Embrasement en Irak : les raisons de la colère

Embrasement en Irak: les raisons de la colère
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Depuis un mois, l’Irak s’enflamme. Partie de Bagdad, la contestation s’étend à d’autres villes, comme une tache d’encre. Entre deux couvre-feux, la population descend dans la rue et crie sa colère.

Même la Zone verte, qui abrite les ambassades et les institutions du pays et qui avait été fermée au public pendant 15 ans avant d’être rouverte en juin dernier, a de nouveau été fermée aux Irakiens.

A l’origine de la crise

L’éviction du patron du contre-terrorisme, le général Abdel Wahab al-Saadi, un héros national de la lutte contre l’Etat islamique, semble avoir mis le feu aux poudres. Cette décision du Premier ministre Adel Abdel Mahdi a été perçue par beaucoup comme favorable aux factions pro- Iran en Irak.

Adel Louhili fait partie de ceux qui descendent dans la rue. Il hurle encore et encore le même slogan. "À bas le système, à bas le système. " Pour lui, les choses sont claires : " A bas le système signifie changer les personnes qui sont au pouvoir depuis 2003 et qui ont prouvé leur échec, c’est le système qui doit tomber. C’est le système qui doit changer les gens et non le pays."

La réaction du pouvoir en place est violente, tirs à balles réelles sur la foule. Bilan : plus de 100 morts. Depuis 2011, l’année du retrait américain, la répression policière et militaire des manifestations est continue, comme l’a expliqué au quotidien Libération, la politologue Myriam Benraad : " Cela montre bien que le système est aux abois. Il est tellement dans l’incapacité de répondre aux demandes de la population que sa seule issue est de recourir à la répression violente. "

Après les années Daech, le gouvernement irakien pensait qu’un retour à la vie normale suffirait. Des promesses étaient faites, il y avait beaucoup d’espoir face au programme annoncé du Premier ministre, mais très peu d’annonces ont été tenues. La population n’a pas vu le pays se transformer, se reconstruire. Pas d’autoroutes, pas d’hôpitaux.

Problème d’argent ? Difficile à croire quand on sait que l’Irak est le 5e producteur mondial de pétrole avec 4,6 millions de barils par jour.

L’été fut une période difficile. Les températures, parfois insoutenables, ont rendu les conditions de vie intolérables. Dans certaines régions du sud (majoritairement chiites), là où les gens manifestent aujourd’hui, il n’y a même pas d’accès à l’eau potable ou à l’électricité.

 

Le chômage des jeunes

En Irak, 60% de la population est jeune. Une jeunesse privée d’avenir, d’opportunités et qui ne se reconnaît pas dans l’élite vieillissante. A Bagdad par exemple, 25% de la population est désœuvrée. Le système politique irakien est toujours composé d’anciennes figures de l’opposition historique à Saddam Hussein, au pouvoir depuis la mise à bas du régime.

La corruption vient ajouter au poids de la colère. Plus de 410 milliards d’euros en 16 ans.

Pour la politologue, Myriam Benraad, chercheuse au CNRS, interrogée par L’Express, les reproches de la population à sa classe dirigeante sont nombreux. " Les zones chiites, dans le Sud, sont confrontées à des problèmes socio-économiques et sanitaires graves, mais aussi d’infrastructures. Dans les zones sunnites, il ne se passe rien. Depuis la libération des provinces et villes des mains des djihadistes, l’environnement s’est détérioré et il n’y a pas de réel plan de reconstruction. Les gens s’adaptent comme ils le peuvent mais vue l’étendue des destructions, ils ne peuvent pas se substituer à l’État ! "

L’idée d’un printemps irakien se fait sentir. Mais pour les experts en la matière, elle n’est pas applicable à la situation du pays. Les révoltes en Égypte ou encore en Tunisie ont abouti à des changements de régime, au départ des dirigeants. Ce n’est donc pas comparable car en Irak il n’y a pas de résultat politique pour le moment. " explique la politologue.

Maintenant l’organisation terroriste État islamique peut-elle tirer profit de cette situation de crise ? On peut résolument le penser. Des jeunes vont rejoindre Daech, des milices armées ou un mouvement social de plus en plus violent verra le jour à mesure que l’État repousse les réformes structurelles. Tous ne prendront pas les armes, mais ça restera assez violent. Les djihadistes ont déjà profité de cette situation. Ils ont réussi à recruter des jeunes soit par idéologue, soit parce que ces jeunes recrues n’ont pas d’espérance, et que l’émir du coin, lui, promet un avenir et de l’argent. "

Et la politologue d’ajouter : " De plus, une partie de la propagande de Daech se base sur le discours d’abandon des populations par leurs responsables politiques, la revanche sociale. Et beaucoup de choses parlent aux Irakiens dans ce discours. "

S’il n’y a pas prise de responsabilités et de remise en question des élites, du gouvernement et de l’état, il est peu probable que l’Irak s’en sorte.

 

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