En Algérie, la démission du Président Bouteflika ne résout pas la crise

En Algérie, la démission du Président Bouteflika ne résout pas la crise
En Algérie, la démission du Président Bouteflika ne résout pas la crise - © Tous droits réservés

"Il faut qu’ils dégagent tous". Widad, 30 ans, a préparé son drapeau et sa pancarte. Vendredi 5 avril, elle ira manifester avec son mari, comme chaque vendredi depuis le 22 février. L’Algérie fait face à un mouvement de protestation populaire inédit depuis l’indépendance. Plusieurs millions de manifestants marchent dans presque toutes les régions du pays depuis près de deux mois pour demander le départ du président Abdelaziz Bouteflika et un changement de système politique.

Lundi 1er avril, le président algérien, âgé de 82 ans a présenté sa démission. Sur les images diffusé à la télévision, on le voit habillé d’une gandoura, assis dans son fauteuil roulant, très affaibli, tendre un document à Tayeb Belaiz, le président du Conseil Constitutionnel. Dans une lettre adressée à la Nation le lendemain, Abdelaziz Bouteflika écrit : "Je quitte la scène politique sans tristesse ni peur pour l'avenir de notre pays". Une telle annonce, inespérée il y a encore quelques mois, ne devrait pourtant pas suffire à calmer la protestation.

La corruption comme ennemi numéro 1

Pour les manifestants, il y a un ennemi numéro 1: la corruption. Qu’elle se manifeste par l’attribution favorisée de marchés publics, par l’obtention de postes de travail ou par l’utilisation de pots-devin, elle est devenue importante. "Pendant le troisième mandat du Président, on a commencé à voir la corruption de nos propres yeux, explique Selim, le mari de Widad, qui habite à l’ouest du pays. Pour voir un dossier accepté, il fallait donner le l’argent".

Imad, jeune entrepreneur confirme : "Au début des années 2010, je pouvais travailler correctement. Aujourd’hui, si tu ne paies pas ou si tu n’es pas le copain de quelqu’un, c’est devenu très difficile d’obtenir un marché". Vécue comme une injustice, la corruption s’ajoute aux difficultés pour les jeunes diplômés d’accéder au marché de l’emploi. Si le taux de chômage des titulaires d’un diplôme du secondaire est de 11%, il monte à 18,5% pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Dans les cortèges, jeunes, vieux, hommes et femmes, scandent : "Qlitou el bled, ya serraquin!" (Vous avez mangé le pays, voleurs!).

Période de transition trop courte?

Le départ du président Abdelaziz Bouteflika ouvre la porte à une période de transition de 90 jours. Trop court pour un changement réel de système politique, estiment les observateurs, qui soulignent que les personnes qui mèneront la transition, le chef d’état major Ahmed Gaid Salah comme le président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, sont des proches d’Abdelaziz Bouteflika et qu’ils font partie intégrante du système.

Dans un communiqué, un collectif d’une vingtaine d’association estime que la démission du Président "ne garantit nullement une transition indépendante du système". Mais quelle alternative y a-t-il ? Les partis d’opposition n’ont pas de base électorale forte et aucun candidat n’a émergé au sein des partis au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika ayant fragilisé toute volonté de se démarquer au cours des vingt dernières années. Le seul acteur capable de peser dans la balance, c’est désormais, la rue.
 

Abdelaziz Bouteflika a quitté le pouvoir en Algérie : réactions de la rue (JT 03/04/2019)

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