Elections parlementaires suisses: l'inconnue écologiste

Elections parlementaires suisses: l'inconnue écologiste
Elections parlementaires suisses: l'inconnue écologiste - © FABRICE COFFRINI - AFP

Les Verts pourraient connaître une poussée aux élections parlementaires dimanche en Suisse et accéder pour la première fois au gouvernement, où tous les grands partis se partagent les sept places de ministres.

Les Suisses renouvellent leurs 200 conseillers nationaux (Chambre basse), à la proportionnelle, et 46 conseillers aux Etats (Chambre haute), au système majoritaire à deux tours. Ce n'est que le 11 décembre que l'ensemble des parlementaires éliront les 7 ministres du gouvernement.

La stabilité traditionnelle de l'échiquier politique suisse, due en partie à un système électoral complexe, limite les surprises: aussi, moins d'un électeur sur deux participe habituellement aux élections législatives et sénatoriales qui se tiennent tous les 4 ans. Cette année, l'urgence climatique a toutefois bousculé le jeu électoral et les Verts pourraient devancer le Parti démocrate-chrétien (PDC, centre), quatrième force politique à la Chambre basse. "On a tout à fait l'ambition d'être une force gouvernementale parce que je pense que la Suisse en aurait besoin", a déclaré à l'AFP Lisa Mazzone, vice-présidente des Verts, néanmoins prudente sur le résultat des élections.

Explications de Pascal Sciarini, expert en sciences politiques de l'Université de Genève

Depuis des décennies, quatre grands partis - Union démocratique du centre (UDC, droite populiste), parti socialiste (PS), parti libéral-radical (PLR, droite) et PDC - se partagent les 7 postes ministériels selon une "formule magique". En 2015, l'UDC, parti antimigrants, avait obtenu son meilleur score à la Chambre basse (29,4% des suffrages), les Verts et les Vert'libéraux, qui se positionnent différemment sur de nombreuses questions, avaient obtenu respectivement 7,1% et 4,6%. 

D'après le sondage publié début octobre par la télévision publique RTS, l'UDC caracole toujours en tête à 27,3% des intentions de vote. Les Verts et les Verts'libéraux représentent respectivement 10,7% et 7,3%, soit 18% au total. C'est plus que le PLR (15,2%) et presque autant que le PS (18,2%) et loin devant le PDC (10,6%). "Les enquêtes montrent que les préoccupations relatives au changement climatique sont maintenant au sommet des préoccupations des Suisses. Tandis que la problématique migratoire qui était centrale en 2015 a beaucoup baissé en intensité", a décrypté Pascal Sciarini, politologue à l'université de Genève. Alors que plusieurs cantons ont décrété "l'urgence climatique", les appels de l'activiste écologique Greta Thunberg ont particulièrement résonné en Suisse, où des dizaines de milliers de personnes, en particulier des jeunes, ont participé aux "grèves pour le climat". Ils étaient 100.000 à Berne fin septembre.

Cette vague verte s'est traduite par de multiples avancées électorales locales et cantonales comme à Zurich, Bâle-Campagne et Lucerne, grâce à une mobilisation électorale plus forte des jeunes et des femmes, analyse Martina Mousson, politologue à l'institut de sondage gfs.bern. "En Suisse, la mobilisation est essentielle pour marquer des points car très peu de gens changent de partis. Avec les jeunes, il faut un sujet ou un événement pour qu'ils aillent voter", comme avec la question climatique, a-t-elle commenté à l'AFP.

Pour les Verts, le principal enjeu a été "de mobiliser un électorat dormant", car le parti dispose de "beaucoup de potentiel chez les abstentionnistes, chez les jeunes notamment", a reconnu Mme Mazzone. Presque tous les partis se sont lancés dans la bataille verte, les socialistes lançant leur "Plan Marshall climatique" tandis que les libéraux-radicaux ont vanté la taxe sur les billets d'avions. Seule l'UDC a dénoncé une "hystérie climatique". Si les partis écologistes ont le vent en poupe, leur entrée au gouvernement est toutefois loin d'être assurée. De nombreux connaisseurs de la vie politique suisse s'accordent à dire que les écologistes devraient d'abord consolider leur avancée électorale dans quatre ans avant de vouloir prétendre à entrer au gouvernement.

Par ailleurs, comme le système électoral suisse prévoit que les cantons moins peuplés disposent de moins de sièges, la gauche et les Verts y ont présenté un candidat commun, socialiste. "Et donc les personnes qui disent vouloir voter pour les Verts dans les sondages n'ont peut être pas la possibilité de le faire", a expliqué Mme Mazzone. Pour être élu ministre, il faut aussi compter sur le soutien des deux chambres. Or si les Verts devraient faire une percée au Conseil national (Chambre basse), ils ne devraient pas progresser au Conseil des Etats (Chambre haute) où le scrutin majoritaire favorise les alliances du centre-droit.

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