Déraillement de train en Espagne: 80 morts, le conducteur en garde à vue

L'image impressionnante de l'accident de train en Espagne filmé par une caméra de surveillance
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L'image impressionnante de l'accident de train en Espagne filmé par une caméra de surveillance - © Capture d'écran Youtube

Un excès de vitesse est l'hypothèse privilégiée pour expliquer l'accident de train de Saint-Jacques de Compostelle qui a fait 80 morts selon un bilan officiel. Un des conducteurs du train qui fait l'objet d'une enquête a été placé en garde à vue à l'hôpital.

L'accident s'est produit à 20h42 sur un tronçon de voie à grande vitesse, dans un virage très prononcé à environ quatre kilomètres de la gare de Saint-Jacques de Compostelle, la ville de pèlerinage mondialement célèbre. Plusieurs voitures sont sorties de la voie. 
 
Quatre wagons étaient renversés sur la voie, dont l'un au moins complètement déchiqueté, empilé sur un autre, de la fumée et des flammes se dégageant du convoi. Un autre a été projeté en l'air, jusque sur un terre-plein au-dessus de la voie. Plusieurs cadavres gisaient sur les voies, recouverts de couvertures.
 
"Il semble que dans un virage le train ait commencé à se retourner, nous avons fait beaucoup de tonneaux et plusieurs wagons se sont empilés les uns sur les autres", a raconté un passager au micro de la radio Cadena Ser. 
 
Le virage en question intervient après 80 kilomètres de ligne droite sur un trajet reliant Madrid à Ferrol. En un rien de temps, les trains empruntant ce tronçon doivent passer de 200 à 80 km/h.
 
Une caméra de surveillance aurait filmé la scène. Les images sont impressionnantes. Une enquête est en cours concernant leur authenticité.  

Les secours ont été quelque peu gênés par les riverains venus apporter leur aide et prodiguer les premiers secours aux victimes de la catastrophe.

Les images qui suivent ont été filmées après l'impact par un amateur.

"Je roule à 190 km/h"
 
La vitesse excessive est à l'origine du déraillement du train, a déclaré jeudi à Reuters un responsable proche de l'enquête. Il n'a toutefois pas pu indiquer à quelle vitesse roulait le train lorsqu'il a heurté le mur de protection et déraillé dans un virage situé en zone urbaine, limité à 80 km/h.
 
Un des conducteurs du train a reconnu avoir emprunté un virage à 190 km/h alors que la vitesse à cet endroit est limitée à 80 km/h, rapporte El Pais. Sur Facebook, l'homme aurait indiqué défier parfois les contrôles en circulant à 200 km/h avec le train, rapporte le quotidien.

Le conducteur était coincé dans la cabine de son convoi après l'accident. Alors qu'il ignorait encore si le déraillement avait été fatal pour certains de ses passagers, il a communiqué par radio avec la gare sur ce qui venait de se produire. "On est humain! On est humain!", s'est-il exclamé se plaignant d'une douleur à l'épaule et aux côtes. "J'espère qu'il n'y a pas de morts parce que je les aurai sur la conscience"

Selon les médias locaux, le conducteur aurait déclaré également ceci juste après le drame : "J'ai déraillé, qu'est-ce que je peux y faire !".

Le conducteur n'a pas pu préciser la raison d'une telle vitesse. Les médias espagnols ont, pour leur part, révélé que le train avait cinq minutes de retard.

Ouverture d'une enquête sur un des conducteurs du train

Le conducteur du train fait l'objet d'une enquête officielle et a été placé en garde à vue dans l'enceinte d'un hôpital où il sera entendu par la police en tant que suspect. La la Cour suprême de Galice a ordonné aux policiers de recueillir sa déposition.
 
Le conducteur, blessé, "doit être entendu par la police à l'hôpital où il a été placé sous surveillance", a indiqué un communiqué du Tribunal supérieur de justice de Galice, le juge chargé de l'enquête n'ayant à ce stade ordonné "aucune interpellation".
 
