Victoire historique de Syriza en Grèce, mais pas de majorité absolue

Elections législatives en Grèce - Le parti de gauche radicale Syriza échoue de justesse à obtenir la majorité absolue
Elections législatives en Grèce - Le parti de gauche radicale Syriza échoue de justesse à obtenir la majorité absolue - © Belga

Le parti de gauche radicale Syriza a échoué de justesse à obtenir la majorité absolue au parlement à l'issue des élections législatives qui ont eu lieu dimanche en Grèce, annonce lundi matin le ministère de l'Intérieur grec après le dépouillement de 93% des bulletins de vote.

Syriza remporte 36,3% des voix et décrochera 149 ou 150 sièges des 300 que compte le parlement grec, alors qu'il lui en aurait fallu 151 pour obtenir la majorité absolue. Nouvelle Démocratie, le parti du Premier ministre conservateur Antonis Samaras, récolte lui 27,9% des votes, soit 76 sièges dans l'hémicycle.

Alexis Tsipras, le leader de Syriza, raterait la majorité absolue à deux voix près. Il va devoir, à présent, se chercher des alliés. Les deux formations avec lesquelles une alliance est envisageables sont très différentes : les pro-européens de centre gauche du To Potami et le parti des Grecs indépendants, une formation anti-union européenne. Il veut aussi rencontrer le parti communiste. Des consultations sont prévues dès ce lundi matin. L'homme veut aller vite, son gouvernement pourrait être sur pied mercredi.

Son programme

Rapidement, Alexis Tsipras devra annoncer des mesures annonçant le changement promis : il veut relever le salaire minimum. Il veut aussi supprimer certains impôts. Il l'a déclaré ce dimanche, "notre priorité dès le premier jour sera de panser les plaies laissées par la crise".

Troisième tâche, la plus décisive, comment va-t il renégocier les engagements pris par ses prédécesseurs vis à vis de la Troïka ? C'est évidemment là qu'il est attendu, avec une échéance très proche : la Grèce devrait obtenir une nouvelle tranche d'aide de 7 milliards d'euros.

Alexis Tsipras veut maintenir de la Grèce dans l'Euro, mais il veut renégocier les accords sur l'aide et le remboursement des 300 milliards prêtés à la Grèce, une somme qui représente 175% de son produit intérieur brut.

Comment va t-il faire ? Il est question de demander un report de six mois de l'application des mesures décidées par la majorité précédente avec la Troïka.

Des intentions pas très claires

Le premier discours du nouvel homme fort de la Grèce n'a pas permis de cerner clairement ses intentions. Il a en effet soufflé le chaud et le froid : "Le verdict du peuple grec signifie la fin de la troïka", a-t-il d'abord lancé, évoquant les experts de la BCE, l'UE et du FMI, qui dictent à la Grèce une politique d'austérité depuis quatre ans en échange de 240 milliards d'euros de prêts pour sauver le pays de la faillite.

Mais quelques minutes plus tard, il s'est montré plus conciliant, déclarant que le nouveau gouvernement "serait prêt à coopérer et à négocier pour la première fois avec ses partenaires une solution juste, viable et qui bénéficie à tous".

Les partenaires européens d'Athènes avaient manifesté des craintes à la perspective de la victoire de Syriza.

Les réactions en Grèce: explosions de joie à Athènes 

Musique grecque et chant partisan italien, drapeau rouge de la gauche allemande et drapeau blanc du Syriza: les supporteurs du parti d'Alexis Tsipras ont explosé de joie dans toutes les langues dimanche à Athènes. 

Au quartier général de Syrisa, les militants avaient le sentiment de vivre un moment historique: "Je suis super contente! Nous avons passé des moments très difficiles pendant la crise. J'ai l'espoir que ça change. C'est une nouvelle équipe et son programme a de quoi nous donner le sourire", exultait Eleni Papadopoulou, une salariée de 43 ans.

"On va changer notre vie qui était devenue insupportable jusqu'ici. Je ne sais pas comment ça va se passer mais j'espère que tout va aller pour le mieux", témoigne une électrice venue spécialement à Athènes fêter la victoire.  

Vers 23h dimanche, l'esplanade de l'université d'Athènes était noire de monde pour venir accueillir Alexis Tsipras venu remercier les électeurs. Un message plein d'espoir reçu 5 sur 5 par les supporters: "Il a parlé de dignité, c'est quelque chose de très important pour nous les grecs. Nous avions l'impression de l'avoir perdue", raconte, émue, une jeune grecque dans la foule. 

Les réactions étrangères

Les réactions étrangères oscillent entre espoir d'un côté et inquiétude de l'autre.

Du côté des euphoriques, on retrouve plusieurs partis de la gauche radicale en Europe. On pense tout de suite à PODEMOS en Espagne, ses mots sont clairs : les Grecs ont désormais "un véritable président et non plus un délégué d'Angela Merkel". Même ton utilisé par Jean-Luc Mélenchon en France. Il évoque "une lame de fond", "une page nouvelle pour l'Europe". Chez nous, le PTB estime que "six ans après l'éclatement de la crise et après quatre années de mémorandums injustes de la Troïka, les Grecs ont tourné le dos à la politique d'austérité. Aujourd'hui, c'est un vent nouveau qui se lève en Grèce pour toute l''Europe; espérons qu'il touche et inspire de plus en plus de gens sur notre continent".

Du côté des inquiets, on notera la réaction de David Cameron sur son compte Twitter. Le Premier ministre britannique parle d'une élection grecque qui "accroîtra l'incertitude économique en Europe".

C'est aussi l'avertissement de la Banque centrale européenne via Benoît Coeuré, un membre du directoire de la BCE . Il prévient : "La Banque centrale européenne ne participera à aucune réduction de la dette grecque".

De son côté, Jens Weidmann, le gouverneur de la Banque centrale allemande demande à Tsipras de "ne pas faire de promesses illusoires" à ses concitoyens. 

 

RTBF avec Belga et AFP

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