, constitue l'épitaphe d'une période politique, la vôtre, qui est déjà finie", a lancé pour sa part Pedro Sanchez, ancien professeur d'économie surnommé le "beau mec" en Espagne.

A 46 ans, Pedro Sanchez semble tenir sa revanche, lui dont l'investiture à la tête du gouvernement avait été rejetée par les députés en mars 2016 avant qu'il ne récolte en juin de la même année le pire score de l'histoire du PSOE aux élections législatives.

Débarqué de sa formation à la suite de cette déroute électorale, il en a repris les rênes l'an dernier grâce au soutien de la base contre les barons du PSOE.

Monté au front contre Mariano Rajoy dès l'annonce jeudi dernier de la condamnation du PP dans un méga-procès pour corruption, baptisé Gürtel, Pedro Sanchez a tenté cette fois avec succès un coup de poker politique.

Mais il a dû former autour des 84 députés socialistes une majorité hétéroclite allant de Podemos aux indépendantistes catalans et aux nationalistes basques et pesant au total 180 voix sur 350 députés.

Mariano Rajoy avait déjà quitté l'hémicycle jeudi quand le coup fatal lui a été porté par le Parti nationaliste basque (PNV, cinq députés) qui s'est rallié à la motion après avoir pourtant voté le budget du gouvernement la semaine dernière.

Afin de convaincre le PNV, Mariano Sanchez a dû assurer qu'il ne toucherait pas à ce budget qui prévoit des largesses financières pour le Pays basque. Il a en outre promis aux indépendantistes catalans qu'il essaierait de "jeter des ponts pour dialoguer" avec le gouvernement régional de Quim Torra.

L'affaire de trop

La condamnation du PP dans le procès Gürtel pour avoir bénéficié de fonds obtenus illégalement aura donc été l'affaire de trop pour Mariano Rajoy, dont le PP est empêtré dans plusieurs scandales, et qui devrait devenir vendredi le premier chef de gouvernement renversé par une motion de censure en Espagne depuis le retour à la démocratie. Les trois précédentes (1980, 1987, et 2017 déjà contre lui) ont échoué.

Dans cette affaire, les juges ont conclu à l'existence d'un "authentique système de corruption institutionnelle" entre le PP et un groupe privé à travers la "manipulation de marchés publics", ainsi qu'à l'existence d'une "caisse noire" au sein du parti.

Ils ont de plus mis en doute la crédibilité de Mariano Rajoy, qui avait nié l'existence de cette comptabilité parallèle devant le tribunal.

Une fois la motion de censure adoptée, reste à savoir désormais combien de temps Pedro Sanchez, qui veut faire adopter des mesures sociales et a promis de convoquer par la suite des élections, sera en mesure de gouverner avec une majorité qui apparaît instable.

"La marge de manoeuvre pour de grandes réformes économiques apparaît très limitée et l'issue la plus probable est la convocation d’élections anticipées d'ici 12 mois", prédit Antonio Barroso, analyste au cabinet Teneo Intelligence.

Traduction: - "Ca a été un honneur d'avoir été le premier ministre de l'Espagne. Et c'est un honneur de pouvoir quitter une meilleure Espagne que celle que j'ai trouvée (quand j'ai commencé le job)" (les membres du partis applaudissent)

- "Merci à tous et plus spécialement à mon parti. Sans eux rien n'était impossible" (applaudissements) 

-"Merci à tous les espagnols pour votre compréhension et votre soutien. Bonne chance à tous, au nom de l'Espagne. Merci beaucoup" 

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