Elections françaises: les candidats aux prises avec l'impitoyable mémoire du réseau

Elections françaises: les candidats aux prises avec l'impitoyable mémoire du réseau
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Elections françaises: les candidats aux prises avec l'impitoyable mémoire du réseau - © Tous droits réservés

Politiques, militants, journalistes et citoyens, nous disséminons chaque jour des traces à travers le Web. Cet amoncellement de traces était encore embryonnaire durant la présidentielle de 2012.

Cinq ans plus tard, les traces numériques sont partout, exhumées par les internautes, et ce particulièrement dans le contexte de crise. C’est ce que j’appelle la théorie du marqueur temporel.

Logique de flux et de contexte

"Je suis poursuivi par une portée de Yorkshire". Tel est le contenu d’un tweet de Benoit Hamon datant de 2010 qui capitalise désormais plus de 3200 retweets. Cela constitue un parfait exemple de marqueur temporel.

Le fait est que nous sommes à l’ère des réseaux sociaux dans une logique de flux assez forte. Ce flux conversationnel est fortement ancré autour de l’actualité en cours qui vient "marquer" chaque message.

Le marqueur temporel est "une trace numérique qui va être captée dans le passé pour être ranimée dans le présent". Ce faisant, tout le contexte communicationnel de l’émetteur (son âge, son état d’esprit du moment, les normes auxquelles il se réfère au moment de la publication, etc.) dans lequel le message a été produit change au profit du contexte du flux dans lequel celui-ci va être réinvoqué.

Dans le cas de Benoit Hamon, c’est une question de normes communicationnelles qui n’étaient pas les mêmes au moment où il était simple militant par rapport au moment où il est candidat à la présidentielle. Cela provient du fait que tous les jours, nous communiquons en nous conformant aux normes imaginées du public pour lequel nous émettons des messages. Seulement, en quelques années, ces normes peuvent drastiquement évoluer.

Dans le monde des organisations, un des exemples les plus célèbres est celui des joueurs du PSG dont les tweets ont été déterrés alors qu’ils n’étaient pas encore joueurs professionnels de l'équipe phare de la capitale française.

Dans un contexte plus noir-jaune-rouge, un des marqueurs temporels qui a le plus circulé est la promesse du MR de baisser la TVA sur l’électricité - une taxe qui a pourtant été augmentée durant cette législature.

Récemment, on avait même assisté à un marqueur temporel tout à fait physique lorsque Bernie Sanders avait affiché au Sénat américain un tweet de Donald Trump.

Mais là où la tendance s’est encore accentuée, c’est en période de crise ou d’"affaires". En effet, on observe que, de plus en plus, les internautes vont interroger les traces laissées par le politique dans l’espoir de trouver la perle qui prouve que le politique se situe dans un double discours. Ce fut le cas avec François Fillon.

S'y est ajoutée l’affaire des ennuis fiscaux de son porte-parole Thierry Solère où l’on a déterré cet ancien tweet :

Parfois, il ne faut même pas aller bien loin pour y trouver une contradiction :

Le responsable politique se retrouve donc face à lui-même comme son propre contradicteur... Il est très difficile de lutter contre ce genre d’argumentation. La seule manière est de botter en touche en rappelant le contexte inhérent à la production du message. Mais la manœuvre est techniquement difficile à mettre en place.

Force est donc de constater que le meilleur remède contre cette nouvelle donne consiste en une gestion des traces numériques des candidats en temps réel. Il peut ainsi parfois être de bon ton pour un politique de réévaluer toutes les traces qu’il a produit. D’autant qu’une nouvelle génération de politiciens va bientôt arriver. Celle qui, adolescent, produisait déjà des traces sur des forums, sur des blogs ou sur les réseaux sociaux. Il y a fort à parier que toutes ces productions ne seront pas conformes aux normes de ce qui est attendu d’un responsable politique. Le marqueur temporel est donc une affaire à suivre qui ne pourra que prendre une ampleur croissante dans un futur proche.

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