"En 4 ans, l'UE a perdu une partie de son âme et n'a en rien réglé le problème migratoire"

Les hauts dirigeants de l'Union Européenne étaient à la frontière gréco-turque ce mardi, pour soutenir la Grèce face à l'afflux de milliers de migrants à ses frontières. La décision d'Ankara d'ouvrir les portes de l'Union Européenne aux migrants présents sur son territoire, rompant l'accord conclu avec Bruxelles en 2016, pose de nombreuses questions. L'Europe est-elle en train de sacrifier ses valeurs pour préserver ses frontières? François De Smet, le président de DéFI, était sur le plateau de CQFD pour nous éclairer sur la question.

La Grèce dans l'illégalité?

Pour François De Smet, la Grèce, si elle refoule en mer des embarcations de migrants, est dans l'illégalité: "c'est contraire au droit humanitaire actuel [...] C'est aller contre le principe de non-refoulement, c'est donner raison à Viktor Orban". Le président de DéFI invoque la convention de Genève qui, dit-il, fait l'intersection entre deux principes: "la souveraineté des Etats d'une part: un état doit pouvoir décider de qui entre et sort de ses frontières, et les droits humains d'autre part: un droit insuffisant qui a amené à consacrer le droit d'asile".

"De son côté, la Turquie s'adonne à un chantage odieux à des fins géostratégiques et ne respecte pas sa part du deal", poursuit François De Smet, faisant référence au pacte conclu en 2016 entre Ankara et Bruxelles. Dans cet accord, le gouvernement turc s’était engagé à retenir les migrants illégaux transitant par son territoire pour rejoindre l'Union Européenne, contre 6 milliards d’euros d'aide à la Turquie pour les accueillir. On parle de 3,7 millions de réfugiés syriens présents sur le territoire turc, auquel il faut aujourd'hui ajouter près d'un million de Syriens déplacés, après avoir fui la région d'Idleb. 

Nous avons transformé la Grèce en immense gare de triage

Depuis l'accord entre Ankara et Bruxelles, "on a laissé les Grecs faire et on a manqué l'occasion de réviser le règlement de Dublin qui ne marche pas", regrette François De Smet.

Nouvelle crise migratoire en vue?

La crise migratoire de 2015 a vu un afflux record de migrants vers l'Union Européenne, des migrants qui ont fui la guerre et l'insécurité via la Méditerranée. Selon l'Organisation Internationale pour les Migrations, ils étaient plus d'un million, venant principalement de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak, en 2015. Dès 2016, leur nombre diminuera de moitié, et de manière continue jusqu'à aujourd'hui. Ils étaient 144 000 en 2018, et on estime ce chiffre à un peu plus de 100 000 arrivées par la terre ou par la mer, l'année dernière. Cette année 2020 pourrait donc marquer la fin de cette diminution constante du flux de migrants depuis le pic de 2015.

L'occasion de dessiner une vraie politique d'asile européenne

"Tous les spécialistes vous le diront: une nouvelle crise migratoire est absolument prévisible", affirme François De Smet. "Pour l'instant, on a 13 000 personnes à la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie, on risque d'arriver à une situation humanitaire difficile, par exemple si il n'y a pas de retour possible en Turquie", explique le président de DéFI.

"Dans ce cas, l'Union Européenne doit être au rendez-vous. Comment? En prenant en charge les personnes, en finançant leur accueil, et peut-être en dessinant les contours d'une future vraie politique d'asile européenne. L'UE devrait se mobiliser à chaque crise humanitaire, être sur place, qu'il soit possible pour les migrants de demander l'asile à l'UE elle-même, avec un mécanisme de répartition équitable dans les différents Etats membres", recommande François De Smet.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

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