En RDC, le cri des ONG pour sauver les parcs nationaux

En République démocratique du Congo, le Ministre des hydrocarbures, Aimé Ngoi-Mukena, propose de déclasser plusieurs zones du parc des Virunga, à l’Est du pays, et du parc de la Salonga, au centre. Des joyaux naturels protégés qui font partie du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La proposition est décrite dans une lettre datée du mois de mars et dont le contenu a récemment été révélé par l’ONG britannique, Global Witness. Le ministre congolais des hydrocarbures demande au gouvernement de mettre en place une commission interministérielle, en vue de ‘désaffecter’ ou de ‘déclasser’ une zone de 1.720,75 km² du Parc des Virunga (représentant 21.5% de sa surface totale) et une zone de 2.767,5 km² du Parc de la Salonga, car elles ont un intérêt pétrolier.

Ce redécoupage permettrait de vendre à des entreprises privées, des permis d’exploration et d’exploitation de réserves souterraines de pétroles et de gaz.

Une manne économique estimée à 7 milliards de dollars, selon l’ONG Global Witness.

Un intérêt national ?

Pour ce faire, le ministre s’appuie sur la législation congolaise. La loi du 1er août 2015 sur les hydrocarbures, autorise les activités d’explorations dans les parcs nationaux, à partir d’un simple décret d’un Conseil des ministres.

Une autre loi autorise la révision unilatérale des accords instituant les aires nationales protégées (notamment les zones classées patrimoine mondial de l’UNESCO), si l’intérêt national l’exige.

La Belgique et les États membres de l’UE doivent prendre position

Ce projet suscite colère et indignation en RDC et aussi chez nous. Le week-end dernier, une centaine d’ONG à Kinshasa ont signé une déclaration commune pour dénoncer le caractère illégal et dangereux de ce projet.

Les conséquences environnementales seraient catastrophiques. Le parc de la Salonga abrite près de 40 % de la population mondiale de bonobos. Le parc des Virunga est un habitat vital pour de nombreuses espèces protégées, notamment, les derniers gorilles des montagnes au monde.

Conséquences sociales, aussi. Les populations qui vivent des ressources naturelles seraient déplacées et de nombreuses milices en profiteraient pour occuper l’espace dans la violence.

On appelle la Belgique et les autres États membres de l’Union européenne à prendre position, insiste Clara Debève, responsable Afrique Centrale à Justice et Paix. Nous sommes à un moment clé où le plaidoyer doit être fort pour inverser la tendance, avant qu’il ne soit trop tard !’.

La probabilité est faible, mais le danger existe

A ce stade, la proposition n’engage que le Ministre des hydrocarbures, mais elle doit être étudiée par un comité interministériel et ensuite lors d’un Conseil des ministres.

François-Xavier De Donnea, ministre d’État et administrateur de la Fondation Virunga a rencontré plusieurs hauts-responsables à Kinshasa. Il est assez confiant, mais reste très prudent. ‘Je ne pense pas que ce projet puisse faire l’unanimité au Conseil des ministres. Les autorités congolaises sont divisées sur la question. Il y a des ministres très importants qui s’y opposeront. Ainsi, la probabilité qu’un tel projet soit adopté est faible mais le danger existe. Il est donc heureux que la société civile et d’autres voix s’élèvent pour dénoncer ce projet’.

Le parc Virunga avec la princesse Esmeralda - C'est du Belge du 06/12/2016

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