Emma Bonino: "le gouvernement de Salvini alimente chaque jour le sentiment de rejet"

A l'occasion de l'émission spéciale de Matin Première en direct de Rome, consacrée au décryptage de la montée des populismes en Europe, Mehdi Khelfat recevait Emma Bonino, ministre italienne, commissaire européenne et sénatrice du parti pro-Europe Piu Europe.

Celle-ci s'est notamment exprimée sur le gouvernement populiste de Matteo Salvini, sa perception de l'Europe mais aussi sur la récente tragédie de Christchurch en Nouvelle Zélande.

"Personne n'est à l'abri de ce genre de drame", explique-t-elle. "On peut faire notre mieux pour localiser les terroristes et les fanatiques mais c'est impossible de placer des policiers à coté de chacun. On ne doit pas se donner l'illusion que cela ne pourra plus jamais se reproduire".

Un attentat qui selon Emma Bonino, ne trouve aucune excuse d'un point de vue idéologique.  

"Les motivations, chacun peut s'inventer les siennes mais cela n'excuse rien. On comprendra peut-être mieux dans les prochains jours, mais le problème a peut-être d'autres racines", estime-t-elle. "Je ne veux pas leur chercher des excuses en disant que c'est le résultat de la montée du racisme ou de la pauvreté".

Un climat de "nostalgie réactionnaire"

La sénatrice incarne un discours d'ouverture et de compassion vis à vis des réfugiés et des immigrés, un message positif qui n'est pas toujours facile à faire passer en Italie. "On fait de notre mieux pour se faire entendre et pour essayer que les gens fassent fonctionner leur cerveau. C'est plus facile de miser sur la peur et de dire des choses démagogiques qui n'auront aucun effet", continue-t-elle.

"Prenez par exemple Luigi Di Maio, l'actuel vice-président du conseil. Il a toujours affirmé qu'il renverrait chez eux, tous les illégaux du pays. On lui a expliqué que c'était impossible, qu'il fallait des accords de retour avec les pays d'origine. Cette affirmation n'a donc aucun fondement. Le gouvernement de Salvini mise et alimente chaque jour le sentiment de rejet"

Emma Bonino estime d'ailleurs qu'il est compliqué de cohabiter au parlement italien avec un gouvernement composé de populistes et souverainistes. "Il y a un climat d'insultes qui accompagne les paroles de l'opposition. Le risque totalitaire est possible parce que les principes cardinaux d'une démocratie libérale sont petit à petit balayés", précise la sénatrice.

"On sent une atmosphère de nostalgie réactionnaire très importante en Italie, notamment sur les droits civils, qui veut balayer des lois sur l'émancipation des femmes ou l'homosexualité", poursuit-elle. "Mais le vrai crime, c'est le silence des gens de bonne volonté." 

L'immobilisme de l’Europe en cause?

Interrogée face aux propos de Matteo Salvini qui affirme que l'Europe a abandonné l'Italie, Emma Bonino se veut plus mesurée sur la question de l'immigration. "Les états membres qui font partie de l'union nous on en partie 'abandonnés' mais pas l’Europe en tant que tel", précise-t-elle.

"L'Europe communautaire n'a aucun pouvoir sur les frontières extérieures ni sur les politiques d'immigration. C'est donc inutile de s'en prendre à Bruxelles. Ce sont les états membres qui ont voulu garder ces compétences et qui ne trouvent pas d'accord aujourd'hui", rajoute la sénatrice.

Emma Bonino estime d'ailleurs qu'il est impératif de "reconnaître et faire connaitre le succès extraordinaire du projet européen" pour éviter que l’Europe ne glisse sur la mauvaise pente.

"Il y a 60 ans, les pays européens étaient détruits mais en 60 ans, ce continent est devenu le plus riche au monde, pas seulement en termes de PIB mais aussi au niveau de l'espérance et de la qualité de vie, au niveau de l'éducation, de la défense des droits civils", avance-t-elle. 

"L'Europe est un bateau un peu vieillot qui navigue dans un courant très fort. C'est un bateau qui a quitté la rive des génocides et des guerres, qui veut aller de l'avant", poursuit Emma Bonino. Et de conclure, "il y a un peu de tempête mais ce n'est pas une raison pour couler le bateau, mais plutôt pour le réparer et essayer d'arriver à destination."

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