En Inde, les "Indésirables" changent de prénom

Ce sont les autorités du district qui ont eu l'idée de cette cérémonie, alarmées par les chiffres des naissances de cette année. Pour 1000 garçons, il n'y a eu que 914 filles. C'est un déséquilibre en constante augmentation depuis 50 ans. Il ne faut pas croire que seules les régions rurales sont touchées. Dans la capitale Delhi, le rapport n'est que de 866 filles pour 1000 garçons. Les organisations féministes estiment qu'il y a eu jusqu'à 8 millions d'avortements sur la dernière décennie. 

Pourquoi les indiens ne veulent-ils pas de filles ? La principale raison est qu'à son mariage, la fille rejoindra une autre famille, alors que le garçon restera dans sa lignée familiale. On lui transmettra l'héritage, il s'occupera de ses parents. En plus, la tradition veut que pour marier leur fille, les indiens payent une dot. C'est une pratique qui est en réalité interdite depuis 1961. Mais comme souvent, la loi a peu d'emprise sur les traditions. La dot reste très répandue, quelle que soit la caste, chez les pauvres comme chez les riches. 

Procéder à un avortement en fonction du sexe est illégal. Les cliniques ont même l'interdiction de révéler le sexe sur base d'échographies. Les 40 000 cliniques officiellement prétendent respecter la loi. Mais les appareils s'étant démocratisés, il existe de nombreux cabinets où l'on pratique illégalement des échographies. Les sanctions seraient rares. Pourtant, la Haute de Cour de Bombay, par exemple, considère que les appareils utilisés à mauvais escient doivent être saisis. La pratique demeure cependant courante. Elle a même été encouragée à une époque.

Quand les appareils à échographie sont apparus, dans les années '70, l'Inde y a vu un moyen de limiter l'explosion démographique. Avant, tant qu'ils n'avaient pas de garçon, les couples faisaient des enfants. Les autorités ont pensé que si les femmes pouvaient sélectionner les fœtus, elles ne seraient plus obligées de faire des enfants jusqu'à avoir le bon nombre de fils. Fin des années 80, il y a même eu des campagnes pour promouvoir le recours aux échographies. Aujourd'hui, le premier ministre dénonce l'élimination des fœtus féminins comme une "honte nationale". Mais les autorités sont accusées de ne pas faire respecter la loi avec assez de détermination.

Robin Cornet
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