Emmanuel Macron répond à la colère des gilets jaunes: "Je prends ma part de responsabilité"

Emmanuel Macron s'est exprimé ce lundi à 20h lors d'un discours qu'on disait "crucial" pour la suite de son quinquennat. "Je prends ma part de responsabilité", a-t-il déclaré. Il a ensuite annoncé de nombreuses mesures qu'il entend mettre en place pour répondre à la colère des "gilets jaunes", qui sévit en France depuis plusieurs semaines.

"Les événements de ces dernières semaines ont profondément troublé la nation, ils ont mêlé des revendications légitimes et un enchaînement de violences inacceptable", a entamé le Président français, en direct sur les chaînes de France. "C'est donc désormais le calme et l'ordre républicain qui doivent régner", a-t-il ensuite affirmé.


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"Au début de tout cela, je n'oublie pas qu'il y a une colère, une indignation. Je ne veux pas la réduire aux comportements inacceptables. Ce fut d'abord la colère contre une taxe. Mais cette colère est plus profonde, je la ressens comme juste à bien des égards", a reconnu le dirigeant.

"Je prend ma part de cette responsabilité. Il a pu m'arriver de vous donner le sentiment que ce n'était pas mon souci", a déclaré Emmanuel Macron sur le ton solennel que veut ce genre d'allocutions. "Je veux ce soir être très clair avec vous. Si je me suis battu pour bousculer le système politique en place, les habitudes, les hypocrisies, c'est précisément parce que je crois plus que tout dans notre pays et que je l'aime. Nombre d'autres pays traversent ce mal-être qui est le nôtre mais je crois vraiment que l'on peut trouver une voie pour en sortir ensemble."

Mesures sociales

Le Président Macron s'est ensuite lancé dans une série d'annonces sur les mesures que lui et son gouvernement mettaient en place pour poser un point final à la contestation qui traverse l'état français. "C'est d'abord l'Etat d'urgence économique et social que je décrète aujourd'hui", a-t-il déclaré avant d'ajouter: "Je veux intervenir vite et concrètement. Je veux qu'une vraie amélioration soit tout de suite perceptible."

D'abord, il a décrété une hausse de 100 euros par mois pour les travailleurs au SMIC sans qu'il en coûte rien pour l'employeur et ce, dès 2019. Ensuite, le dirigeant à continué affirmant qu'il permettrait aux patrons d'appliquer des "heures supplémentaires sans impôts ni charges dès 2019". Il a ensuite demandé aux entreprises qui le peuvent de verser une prime de fin d'année, qu'il exonèrerait également de taxes. Enfin, il a clôturé cette série de mesures qu'il dit "économiques et sociales" par la "suppression de la hausse de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) pour les retraites inférieures à 2000 euros".

"Dès demain, le Premier ministre présentera l'ensemble de ces décisions aux parlementaires", a-t-il ajouté. 

Mettre fin à l'évasion fiscale

Ensuite, Emmanuel Macron a assuré vouloir "mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales". "Nous répondrons à l'urgence économique et sociale par des mesures fortes, a-t-il lancé derrière son bureau.

"Le dirigeant d'une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font du profit doivent y payer l’impôt. C'est la simple justice", a-t-il réaffirmé, ajoutant tout de même qu'il poursuivrait les grandes réformes engagées depuis le début de son quinquennat. "J'entends que le gouvernement poursuive l'ambition des changements que le peuple a choisi il y a maintenant 18 mois."

Renouer avec le terrain

Le dirigeant de l'hexagone a aussi marqué sa volonté de renouer avec le terrain et les régions éloignées de la capitale. "Je veux que soit posée la question de l'organisation de l'Etat, de la façon dont il est gouverné et administré, depuis Paris, sans doute trop éloigné depuis des décennies."

Il a aussi évoqué la "question de l'immigration" et d'autres sujets qui imposent un débat global dans lequel chaque Français aura sa part. Il a estimé que le débat "doit se dérouler partout sur le terrain". "Les maires portent la République sur le terrain", selon Macron qui rencontrera ces dirigeants locaux.

Son "adresse à la Nation" était diffusée par les chaînes de télévision et de radio après avoir été enregistrée dans un bureau de l'Elysée. Il s'agit de sa première expression publique depuis plus d'une semaine.

Urgence

Pour l'exécutif, l'urgence est de tenter d'éviter un "acte V" de la contestation alors que des appels à manifester sont déjà lancés sur les réseaux sociaux pour le 15 décembre. L'acte IV a rassemblé samedi quelque 136.000 manifestants et s'est soldé par un nombre record d'interpellations, plus de 320 blessés et encore des dégâts dans de nombreuses villes, particulièrement à Paris, Bordeaux et Toulouse.

Les forces de l'ordre françaises ont effectué 4.523 interpellations sur tout le territoire français depuis l'acte I du mouvement des "gilets jaunes" le 17 novembre, a-t-on appris lundi de sources policières.

Ces interpellations ont donné lieu à 4.099 gardes à vue. Pour la seule journée de samedi dernier, "acte IV" de cette mobilisation inédite, près de 2.000 personnes ont été interpellées, un chiffre record, dont 1.709 ont été placées en garde à vue.

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