Emmanuel Macron président: "On est peut-être en train de changer de régime"

Suite à l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence française, Thomas Gadisseux était à Paris ce lundi où il a reçu Christophe Itier, un des compagnons de marche du nouveau président. Il a été aux côtés de l'ancien ministre de l'Economie tout au long de son étourdissante ascension.

Cet invité -que beaucoup d'observateurs présentent comme ministrable- s'est souvenu que quand le mouvement 'En marche!' a commencé, "on était une dizaine et on nous prenait vraiment pour des zozos". "On nous disait qu'il était impossible d'y arriver sans appareil (de parti), sans élus locaux, etc. Mais les événements ont prouvé le contraire", s'enorgueille-t-il.

En effet, à peine un an plus tard, le candidat dudit mouvement est arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle et a réussi à se hisser à l'Elysée. Mais cette élection est-elle vraiment le résultat d'un vote d'adhésion à ce mouvement ou seulement la conséquence d'une résistance à Marine Le Pen?

Pour Christophe Itier, les deux explications ont joué. Il rappelle qu'Emmanuel Macron "a quand même réussi à remporter le premier tour que tout le monde pensait dévolu à Marine Le Pen. Il y a quand même là un quart des électeurs qui se sont portés sur son projet. Et derrière, oui, il y a eu ce front républicain qui est quand même plus fragile qu’auparavant mais qui a permis d’obtenir ce score assez impressionnant" de plus de 65%. Un score qui en fait le président le deuxième mieux élu de la Vème République derrière Jacques Chirac en 2002.

S’il n’a pas de majorité, il n’aura aucune marge de manœuvre

Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, était également présent sur le plateau parisien de La Première ce lundi. Dans son édito du jour, il écrit "en fin de compte, une certaine idée de la liberté a résisté". Peut-on vraiment l'écrire quand un suffrage exprimé sur trois s'est porté sur le Front national? "Cela signifie que deux sur trois ne sont pas pour le FN et donc cela représente une résistance quand même", argumente l'éditorialiste.

"Il a tout de même fallu se mobiliser un peu pour faire barrage", estime Laurent Joffrin qui reconnaît toutefois qu'il "y a eu ce débat où Marine Le Pen a fait beaucoup pour s’affaiblir elle-même. Cela a été fascinant parce qu’on y a vu la vraie nature du FN", estime-t-il.

Quelle est désormais la marge de manœuvre du nouveau président?  "Il faut attendre les législatives pour le savoir, s’il n’a pas de majorité, il n’aura aucune marge de manœuvre, aucune", lance Laurent Joffrin, catégorique.

 

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Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération © DAMIEN MEYER - AFP

Dès lors, son mouvement n'est-il pas à ce stade un simple phénomène marketing?

"Marketing? Tous les partis font du marketing. Mais il y a deux grandes idées derrière ce mouvement: premièrement réunir droite et gauche pour entamer des réformes. C’est une vieille idée. Et, deuxièmement, donner un contenu moderniste et social-libéral à ces réformes", analyse le journaliste français qui constate que "c'est la première fois que le centre domine depuis la quatrième république".

Une recomposition de l’offre politique

Une première qui suppose un renouvellement des cadres politiques?

"C'est plus une recomposition de l’offre politique", commente Christophe Itier qui précise que c'est le contenu de cette offre qui déterminera les futurs membres du gouvernement et non une question de personnes. "Les personnes viendront en fonction de cette offre politique. On voit bien qu’à gauche comme à droite, les partis de gouvernement que ce soit Les Républicains ou le PS, sont divisés, et même fracturés. C’est donc cette recomposition de l’offre qui va déterminer qui sera dans ce gouvernement".

En ce qui concerne son cas personnel et son éventuelle participation à l'exécutif, le nordiste nous sert un très cliché "je serai là où je serai utile au mouvement et à Emmanuel Macron" dont il reconnaît lui-même que cela ne sonne pas très 'renouveau'.

Cette nouvelle offre politique et les résultats de cette présidentielle, la première dont les grands partis traditionnels de gauche et de droite étaient absents du second tour, signifient-ils la fin des partis traditionnels? Selon Laurent Joffrin, pas forcément. "La fin, non. Un effacement peut-être, une éclipse. Je ne crois pas que Les Républicains (droite) vont disparaître, ils vont essayer de conserver une représentation parlementaire honorable. Et la disparition du PS a été annoncée tellement de fois qu’on se demande s’il n’est pas éternel, même sous une forme réduite".

La fin de la logique parlementaire des blocs

Le taux d’abstention record lors du second tour de l'élection induit que les électeurs ont une "créance" sur le nouveau président. C'est le sens de l'éditorial de Laurent Joffrin ce lundi, intitulé "une dette envers le peuple".

Sur ce point Emmanuel Macron "a été lucide dans son discours de victoire", note le directeur de rédaction, "en disant qu’il avait bien compris qu’il avait élu sur des valeurs républicaines et que même parmi les gens qui ont voté pour lui, tout le monde n’était pas d’accord avec lui".

Une lucidité que les chiffres imposent, cela dit, puisque les sondages nous apprennent que 60% des électeurs d’Emmanuel Macron lors de ce second tour auraient voulu voter pour quelqu'un d’autre et que plus de 60% des électeurs ne souhaitent pas qu'il dispose d'une majorité parlementaire.

"On a tout de même été élu sur un programme même si ce n’est pas qu’un vote d’adhésion", nuance Christophe Itier.

"On est aussi peut-être en train de changer de régime", ose cette éminence grise du prochain président français, "où l'on va être dans un consensus parlementaire un peu à l’allemande et où l'on va arrêter de faire s’affronter bloc contre bloc. On avait déjà un peu connu cela avec Michel Rocard lors du deuxième septennat de François Mitterrand (en 1988, ndlr). On va peut-être changer d’air et sortir de la logique de bloc contre bloc afin de pouvoir dégager des majorités variables en fonction d’un certain nombre de priorités".

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