Le conducteur "sera assisté d'un avocat" pendant cet interrogatoire, puis il devra témoigner devant le juge, a-t-elle précisé. Cet interrogatoire, initialement prévu jeudi, pourrait finalement être reporté à vendredi.
 
Son identité a été révélée par certains médias espagnols. Il s'agit d'un homme de 52 ans qui a 30 années d'expérience comme conducteur de train. Selon El Pais, il a été contrôlé négatif au test d'alcoolémie effectué juste après le drame. 
 
Le secrétaire d'Etat aux Transports Rafael Catala n'a pas attendu les résultats de l'enquête pour déclarer sur la radio Cadena Ser que "la tragédie qui est survenue hier soir à Saint-Jacques de Compostelle paraît liée à une infraction, (un excès) de vitesse".
 
"Mais nous devons encore attendre les résultats de l'enquête judiciaire et de celle menée par la commission d'enquête du ministère" des Transports, a-t-il ajouté.
 
Toutefois, "on dit généralement que les accidents de tous types, pas seulement ferroviaires, ne sont pas dus à une seule cause, mais à un concours de circonstances", a rappelé Inaki Barron, directeur du département voyageurs de l'Union internationale des chemins de fer (UIC), sur la radio nationale. Donc, "il est très possible que d'autres facteurs soient intervenus".
 
Le président de Renfe s'est empressé d'écarter toute défaillance technique du train : "Ce que nous savons, c'est que le train n'a eu aucun problème opérationnel, le train avait subi une révision le matin même", a-t-il assuré. "Le dossier d'entretien et de contrôle du train était parfait", a-t-il insisté.
 
La sécurité également mise en cause
 
La sécurité sur les voies semble mise en cause, d'après les premières déclarations d'experts. En raison du passage régulier de trains à haute vitesse, elle doit être équipée d'un système de contrôle automatique de la vitesse, baptisé ERTMS (European Rail Traffic Management System).
 
Mais "le système de sécurité ERTMS, quatre kilomètres avant Saint-Jacques, n'est pas installé, malheureusement", a indiqué Juan Jesus Garcia Fraile, secrétaire général du syndicat espagnol des conducteurs de trains.
 
Le système en vigueur sur ce tronçon est le système ASFA Digital 200 (Anuncio de Senales y Frenado Automatico), qui contrôle surtout le respect des signaux de signalisation, ce qui en fait "un système de sécurité un peu plus dépendant du facteur humain", a-t-il noté.
 
Inaugurée en décembre 2011, la ligne à grande vitesse Ourense-Saint-Jacques-La Corogne est l'une des plus récentes en Espagne, pays qui se présente régulièrement comme le champion européen dans ce domaine. Dans le monde, c'est le numéro deux en nombre de kilomètres de grande vitesse, derrière la Chine, avec 3100 kilomètres.
 
"La construction de cette ligne n'est pas terminée, elle est seulement réalisée d'Ourense à Saint-Jacques, mais quatre kilomètres avant Saint-Jacques, la ligne (à grande vitesse) se termine" et redevient une ligne classique, affirme Juan Jesus Garcia Fraile.
 
"Il faudrait demander à ceux qui ont effectué la construction (de la ligne) pourquoi cela a été fini sur un tronçon et pas jusqu'à la gare", dit-il, l'accident s'étant justement produit à quatre kilomètres de l'entrée dans la ville.

222 passagers

Il y avait 222 personnes à bord du train (dont 218 passagers, parmi lesquels un grand nombre de pèlerins, et 4 membres d'équipage), 80 ont été tuées dont 73 sur place. Parmi elles, 67 ont pu être identifiées jusqu'ici. Un citoyen américain figure parmi les victimes, ainsi qu'une Mexicaine, une Colombienne et une haute fonctionnaire dominicaine, selon TVE. Une liste complète devait être communiquée jeudi soir.

Cent trente personnes ont également été blessées dans cette catastrophe, dont 95 sont toujours hospitalisées - 36 dans un état critique -, selon le gouvernement régional.

