En interdisant les bateaux de Médecins sans Frontières, la Libye satisfait les pays européens

Des migrants quittent le bord du Prudence de MSF.
Des migrants quittent le bord du Prudence de MSF. - © CARLO HERMANN - AFP

Médecins sans frontières ne portera plus secours aux migrants au large de la Libye. l'ONG suspend les activités du 'Prudence', son navire le plus important qui patrouille dans les eaux internationales. Une mesure décrétée par la Libye, mais qui ferait l’affaire des Occidentaux.

En cause, l'annonce faite par le gouvernement de Tripoli de déployer des garde-côtes libyens en mer pour repérer les candidats à la traversée. Et d'interdire, dans le même temps, aux navires étrangers de s'y risquer. Ce qui a pour conséquence d’obliger MSF à poursuivre ses opérations de sauvetage plus loin dans les eaux internationales.

L'ONG dénonce cette interdiction et pointe le danger pour les migrants d'être ramenés par les garde-côtes en Libye. Ces contrôles libyens, en réalité, demandés par les pays européens posent question.

Pour des dizaines de milliers de migrants et de réfugiés, la Libye est le point de passage obligé vers l’Europe. Ils viennent pour la plupart du Nigéria, mais aussi d’Ethiopie ou du Soudan.

Cette traversée tétanise plusieurs pays européens. Comme l’Italie qui a octroyé de l’argent à l’un des deux gouvernements qui gèrent une partie du territoire libyen pour juguler le flux migratoire.

La France a pour sa part invité les deux dirigeants -qui se disputent le pouvoir- à créer des centres de tri dans le pays. Le problème est que les autorités libyennes sont incapables de faire régner l’ordre sur un territoire morcelé et livré aux milices.

"L’importance pour l’Europe d’avoir un droit de regard sur les conditions d’accueil 

Asni Abidi, directeur du centre de recherche sur le monde arabe à Genève, rappelle les conclusions de l’envoyé spécial des Nations-Unies, voici plusieurs mois: "Il a fait un constat alarmant de la situation dramatique des migrants dans certains lieux de détention qui ne sont même pas connus des autorités locales ou même des organisations internationales. De là l’importance, pour la communauté européenne, d’avoir un droit de regard sur les conditions d’accueil en Libye avant d’installer ces fameux centres ‘de tri’ réclamés par plusieurs pays européens."

En Libye, c’est donc à qui obtiendra le plus d’argent pour répondre aux exigences européennes. Le gouvernement de l’est du pays demande même 20 milliards de dollars sur une période de 20 ans pour contrôler les migrants.

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