Entre sécheresse et multiplication des barrages, le fleuve Mékong s'assèche inexorablement

Le fleuve Mékong atteint à peine un mètre à certains endroits contre 6 mètres les années précédentes
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Le fleuve Mékong atteint à peine un mètre à certains endroits contre 6 mètres les années précédentes - © LILLIAN SUWANRUMPHA - AFP

Il mesure 4800 km de long et est indispensable à la survie immédiate de 60 millions de personnes. Avec ses 1300 espèces de poissons, c’est la deuxième plus grande réserve de biodiversité aquatique au monde après l’Amazone. Et pourtant le manque de pluies et surtout la multiplication des barrages provoquent son assèchement. Découverte du fleuve Mékong et de ceux qui survivent grâce à lui.

Plus de saison pour les poissons

Sup Aunkaew regarde ses filets avec résignation. La prise du jour est vraiment maigre. Le très faible niveau du fleuve Mékong désoriente les poissons selon lui. "C’est à cause des conditions qui n’ont rien à voir avec les saisons normales du fleuve. Les poissons ne savent pas à quel moment de l’année nous sommes. Et quand ce n’est pas la saison de ponte des œufs, ils remontent malgré tout le fleuve. Ils le font dès que le niveau est bas" assure ce pêcheur thaïlandais. La cause de cette sécheresse est très facile à deviner selon lui. "Je ne veux plus que d’autres barrages soient construits, surtout sur le Mékong. Pour ce qui a déjà été construit, c’est trop tard." Et les chiffres semblent donner raison au pécheur. Les barrages hydroélectriques construits en amont en Chine ou au Laos font des ravages très visibles.

Des barrages qui transforment le fleuve

Si l’un des plus grand fleuve du monde est réduit à la taille d’une simple rivière en certains endroits, c’est, selon les spécialistes, à cause de plusieurs facteurs. Les précipitations ont été moins nombreuses ces derniers mois, auquel le phénomène météorologique El Nino vient encore s’ajouter ainsi que le changement climatique. Mais ce n’est pas tout. Au Laos voisin, 44 barrages ont été construits. Le pays qui n’a pas d’accès à la mer mais un réseau très important de cours d’eau espère ainsi devenir "la batterie de l’Asie du Sud-Est". Toutes ces structures hydroélectriques "ont pu contribuer au niveau particulièrement bas du Mékong" précise la commission en charge du Mékong, la MRC (Mékong River Commission) qui reconnaît que le niveau du fleuve "est historiquement bas même comparé à la sécheresse historique de 1992."

Un fleuve et les millions de personnes qui en dépendent

C’est du côté thaïlandais que la diminution du niveau du fleuve est la plus frappante. L’eau laisse la place à des bancs de sable. Et les filets de pêche sont presque vides. "Avant je pêchais 30 à 40 kilos de poissons par jour. Plus maintenant, je n’ai pas assez pour nourrir ma famille" dit Duan Wilaiporn, un ancien pêcheur. Il est loin d’être le seul dans cette situation. " Toutes les communautés le long du Mékong tentent de trouver des moyens de restaurer et de maintenir l’écosystème et en même temps d’identifier d’autres sources de nourriture. On ne peut pas attendre que le gouvernement mette en place des politiques." déclare Montri Chanthwong, membre d’un groupe d’activistes pour la préservation du Mékong. C’est la pertinence même de la construction de barrages qui est remise en cause par certains experts. Pour Bryan Eiler, directeur du programme Asie du Sud-Est au Stimson Center et auteur des "Derniers jours du puissant Mékong", il y aurait "bien plus d’intérêt à se tourner vers le solaire, l’éolien, la biomasse et le gaz naturel". Pourquoi ? A cause de la sécheresse qui sévit de plus en plus dans la région justement. S’il y a moins d’eau, la production d’électricité sera elle aussi moins grande. Un argument qui ne semble pas convaincre les autorités des différents pays de la région. Plus de 1000 barrages sont déjà opérationnels dans la zone. Et des dizaines sont encore en construction.

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