Catalogne: "L'Europe commence à comprendre l'ampleur de la crise"

Carles Puigdemont, le président de la Catalogne, tente un numéro d’équilibriste. Après un discours confus devant le Parlement, il a signé une déclaration d’indépendance qu’il a aussitôt suspendue pour donner sa chance au dialogue. Le présent séparatiste catalan a été critiqué par Madrid et par les manifestants pro-indépendance.

Ernest Urtasun, député européen écologiste catalan, était l'invité de Matin Première ce mercredi. Il a répondu aux questions de Mehdi Khelfat.

Est-ce que vous êtes satisfait de la réponse du président catalan ?

"On a évité le pire scénario, qui était une déclaration d’indépendance dure. Cela nous aurait mené automatiquement à une suspension de l’autonomie. Au moins, il a fait une déclaration ambigüe qui laisse une petite porte ouverte au dialogue. La grande question maintenant c’est : 'Quelle sera la réaction de Madrid aujourd’hui ?' Il y a un Conseil des ministres ce matin et une plénière au parlement espagnol l’après-midi. Ce que j’attendrai de la part du gouvernement de Madrid, ce serait une réaction modérée qui permette de rétablir un certain dialogue. En tout cas, c’est ce que la plupart des Catalans attendent aujourd’hui."

Carles Puigdemont n'a pas fait une déclaration dure, il a été qualifié de "traître" par certains séparatistes. Est-ce que c’est la guerre dans le camp des séparatistes catalans ?

"Les plus radicalisés d’entre eux auraient voulu une déclaration très dure. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’était dans l'intérêt de personne d’avoir une déclaration d’indépendance dure parce que ça ne menait nulle part."

"[...] Tous les signes qui sont arrivés mardi de la part de l’Union européenne, c’était qu’une déclaration unilatérale de l’indépendance n’allait pas du tout être comprise. Donc de ce point de vue-là, je crois que ceux qui pensent que Puigdemont est un traître ont absolument tort. Qu'on soit indépendant ou fédéraliste, tout se résout avec le dialogue, la négociation et l’accord."

Vous êtes fédéraliste et pas indépendantiste. Si Mariano Rajoy continue dans la fermeté et refuse de discuter sous la pression, que faire ?

"Je crois qu’hier il y a eu un appel au dialogue de Donald Tusk, le Président du Conseil européen. [...] Je suis persuadé que Mariano Rajoy est en train de recevoir pas mal de pression en ce moment de la part de l’Union européenne. Nous savons que même Angela Merkel a eu un appel téléphonique avec lui l’autre jour. Et je suis convaincu que Mariano Rajoy est maintenant sous pression de la part de ses partenaires européens pour qu’il résolve ça, pour qu’il ouvre une voie au dialogue."

L’Europe a enfin compris l’ampleur de la crise ?

"Je crois qu’elle commence à comprendre l’ampleur de la crise, surtout à cause des conséquences économiques. Les grandes banques catalanes sont en train de bouger. Il y a plein d’investissements en Catalogne qui commencent à être mis en doute. La Catalogne est un des moteurs économiques de l’Union européenne [...]. C’est pour cela que Mariano Rajoy commence à être sous une pression pour qu’il ouvre un dialogue. Je suis persuadé que, dans les prochaines semaines, il y aura sans doute un dialogue qui sera ouvert. Je ne peux pas concevoir un autre scénario que celui-là."

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