Entre changements de stratégie et contradictions, la drôle de ligne de Donald Trump face au coronavirus

Le coronavirus influencera l’élection du prochain Président américain. C’est certain. Et Donald Trump pourrait bien en payer le prix. Sa gestion de la crise est critiquée outre-Atlantique. Après une légère amélioration en plein cœur du printemps, l'épidémie a repris de plus belle dans le pays, déjà le plus endeuillé au monde avec 141.800 morts.

Le nombre de cas explose - plus de 60.000 par jour depuis huit jours, pour un total de 3,88 millions depuis le début de la pandémie - et les décès quotidiens sont aussi repartis à la hausse avec plus de 700 par jour en moyenne. La situation est particulièrement inquiétante dans des Etats du Sud comme la Californie, la Floride ou le Texas, souvent contraints d'imposer déconfinement. Les Etats-Unis ont, pour le huitième jour consécutif, enregistré plus de 60.000 nouveaux cas de contamination au coronavirus en l'espace de 24 heures.

Jusqu'ici, Donald Trump avait tenté coûte que coûte de tourner la page du Covid-19 et ça dès la fin du mois d'avril. Pressé de relancer l'économie ainsi que sa campagne pour la présidentielle du 3 novembre, il avait été accusé d'être dans le déni face à la flambée du coronavirus. L’occasion de revenir sur quelques dates clés. L’occasion aussi de montrer que Donald Trump a parfois changé d’avis et de stratégie, aussi.

27 février : Trump juge le risque « très faible »

Fin février, le président américain Donald Trump affirme que le risque de propagation du coronavirus aux Etats-Unis est "très faible" mais une large propagation n'est pas non plus "inévitable". "Grâce à tout ce que nous avons fait, le risque pour les Américains reste très faible" : le 2 février, l'administration Trump a interdit l'accès au territoire américain de tous les voyageurs non américains s'étant rendus en Chine dans les deux semaines précédant leur arrivée aux Etats-Unis.

Selon Donald Trump, les USA sont prêts à répondre à l'épidémie du nouveau virus à "une échelle beaucoup plus grande". Les Etats-Unis ont "commandé" de nombreux masques de protection "au cas où". 

Le même jour, L'agence de santé américaine CDC découvre le premier cas de Coronavirus en Californie d'origine inconnue aux Etats-Unis. A cette date, au moins 57 cas sont détectés dans le pays. "Il n'y a aucune raison de paniquer", exhorte le président américain.

8 mars 2020 : entre désinformation et négation de la pandémie

Le milliardaire républicain a plusieurs fois minimisé la dangerosité du coronavirus, déclarant dans un premier temps qu'il allait disparaître en avril grâce à la hausse des températures. Il a aussi semblé encourager les personnes infectées à continuer à se rendre à leur travail, en totale contradiction avec les consignes officielles de mise en quarantaine volontaire.

Accusé d’avoir déformé la réalité de l’épidémie dans ses déclarations, Donald Trump a mis les critiques sur le dos des "médias de désinformation (qui) font tout leur possible" pour montrer son administration sous un mauvais jour. "Nous avons un plan parfaitement coordonné et bien préparé à la Maison Blanche", a-t-il affirmé sur Twitter. Il a également émis des doutes sur les statistiques de l'OMS concernant le taux de mortalité du virus.

"Des erreurs sont commises dans toutes les crises. Mais quand le président persiste à revendiquer des succès sans tenir compte de la réalité, il devient très difficile pour ses collaborateurs d'admettre et de corriger les erreurs", écrit dans le New York Times Jeremy Konyndyk, ancien responsable de l'agence américaine pour le développement international USAID.

La confection de kits de dépistage du Covid-19 a également connu des ratés, en donnant parfois des résultats non concluants, et les autorités sanitaires ont été lentes à les distribuer dans le pays.

13 mars 2020 : Trump déclare finalement l’Etat d’urgence dans le pays

Le président des Etats-Unis Donald Trump déclaré l’état d’urgence pour faire face à l’épidémie de coronavirus. Accusé d’avoir dans un premier temps minimisé la gravité de cette crise sanitaire mondiale, le locataire de la Maison Blanche a donc finalement décidé de franchir le pas.

Dans une série de tweets, il s’en est pris pêle-mêle, à son prédécesseur démocrate Barack Obama, aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains et à Banque centrale américaine.

4 images
Donald Trump ne voulait pas du masque il y a quelques mois...Avant de le recommander aujourd'hui. © Belga

2 avril : Trump n’impose pas le masque

"Porter le masque ? Je ne sais pas. Je ne le sens pas, non." Alors qu’une partie de la planète s’inquiète de la pandémie et tente de se protéger avec un masque, le Président américain rejette l’idée d’en porter un lui-même et de l’imposer à ses concitoyens.

