"En toute liberté", premier ramadan à Raqa sans la menace djihadiste

Des boulangers préparent du pain sucré dans la ville syrienne de Raqa, le 17 mai 2018, pendant le mois sacré du ramadan
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Des boulangers préparent du pain sucré dans la ville syrienne de Raqa, le 17 mai 2018, pendant le mois sacré du ramadan - © Delil souleiman

"Aujourd'hui, on est libres de jeûner ou pas", lance Ahmed Al-Hussein, un habitant de la ville syrienne de Raqa débarrassée des djihadistes où chacun peut renouer avec le ramadan sans craindre les intimidations ou les violences.

"Celui qui ne jeûnait pas était enfermé dans une cage en fer sur une place publique, sous le soleil et devant tout le monde, pour servir d'exemple", se souvient Ahmed Al-Hussein, casseur de pierre quadragénaire.

Raqa, grande ville dans le nord du pays, a vécu plus de trois ans sous le règne du groupe djihadiste Etat islamique (EI), connu pour ses innombrables exactions, avant d'être prise en octobre par des combattants kurdes et arabes soutenus par Washington.

Dans la ville ravagée par les combats, le ramadan, mois de jeûne musulman entamé jeudi, affiche une toute autre atmosphère cette année. Les habitants ne sont plus obligés de suivre l'interprétation rigoriste de l'islam imposée par les djihadistes.

Au programme notamment, les soirées en famille devant la télévision pour regarder les très populaires feuilletons du ramadan.

"Avec l'EI, on a été privé des feuilletons. Les traditions du ramadan nous manquaient", confie l'homme. Les djihadistes interdisaient en effet les chaînes satellitaires et les divertissements jugés contraires aux enseignements de la religion.

Faire plaisir aux enfants

 l'époque de l'EI, on pouvait ouvrir le restaurant uniquement deux heures avant la rupture du jeûne", qui a lieu au moment du coucher du soleil, se souvient le propriétaire d'un restaurant du centre-ville, Dakhil al-Farj. "Celui qui était vu en train de manger (avant) était arrêté par la Hisba (police religieuse, ndlr)", poursuit le quadragénaire à la barbe épaisse.

"Maintenant, on commence à accueillir les clients dès 10 heures du matin. Les gens sont libres. Ceux qui veulent jeûner le font, ceux qui ne veulent pas sont libres aussi", ajoute-t-il.

Des quartiers entiers ont été ravagés, notamment par les bombardements de la coalition internationale anti-EI. À tous les coins de rue se dressent encore des immeubles éventrés.

"On a acheté des pâtisseries pour faire plaisir aux enfants, leur faire sentir l'esprit de ramadan", confie Nadia al-Saleh, un voile élaboré, bleu nuit et parsemé de brillants, encadrant son visage aux traits fins.

Vivre comme on veut

Le propriétaire de la boulangerie al-Andalous se veut pourtant optimiste. "Il n'y a aucune comparaison possible, malgré toutes les destructions, les gens sont très heureux, le cauchemar est fini", se réjouit Heneif Abou Badie, qui arbore une élégante moustache noire. Sous le règne de l'EI, le sexagénaire dit avoir reçu 40 coups de fouets, été emprisonné trois jours, et son magasin avait fermé deux semaines. Pourquoi ? Un de ses employés, un enfant, s'était caché quand la police religieuse de l'EI était venue chercher les hommes pour la prière.

"Cette année, on va jeûner sans l'EI. On va vivre comme on veut, en toute liberté", lance-t-il.

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