Espagne: l'attention se concentre sur un imam après les attentats

Après les attentats de jeudi en Espagne, l'attention se concentre sur un imam d'une petite localité de Catalogne dont sont originaires plusieurs membres de la cellule jihadiste responsable des attentats de Barcelone et Cambrils. Cet imam qui aurait pu trouver la mort dans l'explosion d'Alcanar selon le quotidien El Pais. Il a, par ailleurs, aussi séjourné à Vilvorde en Belgique, a confirmé le Bourgmestre Hans Bonte. 

"La cellule a été démantelée", s'est empressé d'affirmer samedi le ministre espagnol de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido. Mais la police catalane a tenu à nuancer, rappelant qu'"une personne (faisait) toujours l'objet d'un avis de recherche". La cellule, avait indiqué un responsable de la police vendredi, compterait une douzaine de personnes.

Après l'avoir fait pour l'attentat à la camionnette-bélier de jeudi à Barcelone dont le bilan est de 13 morts et de plus de 120 blessés, l'organisation jihadiste a revendiqué samedi la responsabilité de celui de Cambrils, qui a fait un mort et six blessés, vendredi juste après minuit.

Plusieurs voyages en Belgique

La presse espagnole s'interrogeait elle sur le rôle de l'imam Abdelbaki Es Satty dans l'éventuelle radicalisation très rapide de plusieurs auteurs des attentats, des enfants d'immigrés marocains, originaires de Ripoll, paisible localité catalane au pied des Pyrénées.

Le domicile de l'homme, qui a disparu depuis mardi, a une nouvelle fois été perquisitionné samedi à l'aube, selon Nourddem, son colocataire qui a assisté à l'opération de police.

Selon le quotidien El Pais citant des sources policières, l'imam pourrait être une des personnes décédées dans l'explosion d'Alcanar. Des fidèles ont affirmé qu'il s'est rendu en Belgique, information confirmée par le bourgmestre de Vilvorde, Hans Bonte. 

Toutefois, il convient de prendre ces informations avec des pincettes car une source qui préfère ne pas être citée a déclaré à Belga qu'il pourrait s'agir d'une autre personne portant le même nom que l'imam.

Le Parquet fédéral n'a pas pu confirmer cette information, mais dit collaborer activement à toute demande de la justice espagnole.

Abdelbaki Es Satty, s'est rendu à plusieurs reprises en Belgique depuis 2015, rapporte aussi le journal El Periodico. 

El Periodico rapporte par ailleurs que le nom de l'imam est également apparu lors d'une perquisition en lien avec les attentats du 11 mars 2004 perpétrés à Madrid. Lors de cette opération de police dénommée 'Chacal' (Jakhals, en espagnol), des photocopies de documents appartenant à Abdelbaki Es Satty ont été retrouvés dans l'habitation d'un des principaux suspects, Mohamed Mrabet Fhasi. Cet homme a été condamné par le haut tribunal espagnol Audiencia Nacional pour le recrutement de terroristes. Ce jugement a cependant été annulé en appel.

L'Audience nationale espagnole a établi que Mohamed Mrabet Fhasi faisait partie d'une cellule opérant depuis la ville catalane de Santa Coloma de Gramenet, laquelle a aidé le terroriste présumé Mohamed Belhadj à se cacher après les attentats du 11 mars, écrit encore El Periodico. Mohamed Belhadj s'est ensuite enfui via la Belgique et les Pays-Bas pour finalement être arrêté en Syrie. Son frère Youssef a, à l'époque, été arrêté à Molenbeek.

Pendant ce temps, les policiers recherchaient toujours Younès Abouyaaqoub, un Marocain de 22 ans dont la photo a été diffusée.

Messe à la Sagrada Familia

Dimanche, Barcelone tente de revenir à la normale, avec une messe solennelle à 10h00 dans la basilique de la Sagrada Familia et en soirée un premier match du championnat de football espagnol dans son fameux Camp Nou, entre le Betis Séville et le FC Barcelone. Une minute de silence est prévue en hommage aux 14 personnes tuées dans les attaques et les joueurs barcelonais porteront un brassard noir en signe de deuil.

Dans ces "circonstances extraordinaires et lamentables", l'entraîneur barcelonais Ernesto Valverde a affiché samedi sa "solidarité" vis-à-vis des victimes et de leurs familles, fidèle à la devise du Barça, "més que un club" ("plus qu'un club"), symbole d'un fort engagement politique, culturel et social en Catalogne.

Présent à Barcelone, le roi d'Espagne Felipe VI a lui voulu redonner confiance. Il s'est recueilli devant un autel improvisé fait de fleurs et de bougies rouges sur les Ramblas, la fameuse avenue de Barcelone visée par l'attentat.

Le monarque a repris l'expression devenue le slogan d'une ville qui refusait samedi soir de perdre sa joie de vivre: "Nous n'avons pas peur". "Et nous n'aurons pas peur à l'avenir", a-t-il déclaré après s'être rendu avec son épouse Letizia au chevet des blessés, dont 12 sont entre la vie et la mort, dans les deux hôpitaux de Barcelone.

Sur cette avenue emblématique, la vie a doucement repris son cours samedi. Une colonne de taxis jaunes a défilé en klaxonnant, avec des pancartes "No tinc por", "je n'ai pas peur" en catalan, et des ballons blancs.

Quatre suspects en garde à vue

Au moins quatre suspects étaient toujours en garde à vue, qui en Espagne, en matière de terrorisme, peut durer jusqu'à cinq jours.

La "cellule" mise au jour serait composée des cinq auteurs de l'attaque de Cambrils, qui s'est produite huit heures après celle de Barcelone, tous abattus; d'une personne tuée dans l'explosion accidentelle de gaz dans une maison à Alcanar, à 200 km sud de Barcelone; d'une deuxième, qui pourrait aussi avoir péri; des quatre personnes interrogées et de l'homme encore recherché.

D’après le quotidien El Pais qui cite des sources policières, l’imam de Ripoll pourrait avoir été tué dans l'explosion d'Alcanar. Mais les restes de trois personnes pourraient se trouver dans les décombres.

"La dernière fois que je l’ai vu, c’était mardi (la veille de l'explosion) et il m’a dit qu’il allait voir sa femme au Maroc", a raconté Nourddem, son colocataire, à l’AFP.

La déflagration d'Alcanar aura peut-être évité un drame bien plus important: les policiers ont découvert plus de 30 bonbonnes de gaz, qui auraient pu servir à la fabrication d'engins explosifs.

Le gouvernement a décidé samedi de maintenir le niveau d'alerte terroriste à 4, évitant son niveau maximum, 5, synonyme de risque d'attentat imminent, mais renforçant encore les mesures de protection alors que la saison touristique bat son plein.

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