5 avril : Trump annonce une période « horrible » pour les USA

Aux Etats-Unis, où la pandémie progresse rapidement, le nombre des cas confirmés de contaminations dépasse les 300.000, et le président Trump a prévenu que les Etats-Unis entraient à présent dans "une période qui va être vraiment horrible", avec "de très mauvais chiffres". "Ce sera probablement la semaine la plus dure", a déclaré M. Trump lors d’un briefing à la Maison Blanche. "Il va y avoir beaucoup de morts", a-t-il ajouté.

20 avril : Rick Bright, l'ex-directeur de l'agence gouvernementale américaine est viré

Le Dr Bright, qui dirigeait l'Autorité pour la recherche et développement avancés dans le domaine biomédical (BARDA) depuis 2016 jusqu'à sa rétrogradation a déploré l'inaction de sa hiérarchie.

Manque de préparation, avertissements ignorés, stratégie toujours déficiente : l'ex-directeur de l'agence gouvernementale américaine chargée du développement de traitements contre le coronavirus, Rick Bright, a critiqué la réponse de l'administration Trump à la pandémie devant un sous-comité de la Chambre des représentants.

Il assure notamment avoir dès le mois de janvier pressé le département de la Santé et des services sociaux (HHS) de se procurer un échantillon du virus afin de prendre de l’avance sur l’élaboration d’un vaccin. "La direction du HHS était dédaigneuse face à mes prédictions désastreuses, et sur ce que je voyais devenir une épidémie plus large et l’urgence. Ils n’ont pas voulu agir en conséquence", déplore-t-il notamment.

De la même façon, il aurait régulièrement alerté sur la nécessité d’augmenter la production de masques et de respirateurs. Sans être entendu là encore. 

23 avril : Trump, l’eau de javel et l’ultraviolet

C’est certainement l’une des dates clés dans sa gestion de la crise. Certains diront que c’est à ce moment précis que le Président a montré ses limites. Toujours est-il qu’il a étonné le monde entier…Et même ses propres collaborateurs.

Lors d’une présentation au sujet des désinfectants pouvant agir contre le coronavirus, Donald Trump s’est demandé, le plus sérieusement du monde, ce que ça ferait contre le virus si on s’injectait quelques produits chimiques du même genre dans le corps. "Je vois le désinfectant qui l’élimine en une minute", déclare Trump lors de la conférence de presse. "Est-ce qu’il y a un moyen de faire quelque chose comme ça par injection à l’intérieur du corps, comme un nettoyage ? Parce que vous voyez que le coronavirus pénètre dans les poumons... Ça serait intéressant de vérifier ça." 

La lumière du soleil et les températures élevées semblent, pour la Maison Blanche, raccourcir la durée de vie du virus. Faisant suite à ces déclarations, Donald Trump, qui a encouragé les gens à profiter du soleil s'est demandé: "Supposons que nous frappions le corps avec une lumière énorme, qu’elle soit ultraviolette ou simplement très puissante. Supposons que vous ameniez cette lumière à l’intérieur du corps, à travers la peau ou d’une autre manière. Vous allez tester ça aussi, je pense. C’est intéressant."

Deborah Birx, experte en santé publique, était assise à quelques mètres de Donald Trump. Elle n’a rien dit mais son visage ne laissait aucun doute sur ce qu’elle pensait de l’intervention du président.

12 mai : Fauci : un conseiller en décalage avec le Président

Interrogé sur son discours en décalage avec celui du président républicain, Anthony Fauci a rejeté toute "confrontation" : "Je donne des conseils et il les écoute et les respecte et il s’informe auprès de diverses personnes. Au cours de derniers mois, il n’y a pas eu de relation conflictuelle entre nous", a-t-il déclaré aux sénateurs.

Immunologiste mondialement reconnu, qui s’est distingué dans la lutte contre de nombreux virus, du sida à Ebola, Anthony Fauci est devenu une figure rassurante pendant la crise pour beaucoup d’Américains. Mais aussi décriée, des républicains s’indignant qu’il contredise Donald Trump.

Face à la pandémie de Covid-19, il suit la même ligne de conduite, quitte à parfois contredire Donald Trump tenté, pour sa part, de minimiser la gravité de la crise ou de promettre une issue rapide à ses concitoyens cloîtrés chez eux. Ainsi, quand le locataire de la Maison Blanche a laissé entendre début mars qu'un vaccin serait disponible d'ici "trois à quatre mois", l'expert a immédiatement précisé : "on n'aura pas un vaccin, on commencera les tests sur un vaccin".

Et d'ajouter dans son accent new-yorkais rocailleux : "Comme je vous l'ai dit M. le Président, il faudra un an à un an et demi" avant de distribuer un vaccin efficace et sûr.

