En Afrique du sud, la colère des métis qui se disent marginalisés

En Afrique du sud, la colère des métis qui se disent marginalisés
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En Afrique du sud, la colère des métis qui se disent marginalisés - © Tous droits réservés

Les manifestations de protestation se multiplient depuis deux semaines dans les townships métis d’Afrique du sud ravagés par la criminalité, la drogue et le chômage. "J’ai organisé la première manifestation après avoir vu le corps sans vie d’Heather sur le trottoir. Je me suis dit que cela aurait pu être le mien", raconte Carol Sally, une mère de 4 enfants, qui tient un salon de coiffure à Westburry, un township métis de Johannesburg.

Heather Peterson a été tuée le 27 septembre, lors d’une fusillade entre revendeurs de drogue, alors qu’elle revenait de l’école avec sa nièce de dix ans, elle-même blessée. Pendant la semaine qui a suivi, des habitants de Westburry ont bloqué des rues avec des pneus enflammés, pour exprimer leur sentiment de "gatvol"(ras-le bol).

4,8 millions de Sud-Africains issus du métissage

"Mauvais leaders s’en fichent. Gouvernement, trafiquants de drogue et leurs complices dans la communauté, nous en avons assez de vous", pouvait-on lire sur une pancarte brandie par une manifestante.  D’autres habitants des townships "coloured" (métis) de Johannesburg et du Cap ont protesté à leur tour. lls accusent le gouvernement de l'ANC (Congrès national africain) de marginaliser les 4,8 millions de Sud-Africains, issus du métissage entre colons afrikaners, populations autochtones du Cap et esclaves amenés d’Indonésie et d’Afrique.

Drogue et violence

La pauvreté de leurs quartiers est flagrante, comme dans ces blocs à appartement décrépis de Westburry, jonchés d'immondices. Les revendeurs de drogue font le pied de grue au pied des immeubles, surnommés "Columbia" ou " Nigeria". "Je vis dans l’épicentre de tout ce qui est illégal, la drogue, la prostitution, l’alcoolisme, la criminalité, explique Michael O’Oshea de père irlandais et de mère zouloue, qui réside à "Nigeria" depuis quatre décennies. J’ai vu 7 ou 8 meurtres de mes propres yeux". L’explosion des drogues synthétiques, comme le tik, depuis dix ans a rendu la rivalité entre gangs pour le contrôle des territoires beaucoup plus violente qu'avant  : plus de 50 meurtres en deux ans à Westburry, qui ne compte que 30 000 habitants.

"Les tueurs à gage viennent du Cap et n’ont aucune pitié pour les victimes collatérales", déplore Alvin Crispa, un ex-élu local de l'ANC. Dans les quartiers métis, le taux d'homicides – plus de 60 pour 100 000 habitants - bat tous les records. La criminalité happe les jeunes, souvent peu éduqués et sans travail. "Nos parents étaient employés comme ouvriers ou artisans, poursuit Crisp. Mais aujourd’hui, ces emplois sont occupés par des Noirs ou des étrangers. Quand on envoie une demande d’embauche, elle passe à la trappe à cause de nos noms, à consonance afrikaans ou anglais".

Depuis 1994, on n'est pas assez noirs

Mardi, des métis ont manifesté devant la Bourse de Johannesburg pour protester contre leur faible participation dans l’économie. Ils ont le sentiment d'être mis sur la touche, comme les jeunes Afrikaners, avec lesquels ils partagent la même langue. "Sous l’apartheid, on n'était pas assez blancs et, depuis 1994, pas assez noirs" est le refrain des "Coloureds".

A Westburry, les habitants accusent les policiers, noirs, d’être inefficaces et corrompus. Pour calmer leur colère, le ministre de la Police, Bheki Cele, a déployé ses troupes, qui ont aussitôt arrêté 8 criminels du quartier. 

"Les enfants peuvent à nouveau jouer dans la rue sans crainte de balles perdues, se réjouit une femme, sous couvert d’anonymat. Les revendeurs de drogue vivent parmi nous. Personne n'osait aller les dénoncer à la police. J’espère, pour l’avenir de nos enfants, que cela va changer et que la police va enfin arrêter les chefs des gangs".

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