En Italie, la crise politique s'accélère avant un tournant décisif cette semaine

En Italie, la crise politique s'accélère avant un tournant décisif cette semaine
En Italie, la crise politique s'accélère avant un tournant décisif cette semaine - © FILIPPO MONTEFORTE - AFP

Le contexte politique reste instable en Italie où les chefs de groupe n’ont pas réussi à se mettre d’accord hier. Les sénateurs sont donc rappelés à Rome aujourd’hui pour voter le calendrier pour fixer la date du vote de censure voulu par le chef de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini. Il réclame la fin du gouvernement de Giuseppe Conte avec son désormais ex-allié Mouvement 5 Etoiles et réclame des élections immédiates. Une situation inédite dans ce pays puisque jamais le Parlement n’a dû être rouvert la semaine du 15 août afin de voter une motion de censure du gouvernement.

Porté par des sondages favorables, l’homme fort du gouvernement et ministre de l’Intérieur Matteo Salvini rêve d’élections anticipées le plus vite possible, raison pour laquelle son parti d’extrême droite, la Ligue, a introduit cette motion.

Plus que jamais, le monde politique reste fortement divisé comme le confirme Valérie Dupont, correspondante en Italie. "La semaine dernière, lorsque Matteo Salvini retire la prise du gouvernement entre son parti et le Mouvement 5 Etoiles, il annonce clairement la couleur. Lui veut retourner aux urnes et demande les pleins pouvoirs. Il s’attend donc à ce que le Premier ministre aille directement remettre sa démission au président de la République, mais Giuseppe Conte fait de la résistance et décide de déplacer la crise au Parlement, où il veut, dit-il, obtenir un vote de défiance avant de monter au Quirinal, le palais présidentiel".

Mise à mort du gouvernement

A partir de là, les choses s’enchaînent puisque Salvini, furieux de cette décision, dépose une motion de défiance au Sénat et souhaite que le vote se déroule avant le 15 août. "C’est une accélération de la crise, du jamais vu, car la semaine du 15 août en Italie est normalement la semaine du farniente, et même les temps des institutions sont souvent plus longs", ajoute Valérie Dupont.

Cette motion de défiance n’a qu’un objectif : la mise à mort du gouvernement italien. "Sur ce point, il n’y a plus aucun doute", confirme-t-elle. "La rupture est totale, le gouvernement de Giuseppe Conte est en réalité déjà terminé et le passage au Parlement permet de pointer du doigt les responsables, la Ligue, qui doit, selon le Mouvement 5 Etoiles, montrer aux Italiens ' son visage de prêtre '. Ce sont les paroles de Luigi Di Maio, le vice-premier du Mouvement 5 étoiles, car selon eux, Matteo Salvini a trahi les Italiens en disant qu’il aurait gouverné cinq ans sans regarder les sondages alors qu’il a choisi un prétexte pour faire sauter la banque, comme on dit ici en Italie. Il avait évidemment des intérêts qu’il voulait voir augmenter. Pour Matteo Salvini, il n’y a pour l’instant pas de majorité possible, donc ce gouvernement est définitivement terminé, c’est juste une question de temps présidentiel."

Si cette motion est votée, le gouvernement actuel n’aura plus de majorité et le Premier ministre devra donc remettre sa démission. "C’est alors le président de la République qui devra commencer les consultations, vérifier les cartes sur la table et voir s’il veut en effet tenter un nouveau gouvernement ou bien envoyer directement le pays aux urnes, en sachant évidemment que Matteo Salvini est déjà en campagne électorale."

Les ambitions de Salvini semblent assez évidentes, tout comme le fait qu’il souhaite gouverner avec Forza Italia et les néofascistes de Fratelli d’Italia. "Il l’a dit et répété : "Je demande aux Italiens de me donner les pleins pouvoirs pour faire tout ce que j’avais promis, sans boulet au pied, sans objection", le fameux parti du non, comme il appelle tous les gens qui lui mettraient des bâtons dans les roues. Mais avec le retour de la crise au Parlement, il doit maintenant faire des comptes, car il doit renouer avec Silvio Berlusconi et le petit parti néofasciste Fratelli d’Italia", précise Valérie Dupont. "En nombre de parlementaires, la Ligue compte bien moins de parlementaires que le Mouvement 5 Etoiles. Il doit donc renouer avec la droite et leur promettre de gouverner ensemble, ne serait-ce que pour sortir de la crise. Mais Salvini ne serait pas à une trahison en plus, donc on va voir ce qui va se passer exactement avec la droite".

"Stratégie très limite"

Porté par des sondages qui l’ont vu passer de 17% à 38% des voix en un an, Matteo Salvini adopte une stratégie qui consiste à ne plus s’en prendre aux Italiens du Sud, mais plutôt aux migrants et à la bureaucratie européenne. Un discours dont la portée est forte en Italie. "Il a utilisé une stratégie très limite, en flirtant avec les thèses racistes et nationalistes qui ont porté leurs fruits grâce à une propagande très contrôlée, notamment sur les réseaux sociaux", analyse Valérie Dupont. "Il a d’ailleurs été habile en s’alliant avec le Mouvement 5 Etoiles, car il savait que le mouvement populiste n’avait aucune expérience de gouvernement, contrairement à son parti qui avait déjà gouverné avec la droite de Berlusconi et qui avait beaucoup plus de personnes en place au niveau des ministères, etc. La Ligue a donc réellement parasité le Mouvement 5 Etoiles et les a fait passer pour des incapables. Les Italiens ont tendance à vouloir un homme fort au pouvoir lorsque le pays est en crise et il le savait."

Si Salvini gagne son pari, sa stratégie pourrait entraîner l’Union européenne vers l’extrême droite. "L’Union européenne ne doit pas sous-évaluer ce qu’il se passe en Italie et c’est vrai que Salvini a beaucoup instrumentalisé la question migratoire, même si le flux a fortement diminué et qu’on ne peut plus vraiment parler de crise", confirme la correspondante.

"Aux yeux de nombreux Européens, Salvini est l’homme qui a arrêté la vague migratoire et qui a fermé les ports italiens, alors que le reste de l’Union ne réussissait pas à se mettre d’accord sur comment le faire. Mais ce que beaucoup d’Européens ignorent, c’est que Matteo Salvini et son parti représentent en effet toutes les caractéristiques d’une nouvelle extrême droite, avec des interventionnismes au niveau scolaire, au niveau de la liberté de la presse, manque de respect des institutions démocratiques, etc. Donc, clairement, une victoire totale de Salvini serait un choc pour l’Union européenne, car c’est un grand pays fondateur qui se retrouverait avec un gouvernement de droite extrême. C’est préoccupant et c’est clair que l’Union européenne irait à droite, même si objectivement le gouvernement Lega-Mouvement 5 Etoiles était déjà extrêmement négatif vu de l’Union européenne", conclut-elle.

 

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