5 juin : Trump annonce avoir « surmonté » la crise et vante le « rebond » de son économie

Le président américain a assuré que les Etats-Unis avaient "largement surmonté" la crise, se basant sur les bons chiffres du chômage, même si la pandémie continue de faire près d'un millier de morts chaque jour dans le pays. Commentant les chiffres du chômage aux États-Unis - 13,3 % en mai, alors que les analystes les plus pessimistes le voyaient frôler les 20 % -, Donald Trump a vanté la "force" de l'économie américaine. "Cette force nous a permis de surmonter cette horrible pandémie, nous l'avons largement surmontée", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche.

"Nous avons pris toutes les décisions qu'il fallait", a-t-il encore assuré alors que sa gestion de la crise sanitaire a été souvent critiquée. Selon le milliardaire républicain, les États-Unis ont "fait un grand pas" dans leur "rebond" et les prochains mois démontreront que l'économie, en pleine santé avant l'épidémie et le confinement, repartira de plus belle. 

20 juin : Trump suggère de diminuer le nombre de tests

Lors d'un meeting de campagne à Tulsa dans l'Oklahoma, le premier depuis début mars, le locataire de la Maison blanche a déclaré en référence à la pandémie : "Quand vous faites des tests (...), vous allez (...) trouver plus de cas. J'ai donc dit à mes collaborateurs : 'Ralentissez les tests, s'il vous plaît'". Cela va totalement à l’encontre de tout ce que les épidémiologistes recommandent.

4 images
Le 11 juillet dernier, Donald Trump apparaît masqué pour la première fois en public dans un centre médical militaire dans le Maryland. © Belga

11 juillet : Trump masqué en public pour la première fois

Le président américain Donald Trump est apparu pour la première fois publiquement avec un masque, devenu aux Etats-Unis un objet de débat politique passionné autant qu’un rempart face à la flambée de Covid-19. Depuis le début du mois de mars et l’apparition des premières restrictions face au coronavirus, Donald Trump avait soigneusement évité de se montrer en public avec un masque. Lui a justifié le masque par le danger qu'il pouvait représenter pour les soldats à qui il rendait visite à l’hôpital. 

16 juillet : Trump change de directeur de campagne

Donald Trump a annoncé le remplacement de son directeur de campagne, à moins de quatre mois de l'élection présidentielle américaine, alors que l'actuel locataire républicain de la Maison blanche est donné derrière le candidat démocrate présumé Joe Biden dans les enquêtes d'opinion. Cela ne l’empêche pas de communiquer à sa manière. "Cela devrait être nettement plus facile alors que nos chiffres dans les sondages grimpent vite, l'économie se rétablit, des vaccins et traitements (contre le COVID-19) arriveront bientôt, et que les Américains veulent des rues des communautés sûres !", a ajouté Trump.

Un sondage réalisé par Reuters/Ipsos montre que Donald Trump accuse un retard de dix points de pourcentage sur Joe Biden dans les intentions de vote. L'enquête indique que les électeurs sont frustrés de la gestion par Trump de la crise sanitaire.

4 images
Trump avait mis fin à ses conférences de presse quotidiennes en Avril. Il a repris la parole et a aujourd'hui diamétralement changé de ton. © Belga

20 juillet : Trump persiste et signe

Alors que le nombre d'infections au coronavirus flambe aux Etats-Unis, Donald Trump a défendu ses propos selon lesquels la maladie finirait par "disparaître", en se disant opposé à l'idée d'imposer le port du masque au niveau national. "J'aurai raison au final. Vous savez, j'ai dit : ça va disparaître. Je le dirai encore", a déclaré le président américain.

21 juillet : Le masque et le revirement de stratégie

En difficulté dans les sondages et très critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire, Donald Trump a diamétralement changé de ton pour une de ses premières conférences de presse sur le Covid-19 depuis la fin avril. Il a notamment appelé les Américains à porter un masque. "Que vous aimiez les masques ou pas, ils ont un impact", a-t-il plaidé, alors qu'il est accusé d'avoir lui-même attisé les braises de la résistance anti-masque en défendant jusqu'ici la "liberté" individuelle en la matière. Il est même allé jusqu'à "implorer" les jeunes d'"éviter les bars bondés", un ton alarmiste abandonné depuis plusieurs semaines. Un changement de ton des plus étonnants. Alors que Donald Trump n'avait plus donné de conférence de presse à propos de l'épidémie de Covid-19 depuis le 27 avril dernier, le président américain a tenté de reprendre la main mardi en reconnaissant la gravité de la crise sanitaire.

Sujet de notre journal télévisé de ce mercredi 22 juillet:

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK