En Belgique, la journée du dépassement, c'est déjà le 1er avril

La consommation de viande est un des facteurs importants de consommation des ressources de la planète.
La consommation de viande est un des facteurs importants de consommation des ressources de la planète. - © FlickR CC/Frédérique Voisin-Demery

Ce 2 août est une date symbolique, c'est la "journée du dépassement", le moment où nous avons consommé toutes les ressources que la Terre est capable de renouveler en un an. La planète va donc vivre à crédit le reste de l’année. La date est calculée par l’organisation globale Footprint. Cette ONG tient compte de l’empreinte carbone, des ressources consommées pour la pêche, l’élevage, les cultures ou encore l’utilisation de l’eau.

Nous consommons en Belgique en moyenne l’équivalent de quatre planètes (par an)

Cette journée du dépassement ne cesse de tomber plus tôt dans l’année. Mais surtout, la situation est encore beaucoup plus aiguë en Belgique, explique le professeur en droit international de l’ULB Olivier De Schutter, ancien apporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU: "Pour la Belgique, cette date se situerait plutôt au 1er avril, c’est-à-dire que nous consommons en Belgique en moyenne l’équivalent de quatre planètes. C’est-à-dire que si tout le monde avait le niveau de consommation des Belges, il faudrait 4 planètes pour satisfaire nos besoins".

Et si le Belge est un mauvais exemple, le Luxembourgeois fait encore pire: "Si tout le monde vivait comme un Belge, il faudrait 4 planètes, il en faudrait 8 pour le Luxembourgeois. La différence entre la Belgique et le Luxembourg, c’est simplement qu’au Luxembourg on utilise beaucoup plus la voiture individuelle, on a des niveaux de revenus qui sont plus élevés, ce qui permet une consommation beaucoup plus forte. Et donc entre deux pays très voisins, qui présentent beaucoup de caractéristiques similaires du point de vue géographique, une différence très considérable résulte simplement des modes de vie adoptés de part et d’autre de la frontière. Je pense que l'on peut faire énormément de progrès simplement par un message qui en appelle à des modes de vie plus conscients de l'impact écologique. Cela suffira-t-il ? Bien entendu, non. La Belgique elle-même est dans une situation très critiquable à bien des égards, mais c’est certainement une marge de progression considérable que nous avons".

Augmentation de la population ET des consommations

Cette date de dépassement qui recule au niveau mondial "résulte en partie de la croissance de la population, qui est encore très forte dans certaines régions du monde, mais surtout d’une augmentation des niveaux de consommation partout dans le monde, avec une classe moyenne dans les pays émergents qui imite les modes de vie occidentaux. Et c’est cela surtout qui aujourd’hui a un impact tout à fait considérable sur le fait que, chaque année, c’est un peu plus tôt que nous commençons de vivre à crédit."

La concurrence alimentaire sera de plus en plus forte

Avec des situations paradoxales où de grands groupes agroalimentaires tournent à plein régime dans des régions entières où se nourrir est difficile pour inondent les pays riches: "Il y a une concurrence de plus en plus forte pour l’utilisation des ressources, pour l’accaparement des ressources à l’échelle mondiale. Et c’est vrai que dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation, on voit ce phénomène de manière tout à fait visible, où des surfaces considérables sont utilisées dans les pays pauvres du Sud, pour satisfaire nos propres besoins parce que nous avons tout simplement un pouvoir d’achat plus considérable qui nous permet d’utiliser pour satisfaire notre demande ces espaces de terre et cette eau. Nous pensons par exemple à toute la surface que prend la culture du maïs ou du soja pour nourrir notre bétail dans les processus industriels ou au développement d’agrocarburants, qui ont des impacts sur la déforestation à l’échelle mondiale, notamment en Asie du Sud. Et donc il y a une concurrence, il faut le reconnaître, pour l’utilisation des ressources qui va se faire à l’avenir de plus en plus vive".

La consommation de viande coûte un mois de dépassement des ressources de la Terre

Notre consommation de viande est aussi pointée du doigt: "L'alimentation représente à l’échelle mondiale environ 26 % de l’empreinte écologique globale. Et si l’on réduisait notre consommation de viande, de protéines animales en général, on gagnerait un mois sur la date de dépassement, d’après les calculs de Mathis Wackernagel, du Global Footprint Network: on ne commencerait à vivre à crédit qu'à partir du 1er ou 2 septembre. Il y a des modes de consommation et des modes de production agricole qui sont infiniment plus respectueux de l’environnement que d'autres".

Bref, sans une révolution vers des modes de vie plus simples, plus sobres, avec une empreinte écologique nettement réduite, on va dans le mur: "Malheureusement, toutes les recettes technologiques, qu’on a promises ou qu’on a développées par le passé, de même que les approches réglementaires lourdes qui viennent du haut, échouent manifestement à amener des changements au niveau où il faudrait qu’ils se développent. Il faut vraiment que nous fassions un examen de conscience. Pour les pays pauvres, l’essentiel c’est qu’ils ne soient pas obligés de passer par les étapes que nous avons franchies nous-mêmes, c’est-à-dire une industrialisation extrêmement polluante avant d’avoir des modes de production et de consommation qui soient plus attentifs aux conséquences environnementales. Il faut les y aider, il faut des transferts de technologies vers ces pays, il faut les inciter à d’emblée s’inscrire dans une démarche beaucoup plus durable que celle que nous-mêmes nous avons adoptée. Mais c’est vrai que la fascination qu’exercent les modes de vie occidentaux avec les planètes trop nombreuses que ceux-ci exigeraient pour être généralisés à l’échelle mondiale est un obstacle majeur pour cette évolution".

La recette pour l'Afrique: l'émancipation des femmes

D’autres éléments sont en jeu comme l'augmentation de la population mondiale et ça ne va pas s’arranger. "Le continent le plus concerné est l’Afrique, où les taux de fertilité demeurent importants, où les familles sont nombreuses. L'Afrique compte aujourd’hui 1,2 milliard d’habitants, ils seront 4 milliards à la fin de ce siècle. C’est donc une augmentation considérable à laquelle on peut s’attendre. Et là, la seule recette est l’éducation et l’émancipation des femmes. Si les femmes peuvent avoir moins d’enfants, refuser de se marier très tôt et d’avoir des enfants très tôt, cela fera une différence significative. Je pense qu’il faut aussi miser beaucoup d’espoir sur la généralisation de la protection sociale. Une des raisons pour lesquelles les familles sont nombreuses en Afrique, c’est parce que les parents, craignant pour leurs vieux jours, veulent s’assurer du risque d’être sans revenus et donc ont des enfants pour être soutenus dans leur vieillesse. Et si l’on avait une protection sociale qui les protège de ces risques, ils seraient peut-être moins tentés d’avoir des familles nombreuses. Mais c’est un combat difficile et l’Afrique est vraiment ici la ligne de front principale."

 

 

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