Enquête sur le meurtre d'une journaliste à Malte : pression européenne sur le Premier ministre

Joseph Muscat
Joseph Muscat - © ANDREAS SOLARO - AFP

Depuis une semaine, l’enquête sur le meurtre de la journaliste Daphné Caruana Galizia fait vaciller le gouvernement maltais. Le Premier ministre socialiste Joseph Muscat, qui a décidé de quitter ses fonctions début de l’année prochaine, est accusé de protéger un de ses proches collaborateurs. Ces événements sont suivis de près par l’Union européenne.

L’affaire suscite beaucoup d’interrogations sur l’indépendance de la justice maltaise. Depuis plusieurs jours, les Maltais descendent dans la rue pour exprimer leur colère. Mais les institutions européennes, aussi se sont réveillées. Et elles voudraient y voir clair.

Une délégation d’eurodéputés est en visite à Malte depuis lundi. La Commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova, s’est entretenue au téléphone avec les autorités locales. La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a même évoqué l’affaire lors de sa première conférence de presse ce mercredi à Bruxelles : "Je ne commenterai pas l’enquête nationale en cours. Cependant. J’attends qu’il y ait une enquête rigoureuse et indépendante, libérée de toute forme d’interférence politique. Il est essentiel que tous les responsables soient renvoyés devant la justice aussi vite que possible".

Pour savoir quelles sont les interférences politiques que semble craindre Ursula von der Leyen, il faut se plonger dans l’enquête. Daphné Caruana Galizia est morte dans l’explosion de sa voiture piégée en 2017. Dans une de ses dernières enquêtes, la journaliste d’investigation accusait le chef de cabinet du Premier ministre maltais, Keith Schembri d’avoir reçu des pots-de-vin via une société créée au Panama.

La justice maltaise en question

Longtemps, l’enquête sur le meurtre de la journaliste a fait du sur place. Mais la semaine dernière, tout s’est accéléré. Un puissant homme d’affaires maltais, récemment arrêté et inculpé dans le cadre de l’enquête, aurait accusé Keith Schembri d’être le vrai commanditaire du meurtre de la journaliste. Keith Schembri, qui a démissionné de ses fonctions tout comme deux autres membres du gouvernement, a été entendu par les enquêteurs. Mais il a été remis en liberté.
La famille de Daphné Caruana Galizia et des mouvements civiques ont immédiatement accusé le Premier ministre Joseph Muscat d’avoir protégé son bras droit.

Les parlementaires européens présents à Malte s’interrogent sur l’indépendance du système judiciaire maltais. Ce mercredi, la cheffe de la délégation, l’eurodéputée libérale Sophie In’t Veld s’est dite inquiète par ce qu’elle est a vu et entendu en deux jours. Pour elle, l’intégrité de l’enquête est menacée tant que le Premier ministre Joseph Muscat restera en fonction.

"Les 40 prochains jours seront cruciaux pour l’enquête sur le meurtre et nous ne voulons aucun risque, ni même percevoir aucun risque sur le fait que l’enquête puisse être compromise de quelque sorte que ce soit", estime l’eurodéputée In’t Veld qui indique qu’elle inviterait la Commission européenne à "entamer immédiatement un dialogue avec Malte" à ce sujet.

Pour l’eurodéputé vert allemand Sven Giegold, également dans la délégation, "il y a encore une culture d’impunité pour la corruption et le blanchiment" à Malte, où fleurit notamment un trafic de faux passeports européens. "Il n’y a presque pas d’enquêtes de police ou même de condamnations", a-t-il déploré.

Malgré les appels répétés à la démission immédiate, Joseph Muscat ne compte pas se retirer avant le 12 janvier prochain.

La famille de Daphné Caruana Galizia et l’organisation Reporters sans Frontières ont déposé une plainte en France. Une plainte pour complicité d’assassinat et corruption qui vise plusieurs personnalités maltaises soupçonnées d’être impliquées dans cette affaire.

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