Espagne: Pedro Sanchez, le chef du Parti socialiste, démissionne

Le chef du Parti socialiste espagnol Pedro Sanchez a annoncé samedi soir sa démission, a-t-on appris de sources concordantes, ouvrant la voie à un déblocage de la crise politique qui dure depuis 9 mois en Espagne.

Pedro Sanchez, 44 ans, a annoncé sa démission aux membres du comité fédéral, sorte de parlement du parti, après avoir été mis en minorité lors d'un vote clôturant une journée de débats houleux.

Mercredi, une partie de son équipe avait démissionné pour forcer son départ. Ses opposants souhaitaient notamment qu'il lève son véto à un nouveau gouvernement du conservateur Mariano Rajoy. Ils lui reprochaient aussi les mauvais résultats électoraux du parti.

Un putsch au sein du parti?

Les dirigeants socialistes espagnols se réunissaient samedi à huis clos pour décider du sort de leur chef Pedro Sanchez et d'une possible sortie de crise du pays, bloqué politiquement depuis neuf mois.

"Non c'est non, non c'est non!", criaient devant le siège du parti à Madrid des partisans de Pedro Sanchez en défendant son véto à un nouveau gouvernement du conservateur Mariano Rajoy, au pouvoir depuis fin 2011.

Des dizaines de militants s'étaient massés devant le siège avant 9h00 pour huer au passage des opposants au secrétaire général qui arrivaient pour participer à cette réunion aux cris de "putschistes" ou "fascistes". Pedro Sanchez a été visé mercredi par un coup de force d'une partie de son équipe de direction qui a démissionné en bloc pour le faire tomber.

Ces dissidents s'opposent à sa stratégie de blocage du Parti populaire conservateur dirigé par Mariano Rajoy qui tente de former un nouveau gouvernement sans succès, en raison du véto des 85 élus socialistes à la chambre des députés.

La réunion du Comité fédéral, sorte de parlement du parti comptant 300 membres, devrait permettre de décider si oui ou non le PSOE sera désormais dirigé par une direction intérimaire en remplacement de Pedro Sanchez et quelle sera sa position sur ce blocage.

Plus qu'un mois pour trouver un compromis

L'Espagne est sans nouveau gouvernement depuis neuf mois après deux élections législatives, en décembre 2015 et en juin, qui ont débouché sur un Parlement fragmenté entre quatre formations: le PP de Mariano Rajoy, le PSOE, Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos (centre libéral).

Or les partis n'ont plus que quelques semaines, jusqu'au 31 octobre pour parvenir à un compromis et investir un nouveau cabinet. S'ils échouent, le roi devra convoquer un nouveau scrutin pour décembre, les troisièmes législatives en un an. Les opposants de Pedro Sanchez craignent que le parti ne perde encore du terrain lors de ces élections après deux défaites historiques l'ayant mené à son pire score en 137 ans d'histoire. Ils préféraient se refaire une santé dans l'opposition et laisser gouverner Mariano Rajoy.

Ses partisans estiment au contraire qu'en permettant à la droite de gouverner, ils font le lit de Podemos (gauche radicale) qui rêve de détrôner le PSOE comme Syriza l'a fait avec les socialistes du Pasok en Grèce.

Tout cela s'apparente à un complot

Vendredi soir Pedro Sanchez a laissé entendre que cela serait lui ou Mariano Rajoy.

"Si le Comité fédéral du parti décidait demain de changer sa position et de choisir l'abstention (à Mariano Rajoy), il est évident que je ne pourrai pas mettre en œuvre une décision que je ne partage pas", a-t-il ajouté, suggérant qu'il démissionnerait.

Vers midi, les membres du Comité fédéral n'avaient pas démarré formellement leur réunion. "On discute de l'ordre du jour, sur qui dirige la réunion et qui peut voter", expliquait un proche du secrétaire général socialiste.

La stratégie de Pedro Sanchez n'est pas sans rappeler celle du travailliste britannique Jeremy Corbyn, adoubé le 24 septembre par les militants après une guerre avec l'appareil de son parti, le Labour.

"Tout cela s'apparente à un complot comme je n'en ai jamais vu au sein du parti", a dit à l'AFP Francisco Gómez Martín, un militant qui s'est enchaîné pendant 26 heures au siège de son parti à Merida, dans l'ouest du pays, pour marquer son soutien à Sanchez, premier chef du parti élu par les militants, en 2014.

"Le parti ne leur appartient pas (aux dirigeants) il appartient aux militants, à ceux qui travaillent dans les rues et dans les villages", a insisté Laura Martínez, de Loeches, à une vingtaine de kilomètres de Madrid.

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