Emmanuel Macron: "Travailler davantage" pour financer la baisse d'impôts

Le président français, Emmanuel Macron, s'est exprimé ce jeudi soir devant ses concitoyens lors d'un discours très attendu dans la foulée de la mobilisation des "gilets jaunes" et du grand débat national.

Dès l'entame de son discours, Emmanuel Macron a fait référence au mouvement "inédit" des gilets jaunes en saluant les "justes revendications" portées par les gilets jaunes, qui ne doivent pas être "occultées par les violences de quelques-uns". Il a ensuite avoué avoir "beaucoup appris" sur la réalité des Français après avoir analysé les conclusions du grand débat national. "J'ai compris le manque de considération, le manque de confiance dans les élites, le sentiment d'abandon, la peur des grands changements - climat, immigration, numérique, vieillissement, déclassement social", a-t-il déclaré.

Le changement dans la continuité

Alors, fallait-il arrêter les orientations prises depuis deux ans par son équipe? Cette question, le président français dit se l'être posée. "A-t-on fait fausse route? Je pense le contraire. Les fondamentaux des 2 premières années doivent être poursuivis, mais notre projet national doit etre plus juste et plus humain."

Il propose dès lors des orientations nouvelles. Notamment de "changer en profondeur notre démocratie, notre organisation, notre administration. Je crois aux élus de la république, car ils ont une légitimité, ils ont été élus. Il faut consolider cette place et au premier chef les maires". Par ailleurs, Emmanuel Macron concède que sa politique a parfois été conçue comme "lointaine, trop froide, venant de Paris et donc technocratique, c'est parfois injuste, parfois vrai, mais il faut le regarder en face". Il propose dès lors de remettre "plus de fonctionnaires sur le terrain, et qu'on supprime plus de postes à l'administration centrale, pour donner plus de pouvoir et de responsabilité au terrain". Le gouvernement présentera dès lors en mai "une profonde réorganisation de l'administration".  

Participation accrue des citoyens

Il a également expliqué qu'il voulait une participation accrue des citoyens. Le chef de l'Etat souhaite ainsi faciliter le recours au référendum d'initiative partagée, réduire le nombre de parlementaires et limiter le nombre de mandats dans le temps, mais aussi transformer le Conseil économique, social et environnemental en Conseil de la participation citoyenne avec des citoyens tirés au sort. "Dès le mois de juin", 150 personnes seront ainsi désignées.

Il a par ailleurs déclaré qu'il ne voulait plus de fermetures "ni d'hôpitaux ni d'écoles" d'ici 2022 et qu'il voulait baisser significativement l'impôt sur le revenu. "Il y a un sentiment d'injustice fiscale. L'évasion fiscale est une réalité. Le gouvernement a déjà fait beaucoup de choses, mais je vais confier à la Cour des comptes d'évaluer les sommes qui échappent à l'impôt et de proposer des mesures précises pour qu'en France, tout le monde respecte les mêmes règles. Si nous pouvons aller plus loin, nous le ferons". Il a poursuivi en rappelant que l'impôt sur le fortune n'avait pas été supprimé et que "la meilleure orientation n'est pas d'augmenter les impôts de tel ou tel mais de baisser les impôts du maximum de nos concitoyens." Pour cela, il demande aux Français de "travailler davantage" pour financer la baisse d'impôts.

Un intérêt environnemental

Concernant les aspects environnementaux, le chef d'Etat français a déclarer avoir pour object la mise en place d'un "conseil de défense écologique" qui réunira les ministres dédiés pour faire les "choix stratégiques" imposés par "l'urgence climatique".

Il a par ailleurs annoncé que "dès le mois de juin", "la première mission" de 150 citoyens tirés au sort pour siéger dans un futur conseil de participation citoyenne serait de "redessiner toutes les mesures concrètes d'aide aux citoyens sur la transition climatique".

"Regrets"

Emmanuel Macron s'est dit prêt à "abandonner" l'objectif de 120.000 suppressions de postes de fonctionnaires qu'il avait fixé "si ce n'est pas tenable", demandant au gouvernement de lui "donner son analyse d'ici l'été". "Quand on doit réinvestir dans la sécurité, dans l'éducation et dans la justice, je ne vais pas donner des injonctions contradictoires au gouvernement", a-t-il expliqué.

Emmanuel Macron s'est aussi dit "favorable" à l'introduction d'une dose de 20% de proportionnelle à l'Assemblée nationale, un "accroissement" de la dose au Sénat, et une baisse du nombre de parlementaires comprise entre 25% et 30%.

Souvent taxé d'arrogance par ses détracteurs, Emmanuel Macron a dit regretter d'avoir "donné" le "sentiment" d'être "dur", "parfois injuste" avec les Français. "L'impatience, l'exigence que j'ai avec moi-même, que j'ai avec les membres du gouvernement, je l'ai un peu eue avec les Français. Le sentiment que j'ai donné, c'était une forme d'injonction permanente, d'être dur, parfois injuste. Ça, je le regrette. D'abord parce que ce n'est pas ce que je suis profondément et parce que je pense que ça n'a pas aidé à la cause", a-t-il déclaré.

Déclaration reportée

Cinq mois après le début des "gilets jaunes" et trois après celui du "grand débat", le président français Emmanuel Macron devait détailler les mesures avec lesquelles il espère relancer son mandat et éteindre la contestation.

Ce rendez-vous initialement prévu le 15 avril avait été annulé in extremis en raison de l'incendie qui a dévasté la cathédrale Notre-Dame de Paris à la même heure.

Le chef de l'Etat a fort à faire pour convaincre les Français, qui ne sont que 24% à penser que le grand débat entamé fin janvier a permis d'améliorer la situation politique, économique et sociale du pays, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria publié mercredi par le quotidien Le Monde.

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