En Australie, des réfugiés placés dans un "hôtel" de détention sont la voix de ceux qui sont refoulés

Ce sont des personnes que les Australiens n’entendent jamais de vive voix : les réfugiés et les demandeurs d’asiles. Depuis 2013, l’Australie fait tout pour que ceux qui espèrent trouver refuge dans le pays en arrivant sur des bateaux de fortune ne soient pas visibles en Australie en installant ces personnes sur des îles à des centaines de kilomètres de côtes du pays. Le slogan utilisé quand cette politique a été lancée était “No way. You will not make Australia home” ("Pas question. Vous ne ferez pas de l’Australie votre maison").

L’hôtel que les occupants ne sont pas autorisés à quitter

Mais à Brisbane, la troisième plus grande ville d’Australie, un lieu attire de plus en plus l’attention : le Kangaroo Point Central Hotel. Un hôtel "transformé". Aujourd’hui toutes les chambres sont occupées par des demandeurs d’asile qui ont un jour dû être transféré des îles du Pacifique, où ils étaient retenus, à l’Australie à un moment où l’Australie a accepté de le faire pour leur permettre de subir des soins médicaux.

Des balcons pour faire passer des messages

Ces réfugiés ne sont pourtant pas autorisés à quitter l’hôtel. Certains affirment s’y trouver depuis plusieurs mois. Mais, à la différence de ceux qui sont très loin de l’Australie, après avoir gardé le silence, eux peuvent désormais se faire entendre grâce aux fenêtres et aux balcons qui donnent sur la rue. Aidées par des associations locales qui les soutiennent, ces personnes expriment maintenant publiquement leurs difficultés et les manifestations se multiplient devant le Kangaroo Point Central Hotel. D’autant que, d’après eux, leur situation s’est encore détériorée depuis le début de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Les rares visites qui étaient autorisées ne le sont plus désormais, d’après les médias australiens.

"Aucun crime et 7 ans en détention"

Leur méthode d’expression : des calicots de fortune qu’ils ont accrochés sur la façade du bâtiment. On peut lire "Où est la justice ?" ou encore "Aucun crime et 7 ans en détention". Depuis leurs balcons, ils dénoncent ce qu’ils appellent leurs "conditions de détention". "Vous êtes en prison ici" explique Farhad Rahmati au média australien 7News. Ce réfugié iranien a été transféré il y a près d’un an dans cet hôtel, alors qu’il était avant placé dans un des camps installé par l’Australie en Papouasie Nouvelle-Guinée. "En Papouasie Nouvelle-Guinée, il y a encore un tout petit peu de liberté. On peut se déplacer un peu sans avoir les forces australiennes de contrôle des frontières et des gardes de sécurités autour de nous".

L’Australie se défend : "c’était clair dès le départ"

L’Australie se défend en expliquant, aux journalistes de CNN, qu’il n’a jamais été question de liberté en Australie pour ces migrants. Celui qui agit pour l’instant comme Ministre en charge de l’immigration, Alan Tudge, explique qu"il était très clair dès le départ que les personnes qui allaient bénéficier d’un transfert dans le cadre de la loi medevac (NDLR : loi qui permet le transfert de demandeurs d’asile malades du centre de détention offshore vers l’Australie sur recommandation d’un professionnel de la santé) allaient être placées dans un centre de détention pour migrants".

L’Australie et les centres de dentition "offshore"

Ceux qui manifestent aux balcons de cet hôtel de Brisbane veulent aussi mettre en lumière la situation d’autres demandeurs d’asile, obligés de rester sur les îles utilisées par l’Australie comme centre de détention "offshore".

Nauru, est un des exemples pointé du doigt. Nauru, ce n’est pas l’Australie. C’est un Etat indépendant. Un des plus petits Etat au monde. L’île de Nauru mesure à peine 5 kilomètres sur 4, la taille d’un village. Une seule route fait le tour de l’île. Officiellement, cet Etat compte un peu plus de 13.000 habitants.

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Une vue générale du camp de réfugiés de Nauru, le 2 septembre 2018. © MIKE LEYRAL – AFP

Nauru : "une prison à ciel ouvert"

Très riche grâce aux réserves de phosphate jusqu’au début des années 90, Nauru s’est ensuite fortement endetté. Quand les exploitations de phosphate ont cessé, il n’y a eu aucune autre forme d’économie à Nauru pour permettre aux habitants d’avoir un revenu et à l’Etat de continuer à assurer les services. Résultat : Nauru "loue" une partie de son territoire à l’Australie qui y a installé des camps de détention de réfugiés. Certains sont là depuis plusieurs années, ce qui fait dire à aux associations humanitaires Amnesty International ou Médecins sans frontières (MSF) que Nauru est "une prison à ciel ouvert". Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) s’inquiète régulièrement de la situation sur place.

Regardez ce reportage du journal télévisé de 19h30 réalisé en octobre 2018, au moment où Médecins sans frontières (MSF), qui était la seule association à avoir l’autorisation de travailler à Nauru, annonçait qu’elle devait quitter l’île sous l’ordre des autorités.

Des frais de visa de près de 5000 euros pour les journalistes

Les reportages sur l’île sont très rares. Il faut dire que la procédure d’accès au territoire à de quoi interpeller. On peut en prendre connaissance sur le site officiel des autorités de Nauru. Il faut envoyer un courriel aux autorités pour faire une demande officielle de visa, en spécifiant évidemment la raison de votre voyage, lettre de l’employeur à l’appui. Jusque-là, c’est plutôt classique. Mais ensuite, il faut payer, à l’avance la coquette somme de 8000 dollars australiens. C’est l’équivalent de près de 5000 euros de "frais administratif" pour l’obtention du visa. Une somme "non-remboursable même si votre demande de visa est finalement rejetée". De quoi refroidir à l’avance les rédactions qui veulent décider de prendre le risque de demander un accès. Dernier détail. Le contrôle des visas ne se fait pas à l’arrivée à l’aéroport. Mais "les membres officiels du service de l’immigration prendront votre passeport à l’arrivée pour une vérification dans leur bureau". Ils assurent que "les passeports seront rendus plus tard dans la journée ou le lendemain matin".

La voix de ceux qui sont refoulés

Avec ces manifestations "au balcon" à Brisbane, les Australiens entendent désormais directement de vive voix les témoignages de ceux qui ont vécu dans ces centres de détentions controversés et qui aujourd’hui continuent d’être privés de libertés en Australie parce qu’ils sont demandeurs d’asile.

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