ENA : qu'est-ce qui se cache derrière ces trois lettres ?

Sur les huit présidents de la Vème République, quatre sont issus de l'ENA
Sur les huit présidents de la Vème République, quatre sont issus de l'ENA - © PATRICK HERTZOG - AFP

ENA, Ecole Nationale d’Administration. Trois lettres qui désignent l’une des écoles les plus mythiques de l’hexagone. Une école, qui à en croire le discours que devait prononcer Emmanuel Macron à la sortie de son « grand débat », pourrait bien disparaître. Alors qu’est ce qui se cache derrière cette école à fabriquer des présidents ? La réponse en quatre questions.

L’ENA c’est quoi ?

L’Ecole Nationale d’Administration (ENA) est une école qui a pour but de former les hauts fonctionnaires français. Fondée en 1945, elle est aujourd’hui basée à Strasbourg. Chaque année, elle forme quelques-uns des plus hautes fonctionnaires de la République française comme les membres de la Cour des comptes, du Conseil d’Etat ou encore de l’Inspection générale des Finances.

Comment on y entre ?

L’accès à l’ENA se fait par un examen d’entrée. Chaque année, quatre concours sont organisés selon des critères différents :

  • un concours externe réservé aux titulaires d’un bachelier (bac + 3 en France)
  • un concours interne réservé aux membres de la fonction publique qui ont au minimum quatre ans d’expérience dans la fonction publique
  • un concours appelé le « troisième concours » ouvert, lui, aux salariés du secteur privé, élus locaux et responsables d’association qui ont huit ans de mandats ou d’expérience professionnelle
  • un concours spécial réservé aux titulaires d’un doctorat

Une école vraiment élitiste ?

Quand on jette un œil au palmarès de l’ENA, on ne peut que remarquer le très grand nombre de ministres français ou même de présidents qui en sont issus. Sur les huit présidents de la Ve république, quatre sont issus de l’ENA : Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande et Emmanuel Macron lui-même. Parmi les ministres français, Ségolène Royal ou encore Dominique de Villepin ont aussi occupé les bancs de l’ENA.

Alors est-ce une école vraiment élitiste ? Pour Amandine Crespy, professeur de sciences politiques à l’ULB, au Centre d’Etude de la Vie Politique (CEVIPOL) et à l’Institut d’étude européenne, l’ENA est une sorte « d’aboutissement ». « Ce qu’il faut savoir c’est qu’avant de pouvoir envisager et réussir le concours de l’ENA, la quasi-totalité des postulants sortent en réalité d’autres grandes écoles. Il y a beaucoup de personnes qui entrent à l’ENA qui ont fait Science Politique à Paris ou même L’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). »

Dans l’esprit c’est devenu la boîte à fabriquer les responsables politiques

Pour Amandine Crespy, la sélection des membres de l’ENA s’opère même avant de tenter de passer le concours d’entrée. Pour elle il s’agit donc bien de « l’aboutissement d’un parcours où la sélection sociale s’opère à tous les niveaux et progressivement ». Elle ajoute que « la théorie c’est que c’est accessible à tout le monde, que ceux qui n’ont pas les moyens peuvent bénéficier d’une bourse mais en pratique, on reste dans un entre-soi de jeunes qui viennent de familles bourgeoises, de familles de professions libérales supérieures voire bourgeoisie, grande bourgeoise ou aristocratie ».

Aux accès difficiles, vient s’ajouter une culture de la méritocratie symbolisée par le classement de sortie des diplômés de l’ENA. A la fin de leurs études, les quinze étudiants ayant obtenu les meilleurs résultats ont la priorité pour choisir leur affectation sur la liste des postes ouverts par l’administration. « Dans l’esprit c’est devenu la boîte à fabriquer les responsables politiques », affirme Amandine Crespy.

Une accusation dont se défendent les dirigeants de l’ENA. Dans un tweet, ceux-ci soulignent la mixité au sein de la promotion actuelle. « Dans la promotion actuelle de l’Ena, 26% d’élèves boursiers de l’enseignement supérieur, 14% d’élèves petits-enfants d’ouvrier, 9% petits-enfants d’agriculteur, 12% petits-enfants d’artisan ou commerçant, 12% petits-enfants d’employé, 56% d’élèves ont fait leurs études secondaires en région. »

Les Belges et l’ENA

Parmi les hommes et femmes politiques belges, difficile de dire qui est énarque ou non. On sait que François Bellot (MR), actuel ministre de la mobilité, est sorti de l’ENA. Cependant, pour Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB, il y a là une différence culturelle. « En France, dans l’imaginaire collectif, il y a un parcours qui passe par les grandes écoles de type Sciences Po Paris et ENA. Alors qu’en Belgique, on n’a pas l’équivalent. Le niveau le plus prestigieux est celui des universités. Donc chez nous, pendant très longtemps, en tout cas pour ce qui est de la Flandre, l’université de Louvain Catholique ou de Gand. Côté francophone, ce sont plutôt les universités comme l’UCL, l’ULB ou l’Université de Liège ».

Cependant, Pascal Delwit ajoute que nos politiciens « depuis dix, quinze ans, suivent régulièrement une année ou un master complémentaire à l’étranger, ou font un Erasmus ». Paul Magnette (PS) a notamment étudié un an à Oxford.

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