Pas de Belge parmi les victimes identifiées

Il n'y a pour l'instant aucune indication que des Belges se trouvaient dans le train, a fait savoir le SPF Affaires étrangères jeudi. 
 
"Il n'y a aucun Belge parmi les victimes identifiées", a indiqué Joren Vandeweyer, porte-parole adjoint du SPF Affaires étrangères. "L'ambassade de Belgique en Espagne reste en contact avec les autorités et les secours", a-t-il ajouté.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a présenté ses condoléances aux familles et proches des victimes de l'accident sur le réseau social Twitter mercredi soir.

La porte-parole de la Cour suprême de Galice a également ajouté que les équipes de secours avaient cessé de chercher des corps sur les lieux de l'accident.
"C'était un désastre", "un déraillement très violent

Plusieurs témoins ont raconté avoir entendu le bruit sourd d'une explosion. "J'ai entendu comme un coup de tonnerre. C'était comme s'il y avait eu un tremblement de terre", a dit à l'AFP un témoin âgé de 39 ans, Francisco Otero, qui se trouvait au moment de l'accident dans la maison de ses parents, le long de la voie.

"Je suis arrivé une minute plus tard. La première chose que j'ai vue a été le cadavre d'une femme. Cela m'a beaucoup impressionné. Je n'avais jamais vu un cadavre de ma vie", a-t-il ajouté, joint par téléphone. "Mais surtout, ce qui m'a le plus impressionné, c'était un grand silence. Il y avait aussi un peu de fumée et un petit incendie".

"C'était un désastre. Les gens criaient. Tous le monde est parti chercher des couvertures et des serviettes pour aider les blessés. Personne n'avait jamais vu cela ici", témoignait Maria Teresa Ramos, une femme de 62 ans qui vit à quelques mètres du lieu de l'accident, assise dans son jardin d'où elle regarde une grue géante se préparant à soulever les wagons désarticulés.

"Tout cela était irréel. Il y avait des voisins qui s'approchaient, ils tentaient d'extraire les gens prisonniers des wagons, avec des pics, des masses, et finalement ils ont réussi avec une scie à main", explique ce témoin, Francisco Otero.

Secours en urgence

L'accident s'est produit à la veille de la Saint-Jacques, le saint patron des Galiciens, une fête traditionnelle dans cette région. Toutes les cérémonies prévues à Saint-Jacques ont été annulées par les autorités locales.

Très vite, de longs convois d'ambulances, gyrophares allumés, se sont formés, dans une course contre la montre pour évacuer les blessés. La nuit venue, toutes les routes environnantes étaient envahies par un ballet d'ambulances, sirènes hurlantes, tandis que sur les voies, les secouristes casqués, vêtus de gilets jaunes, armés de pics, tentaient de se frayer un chemin dans les tôles froissées.

Un bâtiment municipal a été mis à disposition des familles, qui pouvaient y recevoir les conseils de psychologues et des informations. Les autorités locales ont lancé un appel aux dons du sang.

Cette catastrophe ferroviaire est l'une des plus graves jamais survenues en Espagne. En 1944, une collision entre un train qui se rendait lui aussi de Madrid en Galice et une locomotive avait fait des centaines de morts. En 1972, 77 personnes avaient été tuées dans le déraillement d'un train reliant Cadix à Séville, en Andalousie.

Les autorités en deuil

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, natif de Saint-Jacques de Compostelle, est arrivé jeudi matin sur place. Il s'est directement rendu sur les lieux de la tragédie et a ensuite rendu visite aux blessés à l'hôpital. Une visite à la suite de laquelle il a annoncé trois jours de deuil national alors que la Galice en a décrété sept pour la région. 

Le président galicien Alberto Nuñez Feijóo annonçait "le deuil le plus important de l'histoire de la région".
 
Le roi Juan Carlos et la reine Sofia se sont, pour leur part, rendus au chevet de blessés soignés dans un hôpital de Saint-Jacques-de-Compostelle.

RTBF avec AFP et Belga

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