Elections fédérales en Allemagne: la CDU dans le pétrin avant un scrutin qui s'annonce serré

62 millions d’Allemands seront appelés aux urnes, le 26 septembre prochain pour des élections fédérales, censées renouveler le parlement allemand, le Bundestag, et permettre la désignation du futur chancelier ou de la future chancelière.
Pour l’heure, aucun favori ne tire réellement son épingle du jeu. Trois principaux partis sont en lice : les Verts, les socio-démocrates du SPD et les démocrates chrétiens de la CDU, le parti d’Angela Merkel. La chancelière sortante dont l’empreinte dans le monde politique allemand est encore très présente. Et le pays s’avance vers un avenir très incertain, car aucun des candidats à la succession de l’inoxydable chancelière, au pouvoir depuis 16 ans.

Quelle que soit l’issue du scrutin, la première économie européenne se prépare à plusieurs mois turbulents de négociations compliquées pour former un nouveau gouvernement de coalition, avec une multitude d’options possibles faute pour un seul parti de clairement se démarquer.

Aucun des candidats à la succession de l’inoxydable chancelière, au pouvoir depuis 16 ans, ne semble convaincre les 62 millions d’Allemands appelés aux urnes le 26 septembre.

La CDU à la peine

Le candidat de son parti chrétien-démocrate, la CDU, a toutes les peines à s’imposer.

Armin Laschet et les conservateurs sont même devancés par les sociaux-démocrates dans un sondage Forsa publié mardi dernier, une première depuis 2006.

Le contraste entre Angela Merkel 'superstar', et le nouveau candidat de la CDU, montre un fossé entre les deux."

Avec 22% des intentions de vote, ils sont crédités de leur plus mauvais score depuis 1984. Aux élections de 2017, ils avaient récolté 33% des suffrages.

"C’est vrai que succéder Angela Merkel, c’est vraiment tourner une page historique pour n’importe quel candidat de la CDU, explique Henrik Uterwedde, politologue et chercheur à l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, et malheureusement pour la CDU, le candidat Armin Laschet ne fait pas le poids. Il ne réussit pas à s’imposer, y compris dans son propre parti, et le contraste entre Angela Merkel 'superstar', qui caracole encore en tête des sondages aujourd’hui, et le nouveau candidat de la CDU, montre un fossé entre les deux."

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Dirigeant de la région allemande la plus peuplée, la Rhénanie du nord-Westphalie, Armin Laschet, 60 ans, a perdu beaucoup de crédibilité après les inondations dramatiques du mois de juillet dernier. Des images l’ont, par exemple, montré hilare durant un discours empreint de gravité du président allemand, Frank-Walter Steinmeier.

La surprise Scholz

Les Verts allemands, un temps favoris au printemps après la désignation de leur cheffe de file, Annalena Baerbock, ne sont pas plus fringants.

Eux aussi voient leur cote s’effriter et pâtissent de la campagne difficile de leur candidate de 40 ans, cible favorite de "fake news".

La coprésidente des "Grünen" a commis des "erreurs" pour lesquelles elle a présenté des excuses, concernant des primes de son parti non déclarées à des soupçons de plagiat.

Les difficultés d’Armin Laschet et d’Annalena Baerbock font mathématiquement le jeu des sociaux-démocrates.

 

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Ministre des Finances et vice-chancelier du gouvernement Merkel, leur chef de file, Olaf Scholz, est peu charismatique. Mais cet élu expérimenté de 60 ans fait pour le moment un sans-faute. Il a su tirer profit de la pandémie en rompant avec la "doxa" budgétaire allemande et débloquant des centaines de milliards d’euros pour soutenir l’économie. Il est en passe de réussir un "plan simple", selon l’hebdomadaire Der Spiegel : être élu en étant celui qui "ressemble le plus à la chancelière".

Henrik Uterwedde voit deux mouvements à l’œuvre, des mouvements dans l’opinion qui marquent visiblement cette campagne électorale. Le premier est "un mouvement long : c’est l’ascension du parti des Verts (Grünen), qui totalisait quelque 9% des voix il y a 4 ans. Maintenant, il est plutôt dans les 18 à 20% (des intentions de vote, ndlr), soit le double de son score. La seconde surprise est plus récente, elle concerne le SPD. Il y a 4 ou 6 semaines on aurait tablé sur une crise encore plus profonde du parti, car les sociaux-démocrates étaient à la troisième place, loin derrière là CDU et les Verts. Or, depuis quelques semaines, c’est maintenant le candidat du SPD qui grignote sur les autres. Il est largement en tête dans la popularité personnelle, devant Armin Laschet et Annalena Baerbock."

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Si les électeurs votaient directement pour le chancelier, Olaf Scholz, héraut de la tendance centriste du parti, arriverait largement en tête avec 41%, loin devant Armin Laschet (16%) et Annalena Baerbock (12%), selon une enquête pour la chaîne publique ARD.

Et ce n’est pas seulement un effet de popularité personnelle : Olaf Schloz réussit à rassembler : "Le parti semble pour une fois discipliné derrière son candidat, et le SPD est en train de disputer la première place à la CDU."

Cela veut aussi dire que la course risque d’être très serrée, estime aussi Henrik Uterwedde, que ce soit pour le premier parti ou pour le poste de chancelier ou de chancelière. Ce sont les membres du Bundestag qui éliront le chef du gouvernement après le scrutin, à l’issue des négociations de coalition qui s’annoncent complexes. Celles qui avaient suivi le scrutin de 2017 avaient déjà duré des mois avant de parvenir à un accord.

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