Élections tendues en RDC: "La porte reste ouverte à des fraudes"

Les élections prévues dimanche en République démocratique du Congo ont été reportées au mois de mars dans deux zones de conflit. Kinshasa a demandé ce matin le départ du représentant de l’Union européenne sur place, tandis qu’une partie de l’opposition lance un appel à la grève générale. Notre correspondante à Kinshasa, Patricia Huon, était au téléphone de Pierre-Yves Meugens dans le Plus de Matin Première.

Après plusieurs rebondissements et de multiples reports dans deux zones de conflit, il convient de se demander si des élections auront bel et bien lieu ou pas dans le reste du pays. Pour Patricia Huon, il est clair que ces élections devaient bien avoir lieu en 2018: "La société civile, l’Église, l’opposition, tout le monde y tenait. Selon plusieurs diplomates à qui j’ai parlé, même le président Joseph Kabila voulait maintenir cet engagement. C’est sans doute ce qui a fait que la Commission électorale n’a repoussé le scrutin que d’une semaine alors qu'elle n’était pas prête", explique-t-elle. On ne connaît d'ailleurs toujours pas les raisons concrètes de ce retard, d'autant que cette Commission disposait de deux années pour se préparer au scrutin. Et aujourd'hui, même si des problèmes sont encore là, les élections sont toujours promises pour dimanche.


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Un report très mal perçu

En ce qui concerne les zones concernées par le report, cette décision a été extrêmement mal reçue. "Plusieurs centaines de personnes sont descendues dans la rue à Beni, la police a tiré en l’air, il y a aussi eu des gaz lacrymogènes, donc la foule a été dispersée. À Goma aussi, dans la capitale du Nord-Kivu, qui n’est pas concernée par le report de l’élection, des jeunes de la société civile voulaient se mobiliser en solidarité avec Beni, Butembo et Yumbi. Des barricades avaient été érigées, mais elles ont été rapidement démantelées."

Il faut maintenant savoir si cette mobilisation continuera jusqu'à dimanche. Cette décision de report sur trois villes du pays a entraîné beaucoup de condamnations de l’opposition, mais aussi de l’Église: "Beaucoup ont jugé cette décision injustifiée parce que la Commission a avancé l’épidémie d’Ebola et l’insécurité. Mais cette épidémie dure depuis plusieurs mois, les meetings de la campagne électorale se sont tenus sans interdiction, et l’insécurité règne aussi dans d’autres régions du pays. L’opposition soupçonne donc les autorités de vouloir la priver des voix de certains de ses bastions, l’Est du pays notamment, ce qui représente quand même plus de 1 200 000 électeurs." Le vote étant reporté à mars avec une investiture du président prévue pour le 18 janvier, on comprend aisément que ces votes ne seront pas comptabilisés pour l’élection présidentielle.

Rejet de la communauté internationale

Concernant l'expulsion du représentant européen Bart Ouvry, Patricia Huon parle d'un rejet supplémentaire de la communauté internationale. "C’est justement assez intéressant, parce qu’il y a aussi eu un communiqué de la majorité présidentielle disant que le scrutin avait été infiltré par l’Union européenne au travers des missions d’observation de l’Église et de la société civile congolaise. Ces 40 000 observateurs devraient donc être présents dans presque tous les bureaux de vote du pays, pas tous. Cela pourrait donc rendre des fraudes plus visibles", constate-t-elle. Rien n'est toutefois gagné d'avance. Il suffirait, pour compliquer les vérifications, de publier les résultats par province et non par bureau de vote. "Il semble aussi que les observateurs ne seront pas admis au centre de compilation principal à Kinshasa, donc cela laisse toujours la porte ouverte à des fraudes."

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